24 Juin
Yves Cochet vient de proposer de dissoudre les Verts pour mieux les ré-inventer. Daniel Cohn-Bendit (voir interview paru dans le numéro de Politis daté du 21 juin) n'est pas loin de penser la même chose en expliquant qu'il est urgent de se débarrasser du mot "Vert" qui n'est plus vendable et effraye tout le monde.
Faut voir...
Mais il faut surtout que ce parti cesse d'être une caricature et parle d'écologie, d'environnement, ce qui n'a pas encore été le cas ce week-end et qui ne le sera peut-être pas lors de la réunion convoquée à Tours samedi prochain par Cohn-Bendit.
Que de mauvaises habitudes à perdre....
Les Verts ont plongé en apnée électorale et la rumeur de leurs dernières querelles ne troublera sans doute pas l'agitation du président et de son gouvernement et Jean-Louis Borloo va rapidement découvrir qu'il ne suffit pas de parler avec Al Gore pour devenir écolo.
Il n'est pas certain que les Verts puissent puissent revenir à la surface de leurs eaux troubles. De loin en loin, sur le ressac des flots électoraux un peu troubles, le public apercevra bien quelques débris, mais l’épave va rester au fond. Les Verts coulent pavillon bas alors que, paradoxalement, de l’Ile de France au sud de la France en passant par le Nord, Paris, le Poitou-Charentes ou la Bretagne, ils font la preuve qu’ils sont utiles, que confrontés aux réalités, ils proposent et réussissent. Malgré les angoisses fréquentes des socialistes qui redoutent toujours que leurs alliés prennent les électeurs à rebrousse-poil ; au contraire, ils finissent pas les convaincre que l’écologie n’est pas une punition ou une potion amère mais un autre mode de vie libérateur.
Mais ces succès, ces avancées, ces réalisations concrètes face aux sceptiques, la campagne des Verts ne les a guère évoqués, pas plus que Nicolas Hulot arc-bouté sur ses obsessions climatiques et oubliant qu’il existe aussi une écologie du quotidien, de la pollution et des destructions.
Il est donc temps de se demander si, au niveau national, les Verts servent encore à quelque chose, s’ils ont vocation à briguer de façon dérisoire la présidence de la République. La question mérite également d’être posée pour les législatives puisque la proportionnelle n’existe pas dans ce pays ; les combats impossibles ne sont pas forcément utiles. Les prédécesseurs des Verts, en 1974, ont présenté l’agronome et le tiers-mondiste René Dumont en un temps où il fallait briser le mur de l’indifférence de tous les partis. Que Dominique Voynet n’ai pas réuni un pourcentage de voix supérieur à celui de Dumont, tend à prouver qu’il faudrait que les Verts, ou ce qu’il en reste, changent de style, d’obsessions, de méthodes, de démocratie tatillonne ne visant qu’à satisfaire de petits ego ou de petites vengeances. Et passer de 2 % à 4% en cinq semaines ne peut pas être proclamé comme une victoire.
Depuis qu’ils ont réussi à unir leurs trois courants en 1985, les Verts ont coupé plus de têtes que n’importe quel autre parti : toutes celles qui dépassent. Tous ce qui parlent plus haut ou plus forts, tous ceux qui se distinguent doivent rentrer dans le rang , tous ceux qui –horreur suprême- réussissent à accrocher la presse par leur charisme ou par leurs idées –parfois les deux en même temps, ce qui est vraiment pendable, doivent disparaître. Dans d’autres partis et sous d’autres régimes, cela s’appelait le retour ou la rééducation à la base. Jeunes ou vieux, beaux ou moches, femmes ou hommes, ils défilent plus vite que les marionnettes de Guignol. Ils s’accrochent un peu puis disparaissent, sachant que leur parti vibrionnant, brouillon et « génétiquement » suicidaire, ne pratique guère l’amnistie.
Ce jeu de massacre avait d’ailleurs commencé bien avant que le mouvement s’estampille Vert. Les placards des Verts et de leurs prédécesseurs débordent de talents et d’idées jetés dans les poubelles non recyclables d’un mouvement en passe de perdre la confiance de l’opinion publique. Dans les sondages comme dans les urnes.
Il est plus que temps de mettre fin à ce gâchis, il est urgent que cette conduite erratique d’une poignée de Verts cesse de décrédibiliser l’écologie, la protection de la nature ou les luttes contre la pollution. Il est temps que l’étude macroscopique des courants à l’intérieur des Verts cessent d’être une science si mystérieuse qu’elle n’est maîtrisée que par quelques dizaines de personnes. Quand un parti compte à peine 8000 adhérents, la scissiparité n’est pas une merveille de la nature, mais une maladie mortelle.
Donc, c’est clair et les militants qui n’ont pas encore déserté le navire sont nombreux à le penser : il est temps de réinventer, de refonder les Verts sur des bases claires, temps de faire revenir au bercail des dizaines de milliers de militants éloignés par les luttes intestines et les congrés cafouilleux ; Autrement dit, il est temps pour le parti qui se veut la mauvaise conscience de la société de faire de la politique autrement. Et aussi, comme le font si bien les Verts allemands, de remettre l’écologie, la protection de la nature et la lutte contre les pollutions en tête de leurs priorités. Les Verts n’ont peut-être pas vocation à parler de tout mais ils ont une légitimité à parler d’environnement. Ils l’oublient.
Que les Verts investissent donc la fameuse proximité dont les politiques nous rebattent les oreilles, qu’ils concentrent leurs efforts sur les conseils municipaux, les conseils généraux et les conseils régionaux qui sont et doivent être leurs lieux d’excellence. Que dans une France guettée, à tort ou à raison, par une décentralisation grandissante, ils opposent leurs solutions d’une vie différente aux élus locaux ou régionaux trop souvent obnubilés par leurs réélections et surveillés par les entreprises. Aux Verts de se tourner prioritairement et définitivement vers les actions concrètes comme ils savent si bien le faire. Ce qui les conduirait à imaginer un autre parti, une nouvelle forme de gouvernance qui, partant des régions ou des départements leur permettrait, c’est tout bête comme système, de définir leurs grandes orientations nationales par une majorité ou une minorité. Qu’ils restent un parti mais qu’ils soient les premiers à inventer une formation politique fédérale d’un nouveau type, aux règles simplifiées et aux choix clairs et représentée au niveau national par un ou une responsable qui ne serait pas jetable chaque année comme un kleenex.
Cette résurrection éventuelle passe peut-être par un sabordage de ce qui reste du navire échoué puis par des assises pour tout réinventer, car le temps des rafistolages est révolu.