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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

mercredi 9 octobre 2013

(Article publié dans le numéro de Libération daté du 9 octobre)

Ces guerres qui détruisent la nature et l’environnement
Une communauté internationale impuissante

            Quand les paix ou les armistices sont signés, quand les peuples ou les communautés sont, au moins en apparence, réconciliés ou apaisés, les dégâts infligés aux ressources naturelles, à la nature ou à l’environnement par les guerres ou les guérillas perdurent. Parfois des dizaines d’années, et en général dans l’indifférence la plus totale. Les crimes de guerre ou les crimes contre l’humanité sont progressivement, mais avec une lenteur désespérante, jugés par la Cour Pénale Internationale de La Haye créée à Rome en 1998. Mais le crime écologique, lui, n’existe pas et ne peut être pris en compte pour faire condamner des hommes, des Etats ou des mouvements rebelles.

            Je suis retourné sur la plupart des « champs de bataille » que mon métier de reporter m’a amené fréquenter depuis le milieu des années 70 et j’ai pu constater partout que les dégâts environnementaux perdurent. Au détriment des populations, de l’agriculture vivrière, de la faune et de la flore. De la Tchétchénie à l’Irak en passant par la Serbie, la Bosnie, la Croatie, le Kosovo, la Géorgie, le Liban, Gaza, le Rwanda, la République démocratique du Congo, la Somalie ou l’Ethiopie, les blessures et les pollutions demeurent…

            Ecrire cela ne signifie pas négliger ni oublier les morts, les blessés et les handicapés, mais quand le calme, même précaire, est revenu, il faut recommencer à vivre. Difficile dans des écosystèmes ravagés, voire détruits comme près de la frontière sud-ouest qui sépare l’Irak de l’Iran. La guerre qui a couté des centaines de milliers de morts aux deux pays a aussi entrainé l’empoisonnement chimique des millions de palmiers qui constituaient un apport essentiel pour les populations. Et, alors que ce conflit est officiellement terminé depuis 1988, des terres sont toujours contaminées. Tout comme il reste, en Irak ou au Kosovo, des traces dangereuses de la contamination entrainée par l’utilisation des obus et bombes à l’uranium enrichi.

            Si les gorilles des montagnes ne sont plus que quelques centaines aux confins du Rwanda et de la République Démocratique du Congo, c’est parce que les bandes armées continuent de s’y affronter et que les réfugiés parcourent la région en tous sens pour échapper aux exactions. Une situation qui menace également les derniers okapis, les éléphants ou les singes bonobos tués par des guérilléros ou des membres de l’armée congolaise qui doivent les uns et les autres se nourrir sur la nature dans le parc national de Virunga et ses alentours. Alors qu’ils constituaient, entre autres, une richesse touristique.

            Partout où les Etats s’effacent pour cause de conflit, partout ou des hommes s’affrontent, la nature et les ressources naturelles sont livrés aux pillages et à la destruction que nulle loi ne parvient à juguler ou à sanctionner. Exemple extrême : si la Somalie sert depuis des années, sur son littoral ou à l’intérieur du pays, de dépotoir aux résidus chimiques, y compris radioactifs, « exportés » d’Europe ou des Etats Unis par des navires sous pavillons de complaisance, c’est bien parce que depuis 1991, des Etats et des bandes armées s’y affrontent et qu’il n’y existe plus aucun pouvoir.

            S’agissant de Gaza, autre exemple tragique, si les médias et les politiques font régulièrement le décompte des affrontements, ils passent sous silence que l’espace naturel, autrefois foisonnant, est ravagé, que l’unique rivière, le Wadi Gaza, n’est plus qu’un égout, que les ordures y brulent dans la rue en permanence ou que l’usine de traitement des effluents est hors d’usage depuis des années et que les eaux putrides envahissent tout le territoire. Sans oublier qu’à Gaza comme en Cisjordanie, le mur qui sépare les hommes coupe en deux ce qui reste du milieu d’origine en supprimant tous les échanges naturels. La mort programmée d’écosystèmes déjà fragiles. Tout comme celle des forêts brulées autour de Sarajevo ou dans le nord de la Géorgie pendant le conflit avec la Russie.

            Les pays et la communauté internationale détournent le regard de ces catastrophes qui durent et se renouvellent chaque année malgré les rapports accablant de la cellule « Post-conflit » du Programme de Nations Unies pour l’Environnement que nul ne lit dans les tiroirs où ils aboutissent. Rien, dans la Convention de Genève ou dans le statut de la Cour Pénale Internationale, ne permet de sanctionner les crimes commis contre la nature et les ressources naturelles. Ce qui a permis, par exemple, aux Etats Unis de financer pendant des années l’aspersion de centaines de milliers d’hectares l’aspersion de la forêt colombienne avec le célèbre Round-up de Monsanto pour chasser à la fois les planteurs de coca et les rebelles des FARCS. Tout en détruisant la nature et en empoisonnant les hommes.

Il serait temps que les Nations unies et les intellectuels assoupis se préoccupent enfin des conséquences à long terme des conflits qui font autant morts et de ravages que les affrontements eux-mêmes. Il suffit d’imaginer l’état dans lequel la Syrie se trouve déjà...


Auteur de Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé, 2005) et intervenant sur ce théme vendredi 11 octobre aux Rendez vous de l'Histoire de Blois

1 commentaire:

P a dit…

Consternant!
Concrètement, que faire???