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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

lundi 19 avril 2010

Ce volcan islandais qui nous offre une vision futuriste de la mondialisation mise à terre

La paralysie du trafic aérien sur une partie de l’Europe et de la planète pour cause de nuage de cendres islandais, nous offre une merveilleuse occasion d’imaginer ce qui nous attend, d’imaginer l’avenir sur le point d’être fracassé de la mondialisation qui veut tout transporter d’un bout à l’autre de la planète. Quand il n’y aura pratiquement plus de pétrole ou quand il sera devenu si cher qu’il ne représentera plus qu’un luxe réservé à quelques hommes d’affaires et aux chefs d’Etat et de gouvernement.
Il suffit de réfléchir quelques instants pour mesurer, grâce à un volcan, les folies du transport aérien. Et je ne parle pas des quelques imbéciles déclarant il y a quelques jours devant une caméra de télévision qu’ils étaient heureux d’avoir pu voler de Nantes à Paris. En avion ! Pour 400 kilomètres qui peuvent se parcourir en TGV !
Chaque jour une vingtaine de millions de roses débarquent aux Pays-Bas, avec quelques millions d’autres fleurs, en provenance du Kenya, d’Ethiopie, d’Equateur ou du Brésil. Chaque jour des raisins arrivent en France depuis l’Afrique du sud. En France et dans la plupart des pays européens. Chaque jour des haricots verts nous parviennent du Sénégal, du Kenya. En compagnie de petits pois écossés et préemballés. Sans oublier les tomates cerises d’Israël ou les tomates de Chine. Fruits et légumes exotiques, fruits et légumes de contre-saison prennent l’avion et les consommateurs et la planète payent le billet. Que chacun jette un coup d’oeil dans les magasins –même les magasin bio parfois, hélas- pour compter le nombre de ces produits qui ne nous atteignent que par la voie des airs.
Chaque jour, parce que la grande distribution travaille en flux tendu avec les pays qui nous fournissent des produits cultivés ou fabriqués au loin et au moindre coût, des milliers de tonnes de fret qui ne peut pas attendre investissent nos marchés ; sans que tous ces importateurs soient le monde effleurés par la gaspillage énergétique et par l’émission des gaz à effet de serre. Mais il est vrai que, d’ordre du Prince, ce n’est plus une priorité.
Et nos medias s’interrogent gravement sur les vacances, sur les files d’attente dans les aéroports, sur les vacances gâchées et sur les formalités de remboursements. Sans préciser qu’un jour probablement proche nous devrons, faute de kérosène, renoncer à ces déplacements, courts ou longs qui plombent l’avenir de la planète.
Priver une partie ou la totalité du monde n’est pas un scandale de vacances, juste une préfiguration de ce qui nous attend si nous ne réfléchissons pas à la nature de nos échanges mondialisés. Et avoir empêché les Grands du monde entier de rendre hommage au crypto-fasciste chef d’Etat polonais enterré à Cracovie est à mettre au crédit de ce volcan qui fait irruption dans les folies d’un monde qui s’obstine à tout transporter à toute vitesse sans jamais se demander pourquoi et aux dépends de qui.

mardi 23 mars 2010

la taxe carbone et le Grenelle de l'environnement carbonisés pour faire plaisir au Medef

MARDI 23 MARS

La taxe carbone retoquée aujourd’hui par un Premier ministre qui a été sensible aux pressions des industriels et de sa majorité conservatrice montre à quel points les écolos de toutes obédiences avaient raison de s’obstiner sur la nécessité de mettre en place, pour tous et d’abord pour les industriels et la grande distribution, une incitation à préférer les produits de faibles impacts énergétiques, les produits économisant les ressources en voie d’épuisement. Les socialistes vert très pâle et l’extrême gauche qui ont en commun d’avoir appris le vocabulaire de l’écologie sans en comprendre la portée et la signification profonde, vont très certainement se réjouir plus ou moins discrètement en nous rejouant le refrain de l’injustice sociale. Ce qui tendrait à prouver qu’ils n’ont rien compris à l’avenir de la planète et que leurs vernis vert s’écaille très facilement ou bien est soluble dans la démagogie. Comme si, à terme, les conséquences des modifications climatiques n’allaient pas d’abord toucher les plus démunis et les habitants des pays du Sud.
J’entends déjà les clameurs des contradicteurs qui vont accumuler leurs considérations irresponsables sur les exilés de banlieue, sur les oubliés du monde rural, sur les agriculteurs et sur les locataires pénalisés. J’entends déjà les explications fumeuses de ceux qui voudraient que le monde change sans que nous ne modifiions tous peu à peu nos habitudes. J’entends déjà et m’apprête à lire que déplorer la disparition de la contribution carbone revient à justifier et à conforter l’injustice sociale, à pénaliser les plus démunis. Alors que sa suppression annoncée n’est rien d’autre qu’un petit arrangement entre amis, une concession au libéralisme.
Je le répète une nouvelle fois : la taxe carbone est nécessaire non pas en tant que taxe mais en tant qu’incitation. Elle doit être appliquée à tous pour être incitative. Il ne s’agit pas de « faire payer » comme l’expliquent les néo-populistes de tous bords mais de guider un choix d’achat. Et il s’agit, il devrait s’agir, aussi d’exiger des industriels et de la grande distribution qu’il choisissent entre deux types de production : celles qui obèrent l’avenir de la planètes et celles qui lui laissent une chance de limiter l’augmentation moyenne des températures à deux degrés ; taxe à la production qui ne doit pas, la loi peut ou pouvait inventer cette obligation, être répercutée sur les acheteurs.
Pourquoi le Premier Ministre, réglant ainsi leur compte aux mensonges écolos du président qui a déjà absout les agriculteurs du recours renforcé aux pesticides, a-t-il tordu le cou à l’incitation carbone ? Qui croira que c’est pour « épargner le consommateur » sera d’une confondante naïveté : il s’agit seulement, après les observations du Conseil constitutionnel, d’épargner toute taxation aux entreprises et à EDF –et à quelques autres- dans sa production d’électricité. Il fallait une ouverture à droite en matière d’écologie, c’est fait, les arguments du lobby politico-économique ont pesé plus lourd que les Verts et les contempteurs de gauche de la taxe vont devoir se tortiller dans tous les sens pour ne pas applaudir trop bruyamment à l’annulation d’une idée dont ils ne comprennent ni le sens ni la portée.
Les industriels peuvent désormais polluer en paix, ils ont à nouveau la bénédiction de la droite la plus dure et la plus extrême. Quant à Jean-Louis Borloo il va manger avec appétit son (au moins) dixième chapeau pour avoir le plaisir de rester ministre de l’écologie. De l’écologie ? Vraiment ? S'il éprouve une indigestion, il peut encore démissionner. Sinon il fait la preuve que pour lui, l'écologie n'est qu'un tremplin...

lundi 15 mars 2010

Ferrat est mort, je suis triste, inconsolable, et n'oublie pas qu'il a écrit La Montagne avant les écologistes

Lundi 15 mars

Il faut se souvenir que Jean Ferrat a écrit "La Montagne" en 1964, peu de temps après son arrivée dans les Cévennes qu'il ne quittera jamais

En ces temps d’élections, je me souviens que la dernière fois que je l’ai vu à Entraigues, dans le beau jardin entretenu par sa compagne, Jean Ferrat m’a dit qu’il ne comprenait pas pourquoi, dans son petit village où il était le seul « étranger » lui le natif de Vaucresson dans la région parisienne, tant de gens votaient pour le Front National ;

Relisez, relisons ces paroles prophétiques et lucides


Ils quittent un à un le pays
Pour s'en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du formica et du ciné
Les vieux ça n'était pas original
Quand ils s'essuyaient machinal
D'un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu'au sommet de la colline
Qu'importent les jours les années
Ils avaient tous l'âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C'était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S'il ne vous tournait pas la tête

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l'autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n'y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s'en faire
Que l'heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l'on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

Merci, Jean

mercredi 3 mars 2010

L'argentine saisie par la corruption au plus haut niveau et par le retour de la crise


Février 2010

Saisie par la crise, les habitants de Buenos Aires inventent des "petits métiers" comme promeneur de chiens dans les beaux quartiers (photos cmv)

REPORTAGE

Tandis que le couple Kirchner – Cristina à la présidence et Nestor à la tête du parti péroniste – se débat face à une opposition parlementaire disparate mais majoritaire depuis quelques mois, les manifestations de protestation reprennent en Argentine et la viande, aliment sacré pour les Argentins, a augmenté de 35% ces dernières semaines. Une augmentation suivant la courbe de l'inflation qui pourrait dépasser 20% en 2010 après avoir atteint 8,3% eu cours des trois derniers mois de 2009.
L'Argentine semble reprise par tous les vieux démons à l'origine de la crise de 2000 et 2001, qui avait quasiment fait disparaître la monnaie nationale et amené des dizaines de milliers d'Argentins de la classe moyenne, soudain appauvris, sur les trottoirs de Buenos Aires où ils avaient rejoint les «anciens pauvres». Probablement l'un de mes souvenirs les plus poignants de reportage des dernières années que ces couples avec enfants jetés dans les rues et abrités de la pluie sous des bâches, après avoir tout perdu, réduits à une mendicité à laquelle rien ne les avait préparés. Nombreux sont ceux qui ne se sont pas encore remis de ce traumatisme et regardent avec angoisse les politiques se disputer le pouvoir, poursuivis par des rumeurs de corruption et d'incompétence: «Nous n'avons plus confiance en personne, explique Joachim, un ingénieur en informatique qui avoue avoir cru aux Kirchner, et je crains que si un militaire se présentait à nouveau la majorité de la population le laisserait faire. J'ai vécu en Europe il y a quelques années, je vais en France de temps en temps et je sais que tous vos partis acceptent plus ou moins le libéralisme, mais ici, en plus, personne n'est capable de dire qui est de gauche et qui est de droite. La version actuelle du péronisme est la plus conservatrice que nous ayons eue depuis 20 ans et le populisme peut nous conduire au pire car la présidente ne sait plus quoi faire pour flatter les plus bas instincts de la partie la plus défavorisée de la population, tout en menant une politique de droite qui ressemble à celle de votre président Sarkozy. Il ne le sait pas, mais c'est un vrai péroniste. J'espère que Carla n'imitera pas un jour Cristina qui vient d'expliquer à la télévision qu'elle mange du porc car sa viande est aphrodisiaque! Tout cela pour tenter de convaincre le peuple de manger du cochon au moment où le bœuf devient hors de prix. Notre pouvoir était sans cœur, il devient stupide.»

Cristina Kirchner, qui s'accroche aux prérogatives que lui donne le régime présidentiel, se bat quotidiennement contre des parlementaires qu'il lui faut débaucher un par un pour faire accepter ses veto; après avoir viré fin janvier le directeur de la Banque centrale “coupable” d'avoir refusé d'éponger les dettes du pays, notamment à l'extérieur, avec les quelques réserves monétaires qui subsistent dans le trésor public.
Quant à son mari, Nestor, il a bénéficié il y a quelques jours d'un répit politique grâce à une opération des artères carotides dont l'obstruction l'a mené au bord d'un accident vasculaire cérébral. La presse l'a laissé tranquille quelques jours après avoir révélé, début février, qu'à l'automne 2008, il avait discrètement acheté pour deux millions de dollars, à la veille d'une chute prévisible du cours du peso argentin. Une opération qui lui aurait rapporté 60.000 euros.
Après avoir nié cet achat à la baisse, le mari de la présidente – qui espère se représenter à la tête du pays en 2011 après l'avoir dirigé pendant deux mandats et laissé la place à Cristina – a admis la transaction. Pour sa défense il a expliqué qu'il ne s'agissait pas d'une spéculation mais d'une somme destinée à l'achat d'un hôtel de luxe pour sa famille dans le sud du pays. L'hôtel Patagonico, qui loue ses chambres de luxe de 220 à 420 euros la nuit et fait payer 5 euros la bouteille d'eau minérale importée des Alpes parce qu'elle est la marque préférée de la présidente. Alors qu'une chambre dans le centre de Buenos Aires vaut autour de 50 euros.
L'aveu de cet achat n'a pas désarmé les oppositions et a surtout choqué la majeure partie des Argentins dont le salaire moyen se situe autour de 600 euros. Le retentissement est d'autant plus important que cette affaire n'est pas la première et que le responsable du parti péroniste est soupçonné dans d'autres affaires de corruption et de pots-de-vin. Les électeurs qui ont refusé la majorité parlementaire au couple il y a quelques mois ne font pas dans le détail et soupçonnent, autre grand classique argentin, Cristina et Nestor de s'enrichir ensemble aux dépens du pays. Le directeur de la banque centrale limogé, Martin Redrado, a d'ailleurs promis de rendre publique une liste de toutes les personnalités (y compris hommes d'affaires) ayant acheté des dollars avant que le peso ne se déprécie. Mais des révélations sur son train de vie et sur ses méthodes de gestion du personnel de la banque semblent l'avoir ramené, au moins provisoirement, à la raison. Ce qui ne peut que conforter ceux des Argentins qui ne sont pas fascinés par le péronisme, dans l'idée que leurs dirigeants se préoccupent plus de leur avenir que de celui du pays.
Une enquête fiscale a permis d'établir que, depuis son arrivée en 2003, à la Maison Rose (le Palais présidentiel), le couple a accumulé des gains de change pour une valeur de 1.752.000 euros. Cadre dans une grande banque aux capitaux espagnols, Martin commente avec fatalisme: «Comme l'exemple vient d'en haut, tous ceux qui le peuvent, même avec quelques milliers de dollars, spéculent contre les intérêts du pays. Je le vois dans mon travail de contrôle des comptes, ce sont les gros agriculteurs, ceux qui vivent du soja et du maïs transgénique et quelques grands propriétaires de Fincas d'élevage qui exportent le plus d'argent vers l'étranger. Pas de risque que cela se sache car ce sont ces grands propriétaires, y compris ceux qui produisent du vin sur des centaines d'hectares dans la région de Mendoza, qui tiennent directement ou indirectement la presse écrite et une partie importante des chaînes privées de télévision. Le pays court à la catastrophe.»
• Tandis que le couple Kirchner – Cristina à la présidence et Nestor à la tête du parti péroniste – se débat face à une opposition parlementaire disparate mais majoritaire depuis quelques mois, les manifestations de protestation reprennent en Argentine et la viande, aliment sacré pour les Argentins, a augmenté de 35% ces dernières semaines. Une augmentation suivant la courbe de l'inflation qui pourrait dépasser 20% en 2010 après avoir atteint 8,3% eu cours des trois derniers mois de 2009.

L'Argentine semble reprise par tous les vieux démons à l'origine de la crise de 2000 et 2001, qui avait quasiment fait disparaître la monnaie nationale et amené des dizaines de milliers d'Argentins de la classe moyenne, soudain appauvris, sur les trottoirs de Buenos Aires où ils avaient rejoint les «anciens pauvres». Probablement l'un de mes souvenirs les plus poignants de reportage des dernières années que ces couples avec enfants jetés dans les rues et abrités de la pluie sous des bâches, après avoir tout perdu, réduits à une mendicité à laquelle rien ne les avait préparés. Nombreux sont ceux qui ne se sont pas encore remis de ce traumatisme et regardent avec angoisse les politiques se disputer le pouvoir, poursuivis par des rumeurs de corruption et d'incompétence: «Nous n'avons plus confiance en personne, explique Joachim, un ingénieur en informatique qui avoue avoir cru aux Kirchner, et je crains que si un militaire se présentait à nouveau la majorité de la population le laisserait faire. J'ai vécu en Europe il y a quelques années, je vais en France de temps en temps et je sais que tous vos partis acceptent plus ou moins le libéralisme, mais ici, en plus, personne n'est capable de dire qui est de gauche et qui est de droite. La version actuelle du péronisme est la plus conservatrice que nous ayons eue depuis 20 ans et le populisme peut nous conduire au pire car la présidente ne sait plus quoi faire pour flatter les plus bas instincts de la partie la plus défavorisée de la population, tout en menant une politique de droite qui ressemble à celle de votre président Sarkozy. Il ne le sait pas, mais c'est un vrai péroniste. J'espère que Carla n'imitera pas un jour Cristina qui vient d'expliquer à la télévision qu'elle mange du porc car sa viande est aphrodisiaque! Tout cela pour tenter de convaincre le peuple de manger du cochon au moment où le bœuf devient hors de prix. Notre pouvoir était sans cœur, il devient stupide.»

Cristina Kirchner, qui s'accroche aux prérogatives que lui donne le régime présidentiel, se bat quotidiennement contre des parlementaires qu'il lui faut débaucher un par un pour faire accepter ses veto; après avoir viré fin janvier le directeur de la Banque centrale “coupable” d'avoir refusé d'éponger les dettes du pays, notamment à l'extérieur, avec les quelques réserves monétaires qui subsistent dans le trésor public.
Quant à son mari, Nestor, il a bénéficié il y a quelques jours d'un répit politique grâce à une opération des artères carotides dont l'obstruction l'a mené au bord d'un accident vasculaire cérébral. La presse l'a laissé tranquille quelques jours après avoir révélé, début février, qu'à l'automne 2008, il avait discrètement acheté pour deux millions de dollars, à la veille d'une chute prévisible du cours du peso argentin. Une opération qui lui aurait rapporté 60.000 euros.
Après avoir nié cet achat à la baisse, le mari de la présidente – qui espère se représenter à la tête du pays en 2011 après l'avoir dirigé pendant deux mandats et laissé la place à Cristina – a admis la transaction. Pour sa défense il a expliqué qu'il ne s'agissait pas d'une spéculation mais d'une somme destinée à l'achat d'un hôtel de luxe pour sa famille dans le sud du pays. L'hôtel Patagonico, qui loue ses chambres de luxe de 220 à 420 euros la nuit et fait payer 5 euros la bouteille d'eau minérale importée des Alpes parce qu'elle est la marque préférée de la présidente. Alors qu'une chambre dans le centre de Buenos Aires vaut autour de 50 euros.
L'aveu de cet achat n'a pas désarmé les oppositions et a surtout choqué la majeure partie des Argentins dont le salaire moyen se situe autour de 600 euros. Le retentissement est d'autant plus important que cette affaire n'est pas la première et que le responsable du parti péroniste est soupçonné dans d'autres affaires de corruption et de pots-de-vin. Les électeurs qui ont refusé la majorité parlementaire au couple il y a quelques mois ne font pas dans le détail et soupçonnent, autre grand classique argentin, Cristina et Nestor de s'enrichir ensemble aux dépens du pays. Le directeur de la banque centrale limogé, Martin Redrado, a d'ailleurs promis de rendre publique une liste de toutes les personnalités (y compris hommes d'affaires) ayant acheté des dollars avant que le peso ne se déprécie. Mais des révélations sur son train de vie et sur ses méthodes de gestion du personnel de la banque semblent l'avoir ramené, au moins provisoirement, à la raison. Ce qui ne peut que conforter ceux des Argentins qui ne sont pas fascinés par le péronisme, dans l'idée que leurs dirigeants se préoccupent plus de leur avenir que de celui du pays.
Une enquête fiscale a permis d'établir que, depuis son arrivée en 2003, à la Maison Rose (le Palais présidentiel), le couple a accumulé des gains de change pour une valeur de 1.752.000 euros. Cadre dans une grande banque aux capitaux espagnols, Martin commente avec fatalisme: «Comme l'exemple vient d'en haut, tous ceux qui le peuvent, même avec quelques milliers de dollars, spéculent contre les intérêts du pays. Je le vois dans mon travail de contrôle des comptes, ce sont les gros agriculteurs, ceux qui vivent du soja et du maïs transgénique et quelques grands propriétaires de Fincas d'élevage qui exportent le plus d'argent vers l'étranger. Pas de risque que cela se sache car ce sont ces grands propriétaires, y compris ceux qui produisent du vin sur des centaines d'hectares dans la région de Mendoza, qui tiennent directement ou indirectement la presse écrite et une partie importante des chaînes privées de télévision. Le pays court à la catastrophe.»
• Retour des manifestations
Le seul journal qui s'oppose un peu au pouvoir, Perfil, a d'ailleurs publié au début du mois de février une liste bancaire de cent personnes ou sociétés ayant joué le dollar ou l'euro contre le peso en 2008 et 2009. La liste a d'autant moins provoqué d'émotion dans les cercles politiques que, parmi les plus gros acheteurs figurent non seulement des entreprises agricoles et des sociétés ayant pignon sur rue, mais également le syndicat des camionneurs qui s'est rendu acquéreur de 6 millions de dollars à la fin de 2008.
La Coalition civique qui mène cahin-caha l'opposition au Sénat et à la Chambre des députés a demandé à la justice du pays de se prononcer sur les achats présidentiels en dollar, tant du point de vue de leur légalité que du point de vue de l'éthique politique. Initiative qui a notamment eu pour conséquence de relancer l'agitation sociale. Avec des manifestations organisées à travers tout le pays par les piqueteros, les chômeurs accusés d'être manipulés par le pouvoir présidentiel grâce à l'attribution de bons d'achats et de subventions plus ou moins discrètes aux fameuses coopératives qui ont souvent pris le relais des entreprises défaillantes à la suite de la crise du début des années 2000, crise dont tout le monde redoute ici le retour. A Buenos Aires, comme dans les provinces du Nord du pays qui tentent de se libérer des pressions économiques et politiques d'une capitale qui concentre 12 des 40 millions d'habitants du pays et une dizaine de milliers de sans domicile fixe dans le centre-ville.

Pas de chance pour le couple au pouvoir, les Argentins n'étant que bien peu nationalistes, la polémique sur les Malouines (Falkland), où les Britanniques ont commencé à chercher du pétrole en provoquant l'ire officielle, n'a pas guère gommé les difficultés économiques et le malaise social.

Le ministère de l'écologie aides les industriels à empoisonner les jardins

mercredi 3 mars

Le ministère de l’écologie et autres lieux découverts à marée basse, a entrepris de s’acoquiner avec les industriels des pesticides et des engrais chimiques qui digèrent mal les (faux, mais on ne sait jamais) engagements (réduire de 50 % d’ici 10 ans, si possible, l’usage des pesticides...) du Grenelle de l’Environnement en assurant la préparation et la promotion d’un « Accord-cadre relatif à l’usage des pesticides par les jardiniers amateurs ». Une opération qui ressemble à s’y méprendre à la création il y a une quinzaine d’années de l’organisation FARRE, un groupement d’agriculteurs lancé par la FNSEA (le syndicat agricole dominant) et l’UIPP (Union des Industries pour la Protection des plantes) qui regroupe tous les fabricants de traitements agricoles de synthèse. Il s’agissait de « blanchir » les agriculteurs qui dispersent encore aujourd’hui 85 000 tonnes de produits chimiques dans la nature en inventant « l’agriculture raisonnée », en faisant croire qu’au nom d’un « contrat » qui comporte prés d’une centaine d’engagement que nul ne contrôle, que l’agriculture française faisait des efforts. Il s’agissait et il s’agit toujours de masquer l’usage de ces produits, d’une tentative de réhabiliter l’agro-chimie en créant une confusion dans l’esprit des consommateurs. Les deux organisations, FARRE et l’UIPP, étaient si proches que pendant des années elles ont eu la même adresse à Boulogne-Billancourt prés de Paris. Sans oublier évidemment un généreux financement des industriels à cette entreprise de communication destinée à faire pièce à l’agriculture bio qui, elle, jouit d’un label (AB) rigoureusement contrôlé.
Les mêmes industriels récidivent avec les produits dangereux (pour eux et pour la nature) destinés aux jardiniers amateurs grâce à cet « accord-cadre » qui a été intégralement préparé et rédigée sous l’égide de l’UPJ (Union des entreprises pour la protection des jardins) qui regroupe les mêmes sociétés. Il s’agit non pas d’aller vers une interdiction d’utiliser des produits nocifs mais, comme pour l’agriculture raisonnée, d’annoncer une réduction (non chiffrée) des pesticides, fongicides et engrais de synthèse. Des produits que trop de jardiniers utilisent sans précaution mais dont il faut quand même rappeler qu’ils ne représentent que 6% de l’épandage de cochonneries dans le milieu naturel, essentiellement pour éliminer les herbes dites « mauvaises » et les taches des feuilles de rosiers...Mais il ne faut pas oublier que le chiffre d’affaires des jardineries qui les vendent a dépassé 6 milliards d’euros en 2009.
Dans ces huit pages en cours de préparation on peut notamment lire qu’il s’agit de faire découvrir aux jardiniers amateurs « les organismes nuisibles, leur nuisance et nuisibilité, les bonnes pratiques d’entretien du jardin et sur les seuils d’information adaptées pour déclencher les actions de traitement qui seront mises en oeuvre selon les principes de la protection intégrée ». Ou encore il annonce la mise en place de« conseils des méthodes d’entretien les plus adaptées aux jardiniers amateurs et allant dans le sens d’un usage le plus modéré possible des pesticides chimiques lors de l’action de vente ». Autrement dit, il s’agit de faire croire que ces produits sont utiles, qu’ils ne sont pas dangereux en feignant de préconiser d’en vendre un peu moins : « en cas de nécessité de recours aux pesticides, le choix des pesticides à impact environnemental et sanitaire faible sera systématiquement privilégié en fonction des risques dominants ».
En gros, et c’est dit en toutes lettres dans ce texte il s’agit de promouvoir « l’utilisation raisonnée » et raisonnables des pesticides (la même hypocrisie que pour l’agriculture « raisonnée »). Donc de nier leur nocivité en expliquant qu’il s’agit d’en mettre un peu moins en comptant sur la vogue du jardinage, de loisirs et d’alimentation, pour en vendre plus. Une vaste entreprise de communication sur les produits chimiques qui sera lancée dés que le contrat-cadre entrera en vigueur. Avec des pages de publicité dans les hebdomadaires féminins ou spécialisés dans le jardinage.
Ce texte, qui vise à déculpabiliser ceux des jardiniers (encore trop nombreux) qui dispersent n’importe quoi et à n’importe quel moment de l’année sur leurs arbres, leurs fleurs et leurs légumes. Au risque évident de contribuer à stériliser leurs sols et à éliminer tous les insectes, y compris évidemment les abeilles. Pas étonnant qu’il soit d’ores et déjà accepté par les industriels, les magasins de bricolage et la Fédération des jardineries où l’on vend (à l’exception de la chaîne familiale Botanic), n’importe quoi à n’importe qui et sans le moindre conseil. J’en ai fait, par curiosité journalistique, l’expérience à plusieurs reprises, les vendeurs ou vendeuses à la fois non formés et mal payés, tendant n’importe quel boite ou flacon à qui demande des produits de traitements bio. Il est regrettable que de grandes associations de jardinage amateur ou familial, aient accepté de cautionner un tel accord. Mais il est vrai que, souvent, leurs revues vivent en partie des publicités des industriels de la chimie agricole. Seuls les groupes de jardins partagés ont pour l’instant refusé de se prêter à cette campagne de réhabilitation et de communication

mercredi 17 février 2010

Au secours, je suis cerné par les robots téléphoniques et ai l'impression d'être seul au monde

Mercredi 17 février

Après une succession de « mésaventures » avec des robots téléphoniques, ceux qui m’appellent ou ceux qui prétendent me répondre, ceux qui sont décrits comme devant me simplifier la vie, je finis par me demander si je ne suis pas seul au monde et si je n’ai pas pénétré insidieusement dans un monde virtuel d’où l’homme et la femme sont en train de disparaître. Exemples en série...
Il y a quelques jours, la voix métallique issue d’un serveur EDF m’explique, alors que je suis à des milliers de kilomètres de Paris, que je n’ai pas encore réglé ma facture d’électricité. Des choix multiples connus de tous (tapez un, tapez deux, puis tapez trois, etc.) me sont proposés mais aucun ne m’offre l’occasion d’expliquer tranquillement et en deux mots que je suis à l’étranger et que le chèque libérateur de ma dette a été posté deux semaines plus tôt. Le robot a zappé l’existence de l’être humain et je comprends rapidement qu’il n’existe aucun numéro pour recevoir mes trop humaines et banales explications.
Lorsque mon fils appelle l’ANPE, non pardon «Paul emploi », il se trouve lui aussi affronté à un QCM robotique auquel il manque toujours la bonne réponse et surtout une façon humaine de s’expliquer. Le plus étonnant : dans les agences de Monsieur Paul, à quelques mètres des employés un téléphone (gratuit, quelle aubaine) permet de jouer à ce même jeu déshumanisé sans que les multiples choix offerts ne prévoient une conversation brève avec un être humain, sympa ou pas. Jusqu’au jour où, pour le chômeur, s’annonce, toujours par une voix enregistrée, la perspective de perdre de maigres indemnités : il n’a qu’à savoir causer avec les robots !
Toujours à l’étranger, France Télécom (prononcez orange) m’informe que mon mobile va être mis en « restriction d’appel » avant d’autres sanctions plus lourdes parce que l’ordinateur qui me passe un coup de fil n’a pas encore enregistré mon chèque également parti depuis longtemps à l’intention d’une mystérieuse adresse à Limoges ou à Lille, je ne sais plus trop. Faute d’expliquer, je fais un autre numéro ou après une longue attente suivant une série de choix multiples multipliés à l’infini, une autre voix me guide pour un règlement par carte de crédit. Ce qui, au passage permettra à France Télécom d’encaisser et mon chèque et mon règlement informatique. Encore de l’étranger, avec un numéro spécial, il existe la même variante aussi passionnante que coûteuse lorsque l’on veut résoudre un problème de mot de passe d’Internet dont le serveur ne veut plus.
En délicatesse (de livraison) avec une entreprise de vente par correspondance (bien fait pour moi, je n’ai qu’à acheter dans une boutique, on ne m’y reprendra plus) me propose également une litanie fascinante d’hypothèses dans laquelle je ne me retrouve pas. D’autant plus que le robot ne réagit qu’à des mots clés et finit par me dire « nous n’avons pas compris votre demande ». Je recommence en tentant d’imiter la voix du robot qui ne me comprend pas, mais c’est peine perdue et il finit par raccrocher. Preuve qu’un robot doit pouvoir lui aussi se lasser. La même expérience peut être faite encore avec la SNCF dont le serveur vocal se vante de reconnaître la moindre destination ferroviaire de France, ce qui donne lieu à de savoureuses et fantaisistes informations.
Après un vol de chéquier dans le circuit postal, j’ai du faire face à une petite avalanche de factures de téléphones portables achetés avec les chèques volés. Je ne les ai évidemment pas payé, le vol ayant été déclaré puis copie de la plainte envoyée aux opérateurs. Pourtant, la dette a continué de courir et à grossir jusqu’à une société de recouvrement lyonnaise à laquelle j’ai répondu en expliquant la situation. Peine perdue les menaces de saisie de ma maison, de ma voiture ou de mes comptes bancaires ont continué : j’ai répondu naïvement à nouveau et à plusieurs reprises jusqu’au moment où je me suis rendu compte qu’à chacune de mes lettres, c’était un ordinateur qui « éditait » automatiquement les réponses, évidemment sans les lire, encore handicapé par sa condition d’ordinateur. J’ai donc interrompu ce dialogue de sourd avec la machine. Même dialogue épistolaire surréaliste avec la Lyonnaise de Eaux qui s’obstine à me réclamer une dette imaginaire : j’écris, l’explique et en retour je reçois un courrier issu d’un ordinateur qui bégaie interminablement les mêmes réponses stéréotypées.
La même fascinante expérience de dialogues de sourds peut être expérimentée avec la plupart des serveurs vocaux des petites et grandes entreprises et des services supposés publics qui ont décidé de remplacer les salariés par des machines ; lesquelles ne réclament jamais d’augmentation de salaires et se mettent très rarement en grève. Parfois, variante passionnante, je suis interpellé par des messages écrits auxquels il est impossible de répondre Il en est même qui me demandent mon numéro de téléphone...pour me rappeler ensuite par le biais d’un autre serveur vocal. Il ne s’agit pas de dialogue mais de sommation à obtempérer sans discussion. Il y a même des messages qui fournissent gentiment un numéro de téléphone pour rappeler, numéro qui se révèle être branché...sur des serveurs vocaux. Boucle bouclée, la Société devient autiste et sourde et tout le monde (ou presque) est content d’avoir l’impression de payer moins cher.
Alors il existe deux hypothèses : ou bien je suis seul au monde et le seul à l’ignorer ou bien je suis un vieux con qui ne comprend rien à la modernité.

Avec une question subsidiaire: Nicolas Sarkozy ne serait il pas un robot qui répète sans cesse la même chose pour fatiguer le client-électeur ?

mercredi 3 février 2010

A Porto Alegre, le Forum social mondial des dix ans a fait preuve d'un certain essouflement et a tourné en rond

Mercredi 3 Février

Cet article publié il y a quelques jours sur Mediapart a provoqué de nombreuses réactions...trés contrastées.


Attablé dans l’un des restaurants populaires qui surplombent l’immense marché de Porto Alegre, Francisco Whitaker commence déjà à refaire le Forum qui vient de se terminer et évoque surtout les forums régionaux qui se dérouleront avant la fin de l’année. Pour « Chico », comme ses amis l’appellent, la réflexion sur le mouvement qu’il a contribué à inventer en 2001 deux ans après les énormes manifestations victorieuses de Seattle contre l’Organisation Mondiale du Commerce, ne s’arrête jamais. A 78 ans, cet ancien architecte brésilien de Sao Paulo reste dévoré par la passion de changer de monde, de faire se rencontrer des hommes, des femmes et des mouvements sociaux de toute la planète. Il n’esquive ni les questions ni les doutes, mais reste persuadé que le mouvement créé il y a dix ans pour faire pièce au forum de Davos conserve toujours un temps d’avance sur la faculté de récupération de la mécanique mondialisante et sur les pesanteurs de la société globalisée. Pourtant, la table ronde des responsables de ces forums décentralisés qui venait de clore les multiples échanges commencés le 25 janvier parait lui apporter un démenti : d’abord ils ne sont qu’une douzaine à la tribune pour raconter ce qui se passera dans les autres 27 forums de l’année et surtout, ce panel sur l’avenir proche de l’altermondialisme ne comptait qu’une seule femme. Chico reconnaît qu’un effort reste à faire mais assure que cet échantillonnage n’est pas représentatif de la réalité de l’évolution des participants et des militants. Sa femme émet gentiment mais fermement des doutes sur ce point. Il avoue ensuite que, par essence autogestionnaire et ne se reconnaissant aucun responsable, le Forum Social Mondial ne peut et ne veut rien imposer. Il peine donc désormais à expliquer ce qu’il fait, ce qu’il est et ce qu’il veut : « Nous avons un problème de communication, nous éprouvons des difficultés à faire savoir ce que nous sommes, ce que nous préparons. Parce qu’il est difficile de dire qui doit parler, qui doit communiquer. Ce n’est pas à notre Comité international ou aux Brésilien de le faire mais à ceux qui participent. Même difficulté pour le contenu de cette communication. Mais il est clair que sur ce point nous devrons faire rapidement des progrès. Il nous faudrait des professionnels mais sans oublier que la forme n’est pas sans influence sur le fond et que l’on ne peut pas demander aux mouvements de simplement répercuter ce que nous leur dirions de dire ». Le coeur de l’ambiguïté ressentie par beaucoup de quelques 12 000 participants se sentant parfois abandonnés par le monde.
Manifestement ce souci de « faire savoir » est au coeur de l’avenir d’un mouvement dont Chico ne sait toujours pas s’il faut l’appeler « espace » ou « mouvement ». Le défaut de communication mais probablement aussi la crise d’identité idéologique au bout de dix ans, expliquent certainement pourquoi ce Forum de 2010 à Porto Alegre a constamment hésité entre un format mondial et un format régional , au point de semer la confusion chez les militants et les journalistes. Hugo, un participant uruguayen spécialiste de l’environnement, présent dés l’origine, résume brutalement sa vision critique de la situation : « au cours des premières années le Forum Social Mondial était en lui même un événement, une proclamation évidente dont les slogans se déclinaient et s’illustraient naturellement. Que l’on soit d’accord ou non avec nous, il était à peine nécessaire d’expliquer. Le kaléidoscope des expériences, des luttes, des échecs et des réussites suffisait à nous faire comprendre, à nous situer. Le public et les journalistes n’avaient qu’à choisir, qu’à picorer puisque nous étions vraiment et concrètement l’autre monde possible. Aujourd’hui, nous bégayons. A l’exception de Lula pour qui venir ici est un rite, un retour aux sources, les hommes politiques ne nous fréquentent plus puisqu’ils ont fait le plein de nos idées pour les accommoder ou à les dénaturer à leurs façons. En fait, ici, il n’y a plus grand chose à « voler ». Même Christine Boutin qui avait fait savoir qu’elle viendrait faire son marché à Porto Alegre pour Sarkozy a annulé son voyage.
Illustration du bégaiement: vendredi matin, le séminaire de conclusion de la semaine, séance qui devait dégager et présenter les axes de l’avenir s’est transformé en une suite hétéroclite de propositions émanant d’une salle bondée : trois minutes, théoriquement, par personne pour lancer des idées. Mais d’une part, la plupart des intervenants ne « vendaient » que leur histoire ou leur préoccupation et d’autre part, surtout, j’ai alors eu la terrible impression, à quelques exceptions prés, d’avoir entendu les mêmes pétitions de principe au cours des trois premiers forums de Porto Alegre. Avec moins de fraîcheur et en prime des condamnations rituelles du capitalisme qui pour être logiques ne font plus avancer la discussion. Surtout devant un public convaincu. Porto Alègre, pour avoir eu raison avant tout le monde, pour avoir annoncé et décrit la crise, dilue inconsciemment sa « victoire » dans la ritualisation tandis que le Président français, un exemple entre d’autres, se paye de mots faussement altermondialistes au Forum de Davos.
La récupération a fonctionné et le système mondialisé s’efforce de digérer ou de banaliser la plupart des « révolutions » élaborées au cours des premières années des forums, qu’ils soient mondiaux, comme à Porto Alègre, Nairobi ou Bombay, régionaux ou locaux. Les participants de 2010 ne paraissent pas en avoir conscience ou bien, ils ne veulent pas le savoir. Alors, que contrairement à ce qui se passe dans un mouvement politique, national ou internationale, le renouvellement des générations se fait très rapidement. « Mais, dans le fond, explique Rita, une cubaine de quarante ans habituée des forums, la difficulté est peut-être là : notre mouvement n’a pas de mémoire et peu d’archives. Donc nous ne bâtissons pas en hauteur mais en largeur. Nous juxtaposons des idées ou même des réalisations sans capitaliser toutes les expériences, sans les transformer suffisamment en revendications et groupes de pression. Nous ne faisons pas assez de politique. Ce qui explique ton impression de répétition, de déjà vu ou déjà entendu. Voilà notre faiblesse. Nous sommes frappés d’amnésie » L’espace Forum Social, comme l’appelle Chico Whitaker a les défauts de ses qualités : l’autogestion limite désormais son influence alors que, malgré tout, des choses passionnantes continuent de s’y raconter. Ce que Candido Grzybowski, le sociologue Brésilien co-fondateur du Forum social en 2001 qui animait le débat sur le futur admet : « la crise a validé nos critiques et nos analyses, elle a mis en valeur les multiples solutions qui se sont encore exprimés à Porto Alegre cette année, mais nous n’avons pas su en profiter ». Avec d’autres, il admet que la crise environnementale est également une crise majeure sans parvenir à la lier vraiment avec les préoccupations anciennes des altermondialistes qui, sauf à Belém en 2009, n’ont jamais vraiment pris en considération la question de l’écologie.
Les altermondialistes ont toujours éprouvé des difficultés à sortir de la critique de l’économie, de la finance et de la mondialisation des marchés. Ce n’est pas dans leur culture. Face à ce reproche, Chico Whitaker esquive, en peu gêné, en répondant : « oui, tu as peut-être raison, mais nous n’y pouvons rien car chaque forum, à Porto Alegre ou ailleurs, n’est fait de ce que les mouvements, les groupes et les associations y apportent ; c’est vrai que ce matin, les gens ont peu évoqué l’environnement, mais ça viendra ». Les altermondialistes peinent visiblement depuis des années à mêler étroitement social, écologie et économie alors qu’à Copenhague, les écologistes l’ont fait et ont reconnu que la bataille environnementale n’avait plus aucune frontière, physique ou catégorielle, devenant ipso facto de nouveaux ou les nouveaux altermondialistes. Un renversement de la société civile, probablement lié aux inquiétudes dues au changement climatique, et sur lequel les animateurs du Forum avouent réflêchir sans trouver de solutions ; même si les débats de Porto Alegre, ont été riches en interventions sur la nature, sur le bien vivre, sur le respect des rythmes naturels. Mais ces discours et expériences émanant prioritairement des peuples indigènes sont difficilement globalisations et risquent d’être peu entendus dans un monde peuplé majoritairement de citadins.
Le Forum Social mondial a prouvé en quelques jours, qu’il reste une extraordinaire usine à idées, que tout y fonctionne parfaitement, mais aussi que l’usine parait ne plus savoir quoi fabriquer. Et la majorité de cette nébuleuse refuse, comme lui demande depuis longtemps le Français Bernard Cassen ex-membre fondateur d’Attac, de se transformer en mouvement d’appui aux gouvernements qui partagent certaines de ses valeurs sociales et économiques. Dans l’historique qu’il a brossé devant les militants, puisqu’il fut lui aussi un des inventeurs du Forum Social, il a tenu a rappeler cette position minoritaire.
Reste que les habitants de Porto Alegre aiment toujours « leur » forum, qu’ils s’efforcent de faire vivre la gestion participative de leur ville et qu’ils rêvent que cet événement s’installe définitivement chez eux. Après tout, le Forum Social Mondial enraciné au Brésil, a également prouvé par ses expériences sociales réussies que l’Amérique Latine est probablement devenu le laboratoire d’un autre Monde. Sans ce Forum, Lula ne serait sans doute jamais devenu président.


PS je poursuis mon reportage en Amérique du sud jusqu'au 13 février mais je vais m'efforcer d'éliminer le piratage de ce blog par un imbécile anglais ou américain. Mais je ne sais pas trop comment faire

dimanche 10 janvier 2010

Le rallye "Dakar" au Chili et en Argentine: les fous du volant s'obstinent

Dimanche 10 janvier

Déjà un mort et plusieurs personnes sérieusement blessées dans le Paris-Dakar délocalisé en Argentine (Un peu, parce que des associations ont râlé fort l’année dernière) et au Chili (Beaucoup parce qu’y règne encore un culte de la voiture très américain). Cette course de fous de la bagnole qui ne se rendent pas encore compte à quel point ils sont ringards, a donc commencé à ravager des routes déjà difficiles pour les habitants, surtout dans le nord, parce que mal entretenues e traversant des zones escarpées. Malgré les réclamations des Indiens qui tentent d’y survivre d’une agriculture vivrière et souvent bio. Comme au nord de Riojas où la caravane pétaradante est arrivée dimanche. Mais, c’est bien connu, les rallyes « sportifs » affectionnent les pays aux économies incertaines parce qu’ils y trouvent des voies de communication en mauvais état. En Argentine s’y ajoutent les effets d’une terrible sécheresse qui détruit depuis prés de quatre ans, la pampa (déjà affectée par les maïs et soja OGM) et certaines provinces du nord que le rallye va consciencieusement labourer ou couvrir de poussière. Notamment dans la région chilienne du lac salé d’Atacama. Un monument naturel et aussi un havre pour de nombreux oiseaux, notamment des flamants roses, qui sont tous protégés. Comme les vigognes qui survivent dans le Nord de l’Argentine et du Chili où elles restent menacées.
Le promoteur de ce rallye aux relents faussement sportif n’est qu’une entreprise commerciale (ASO) destinée à faire du fric. Elle est également organisatrice du Tour de France et liée au groupe de presse des journaux Le Parisien/Aujourd’hui et L’Equipe. Ce qui explique que dans son édition de dimanche, l’information sur l’accident soit traitée en six lignes. A France Télévision (plus discrète cette année dans ses retransmissions), ils ont été plus pervers, expliquant, comme les organisateurs, que la responsabilité de l’accident incombait aux téléspectateurs (dont un enfant de neuf ans dans un état grave) qui « n’auraient pas du être là ».
Les organisateurs ont eu du mal à boucler leur budget malgré la générosité de Total, de Novotel et de France Télévision car le nombre des participants est en chute libre : ils étaient plus de 500 l’année dernière et ils n’étaient plus que 361 au départ dont 160 motos, 62 camions et 27 quads. Renault, la firme automobile qui nous explique laborieusement dans ses pubs télévisés de début d’année qu’elle est devenu « pure écolo », a inscrit dans la course un engin qui s’appelle le Sherpa. Une sorte d’hybride militaire à mi-chemin entre le char et le camion. Ce 6X6 sert habituellement à transporter des lance-missiles ou des armes lourdes. Le blindage est en option. Mais avec ou sans sa carapace, cet engin contribue à l’émission pendant le rallye d’environ 30 000 tonnes de CO 2 : pour la course, pour les organisateurs et pour le transport de la caravane depuis la France. Il faut y ajouter l’utilisation quotidienne des deux Hercules, des deux Folker et des hélicoptères qui trimballent tous les jours plusieurs centaines de journalistes. Quant aux quads ils ne participent qu rallye que pour fabriquer de l’image destinée à appuyer les campagnes publicitaires vantant et vendant ces engins à travers les campagnes où ils continuent à circuler en dépit des interdictions légales et municipales. En fait, le rallye ne sert qu’à cela : s’efforcer désespérément d’entretenir « l’image » des sports motorisés et de la voiture « source de liberté. Cela doit correspondre à ce que Renault explique dans sa publicité télévisée : « Faire avancer l’automobile dans le sens de l’homme et de la vie ».
Pour céder à l’autre mode, celle qui les dérange, leur pourrit la vie et à écarté quelques mécènes, les organisateurs versent une « éco-contribution » à des associations de protection de la nature dont nul ne sait qui elles sont et où elles travaillent. Mais, de toute façon, cela ne sort pas de la poche de ASO puisque cet argent est collecté, de 50 à 150 euros, auprès des concurrents. Ce qui ne règle pas la question des ordures, des déchets plastiques aux huiles en passant par les boites de conserves, qui jalonnent encore le parcours et les bivouacs de l’année dernière.
Pour terminer, il faut rappeler que ce rallye fut glorifié pendant douze ans par un photographe et écologiste bien connu nommé Yann Arthus-Bertrand qui le suivait pour le compte des organisateurs et pour Paris-Match. Le même qui préfaça en 2004 une brochure de Total, une firme « qui place en tête de ses priorités le respect des hommes et de l’environnement ». Le même « écolo » fut le photographe de Ferrari et de Disney Land. Malheureusement c’est son film financé par l’industriel qui (par Conforama interposé) importe des fauteuils pollués de Chine que célèbre la presse, impressionnée par les « belles images » sans êtres humains visibles. Alors que l’excellent film de Nicolas Hulot, « Le syndrome du Titanic » se traîne dans les profondeurs du « box office » des entrées. Parce qu’il est courageux et ne sacrifie pas à l’esthétisme.

dimanche 20 décembre 2009

Le mauvais climat d'une conférence de Copenhague qui a encore plus mal fini que les précédentes

Dimanche 20 décembre

Chronique publiée sur Mediapart (www.mediapart.fr)

En comparant les résultats –mot un peu fort- de Copenhague avec ceux de Stockholm en 1972 et même de Rio de Janeiro en 1992, il est hélas possible de mesurer le recul de la qualité des réactions de ce qu’il est convenu de nommer la communauté internationale face aux périls que nous avons créés et ensuite entretenus. Les discours s’améliorent, les chefs d’Etat font semblant de se passionner pour l’écologie et son dernier avatar, le climat, mais dans les actes, la régression s’affiche et s’aggrave sans vergogne. Le protocole de Kyoto qui s’imposait d’abord aux nations industrialisées et qui aurait pu s’appliquer aux grands pays émergeants, n’existe plus. Oublié alors qu’il aurait fallu le renforcer. Les discours de plus en plus flamboyants répondent à la pression de la société civile et des associations tandis que les actes expriment la montée des égoïsmes nationaux qui s’affrontent de plus en plus brutalement. En écrasant la plupart des pays du sud dont les représentants, à quelques exceptions prés, n’ont pas brillé d’intelligence et de créativité au cours de ce sommet. Pour un Evo Morales qui a utilisé un langage nouveau en phase avec les menaces qui pèsent sur le milieu naturel et les hommes, combien de discours convenus et geignards, combien de pales copies des fausses jérémiades des responsables de pays riches oubliant en plus que dans leurs propres populations, les plus pauvres subiront en premier les effets des modifications climatiques dans leurs vies quotidiennes. Et les grandes associations se voient prises au piège de leur illusion : radicales ou centristes, elles ont cru être reconnues et écoutées alors qu’elles n’ont été que flattées et incluses dans une stratégie de communication qui, pour la France, a culminé à l’Elysée où le président de la République qui leur a servi l’inusable « Je vous ai compris ! ». Version française de bien d’autres escroqueries aux sentiments écologistes joués aux Etats Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Australie et même en Inde comme l’explique Darryl D’Monte, le président des journalistes environnementaux indiens qui critique vigoureusement son gouvernement de sacrifier le présent à l’avenir.
La communication qui a pris les commandes de l’écologie officielle vient de se révéler impuissante à régler les problèmes par la magie de la parole alors que dans les grandes conférences du passé, les chefs d’Etat n’avaient pas osé se séparer sans décision. Nicolas Sarkozy et ses semblables n’ont plus le pouvoir de casser le thermomètre de la planète mais ils se vantent quand même de calmer nos angoisses en nous expliquant que demain, certainement, ils règleront gratis les maux de la terre avec des mots puisqu’ils ont avoué qu’ils n’avaient rien d’autres à nous proposer. Les responsables du Bangladesh ou des iles-Etat parlent d’escroquerie et se demandent comment ils vont empêcher la mer de les submerger. Mais que pèsent les 10 000 habitants de Tuvalu et les dizaines de millions de pauvres en danger du delta du Brahmapoutre face aux intérêts du monde industriel et financier ?
La démocratie planétaire et onusienne, comme d’autres formes de démocratie, ne fonctionne plus, même comme placebo. Alors que longtemps elle avait fait illusion. Retour sur Stockholm où l’on décida en une dizaine de jours de créer le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, le PNUE, auquel il aurait suffit de donner plus de pouvoirs et le droite de distribuer les moyens financiers d’agir. Le seul organisme ayant la mémoire des questions et des urgences environnementales depuis prés de 40 ans a été le grand absent des discours et de la vague déclaration finale bricolée par une trentaine de pays qui n’ont même pas osé se présenter devant les autres et se sont enfuis comme des voleurs d’avenir. On comprend à la fin, si l’on n’avait pas deviné avant, pourquoi les militants de l’écologie présents à Copenhague ont été brutalement écartés trois jours avant la fin de la conférence. Il est difficile de convoquer des témoins quand on s’apprête à commettre un crime contre l’humanité. A Stockholm il avait été décidé par toutes les délégations présentes que le PNUE devait « prévoir les moyens de susciter et d’utiliser la participation active des citoyens et la contribution des organisations non gouvernementales à la sauvegarde et à la mise en valeur de l’environnement. Et d’associer le public à la gestion et au contrôle de l’environnement ». Cet accord est parait il toujours en vigueur...et la formule inventée à l’époque par les Nations Unies et la société civile « nous n’avons qu’une seule terre » reste le slogan du PNUE...
Sera-t-il vraiment nécessaire de se rendre à Mexico où, dés le début, annonce de l’échec vainement mis en scène, il était déjà prévu d’organiser COP 16 comme en témoigne le stand de cette ville où, dés le début de la réunion à Copenhague de COP 15, comme en témoigne un stand installé prés de l’assemblée des délégués, où il était possible de commencer à chacun de préparer son voyage au Mexique pour une nouvelle conférence « historique ».

La nature et la biodiversité grands oubliés de la défunte conférence climat de Copenhague

SAMEDI 19 DECEMBRE

CHRONIQUE PARUE SUR MEDIAPART

Messieurs qu’on nomme grands, messieurs les présidents, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être si vous avez le temps ; en quittant Copenhague dans une dernier panache de CO2. Hier pour les moins pressés d’en finir avec un rituel climatique qui vous ennuie énormément au delà de vos discours convenus et rarement inconvenants et aujourd’hui pour ceux qui ont voulu faire illusion jusqu’au bout.
Nous serons nombreux à la signer, cette lettre, désespérés par votre indifférence et votre ignorance. Nous la signerons avant de mourir peut-être ou avant d’être parqués, pour la culture des générations futures, dans des réserves dites, par anti-phrase, naturelles, alors qu’elles contribuent à artificialiser l’espace naturel en y alignant les survivants. Nous la signons au nom des 8500 espèces menacées de disparaître bien avant que vous vous réussissiez à vous mettre d’accord pour bloquer ou casser le thermomètre et bloquer les tempêtes ; bien avant que vous ne cessiez de vous fixer une base de 2° en plus à ne pas dépasser en feignant de croire qu’il n’existe pas des pays ou des régions dont la température moyenne a déjà augmenté bien au delà. Dans l’Arctique ou en Afrique. Nous, à la différence des hommes qui souffrent, nous ne demandons pas de l’argent, juste un peu d’attention et quelques gestes pour la planète. Sans feindre de croire, comme les présidents français et américains, que dans chaque pays on installera des « thermomètres » témoins.
Les cigognes, les blanches comme les noires, se demandent où elles vont désormais passer l’hiver puisque l’Espagne, la France, le Mali et le Maroc viennent de s’attribuer le pouvoir de décider de l’année à partir de laquelle ces pays qu’elles fréquentent décident que la température n’augmenterait que deux degrés. Qui leur lira une nouvelle feuille de route ? Qui les guidera ? Qui réglera leur GPS sur la bonne latitude, qui les aidera à ne pas mourir de faim ou de soif ? Qui sauvera le lion dans a savane brûlée ?
Les ours blancs, agrippés à leurs derniers glaçons qui baignent dans de l’eau trop tiède lèvent la tête en vain vers le ciel. En se demandant qui viendra les empêcher de couler en même temps que les banquises sur lesquelles ils dérivent avec les derniers de leur espèce.
Qui dira où les oies des moissons, comme ces dernières changent sans arrêt de période, devront se poser avant d’être fatiguée à en mourir. Parce qu’elles s’épuisent à errer, parce qu’elles se nourrissent de plus en plus mal. Comme l’outarde capelière qui disparaît dans la plus grande indifférence parce qu’elle ne sait plus à quel temps se vouer.
Comment faire pour le loriot, le chardonneret, les hirondelles dont les effectifs ont chuté de 40 % depuis une vingtaine d’années, ou la mésange charbonnière qui peine à nourrir ses petits parce que le printemps vient trop tôt? Comment faire pour que ces oiseaux et bien d’autres ne perdent pas le Nord ? Qui s’occupera de trouver des chenilles pour le gobe mouche à son retour d’Afrique pour qu’il ne meure plus de faim parce qu’il arrive désormais trop tard après leur naissance ? Faudra-t-il bientôt organiser des charters pour renvoyer en Egypte le vautour blanc des Pyrénées qui veut s’installer définitivement chez nous ? Qui osera dire que, quand même, la France ne peut pas accueillir toute la misère aviaire de la planète ?
Qui sauvera les centaines d’espèces de poissons piégés dans les rivières du monde qui s’assèchent, en Afrique, en Inde en Argentine comme dans le Poitou ? qui leur donnera asile ou un peu d’eau pour ne pas disparaître? Et les grenouilles et les tritons et les salamandres, tous ces amphibiens qui périssent aussi faute d’eau ? Qui s’alarme pour les papillons dont le monde perd chaque année une cinquantaine d’espèces ?
Comment sauver les 12 000 espèces de plantes et d’arbres menacées de rapide disparition et qui va pleurer sur leur sort ? Certainement pas vous, messieurs que l’on nomme grands puisque vous ne réussissez même pas à sauver les grandes forêts ? Qui dira la tragédie de la disparition des plantes médicinales des pays du sud et des pays du nord qui ne peuvent même pas demander l’asile ailleurs ? Qui va aider les chênes à partir vers le nord de la France pour ne pas disparaître ?
Monsieur le président, qu’avez vous décidé, qu’avez vous prévu pour sauver les onze mammifères français sur le point de disparaître ? Et quel monument sera élevé aux 1160 espèces d’animaux disparus dans le monde depuis 60 ans ? Peut-être leur épitaphe est-elle déjà contenue dans Convention internationale sur la biodiversité adoptée en 1992 à la conférence de Rio en même temps que la Convention cadre sur les changements climatiques (signée par 131 pays) auprès de laquelle les pseudos accords d’hier ne sont qu’une bien pâle copie même pas paraphée.

Lette rédigé par un panda qui ne trouve plus de bambou à grignoter alors qu’il lui en faut au moins 15 kilos par jour.

Le cri d’Evo Moralés sur la mort de la Mère nature, sur la disparition de la biodiversité, disparition qui concerne aussi bien la beauté du monde que son équilibre pour les êtres humains n’a pas été entendu. Pas un instant les maîtres du monde ne se sont intéressés à la nature mise en danger par les modifications climatiques. Ayant posé la question successivement à un délégué anglais, à un délégué polonais, à un délégué australien et à une déléguée panaméene j’ai compris aux regards étonnés que je passais pour une simple d’esprit, que la question ne se posait pas. Effectivement
Je sais, il s’agit, enfin il s’agissait, des hommes, de l’avenir de l’humanité, de la détresse de nombreuses populations. Mais qu’est elle, que sont ils, que sommes nous sans cette nature et sa biodiversité ?
Trop tard, la conférence est terminée et les présidents sont soulagés de retourner à des affaires sérieuses et le dernier panda, privé de bambous détruits par la sécheresse, disparaîtra dans l’indifférence. C’est vrai ça : il sert à quoi le panda ?

mercredi 16 décembre 2009

Repression et arrestations au sommet du climat de Copenhague


Mercredi 15 décembre

De façon à écarter le maximum de représentants de la société civile du déroulement de la Conférence sur le climat, les officiels de l'ONU et la police danoise se sont mis d'accord pour...mettre au frais un maximum de membres des associations qui veulent témoigner de l'échec des négociations.

Quand les Nations Unies font reculer la démocratie à Copenhague

Mardi 15 décembre

Chronique parue sur Mediapart hier (mediapart.fr)

La démocratie onusienne réduit considérablement au lavage de cerveau. Fermement décidés à persuader tout le monde et le monde entier que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, que tous les pays s’aiment, que les congressistes ne sont qu’une bande de chics copains juste séparés par des malentendus provisoires et accessoires, que les délégations vont se mettre d’accord en s’embrassant goulûment avant l’arrivée des chefs d’Etat, les responsables des Nations Unies se donnent les moyens de réduire les risques de mauvaises interprétations, de critiques ou de commentaires acerbes des orages (souvent tropicaux) qui secouent le sommet du climat. La conférence de Copenhague se ferme et se verrouille dans un autisme aussi imprévu que sans précédent.
Les gentils organisateurs restreignent de plus en plus l’accès de la presse aux assemblées plénières, ce qui n’est pas dans la tradition des grandes conférences où seules les réunions informelles sont habituellement fermées aux journalistes. De plus, à l’instigation de leurs services de sécurité, les Nations Unies ont décidé de réduire la composition de toutes les délégations d’associations dûment accréditées de 80% à partir du 15 décembre: vous étiez cent, vous ne serez plus que vingt ! Cela ne se discute pas ! Plus question donc, que ces gens, pas toujours fiables, se pressent en trop grand nombre au Bella Center, les bâtiments de la conférence officielle. De peur qu’ils manifestent à l’intérieur, qu’ils sortent des pancartes vengeresses et qu’ils importunent des ministres. Il ne faudrait pas, par exemple, que Jean-Louis Borloo, qui passe son temps à parcourir les salles d’un pas vif, comme un prince d’autrefois dans les couloirs de Versailles, suivi d’une bruissante cohorte de journalistes et de courtisans, court le risque d’être interpellé dans sa parade triomphante par un écolo malpoli qui jugerait, par exemple, qu’il ne consacre ses efforts qu’à la communication et à la mise en scène des idées françaises alors que c’est l’Europe qui est censée parler. Il parade pour masquer un échec prévisible et pouvoir raconter ensuite que la France aura été exemplaire mais (malheureusement) incomprise. Donc, la demande émanant également de nombreux ministres qui ne veulent pas être dérangés et faire tranquillement le ministre, l’essentiel des associatifs, pourtant des gens bien polis, pas les pouilleux de la manifestation, sont virés. Sort qui a failli être celui des députés Verts européens, José Bové par exemple, qui n’ont du leur salut qu’à une astuce et au désistement d’autres membres de l’association mondial des Verts. Circulez, il n’y a plus rien à voir.
Cette mise à l’écart spectaculaire, inédite de mémoire d’usagers de conférence, promet des protestations et un désordre indescriptible à l’entrée du centre de conférence à partir de ce matin. Déjà aujourd’hui, parce que, assister à la Conférence de Copenhague est quand même ce qui se fait de plus chic avant d’aller au ski, l’accès a été bloqué pendant des heures par des centaines de personnes désireuses de venir faire un tour avant l’épuration associative et celles qui suivront pour que les excellences magouillent tranquillement. Pendant deux heures, la station de métro du Bella Center a été fermée. On imagine Madame Royal faisant la queue dehors ce mardi comme un vulgaire diplomate indien l’a fait hier pendant six heures.
L’affaiblissement d’un processus démocratique déjà bien incertain est renforcé par la multiplication des conciliabules. Lesquels ont amené les pays africains à se fâcher et à refuser de discuter (d’où le huis clos pour que les engueulades ne s’entendent pas trop). En fait, notamment sur le maintien ou la disparition du protocole de Kyoto, dont les pays industrialisés veulent se débarrasser, les coups et les tentatives de débauchages ont volé très bas depuis samedi soir. Beaucoup d’Africains ont été choqués des méthodes utilisées ; et confirmant les informations données hier par Mediapart, Pablo Solon, l’ambassadeur de la Bolivie à l’ONU, a, si l’on ose dire, mis les pieds dans le plat : « Nous exigeons un retour à une discussion démocratique, nous avons désormais l’impression que l’essentiel des négociations se déroulent désormais au cours de petits dîners auxquels sont conviés des invités soigneusement sélectionnés. Les responsables des Nations Unies ne peuvent pas ainsi choisir ceux avec lesquels ils parlent dans un processus qui n’a plus rien à voir avec la démocratie. Nous en appelons à toutes les forces sociales et écologiques pour dénoncer cette dérive ».
Les tensions sont manifestes à deux jours de l’arrivée des chefs d’Etat qui sont déjà nombreux à s’irriter du blocage des discussions et de la résistance des « pauvres ». Des consignes ont donc été données, notamment par la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, pour que les textes et les discussions soient de plus en plus verrouillés et que cessent les remises en cause de ce qui a été décidé par l’ONU et quelques grands pays.

lundi 14 décembre 2009

les hommes en gris vendent la terre au plus offrant et méprisent les manifestants de Copenhague

Lundi 14 décembre

Aprés la manifestation...


En juin 1972, à la conférence de Stockholm des Nations Unies sur l’environnement, quand pour la première fois des milliers d’écologistes et de hippies ont défilé et revendiqué avec les représentants des Peuples Premiers, les indiens, les Lapons, les Inuits ou les Aborigènes d’Australie, ils ne trouvèrent que quelques policiers débonnaires pour les empêcher gentiment de rentrer dans les bâtiments officiels. Et le patron de la Conférence, le Canadien Maurice Strong s’était avancé sur le haut de l’escalier, avait demandé un micro et il s’était directement et amicalement adressé aux manifestants réclamant des décisions plus énergiques pour sauver la planète de la pollution, des destructions, de la déforestation, du massacre de la nature et déjà du réchauffement climatique. Ils avaient discuté avec acharnement, échangé vivement mais en restant sur la même planète. Je me souviens même que, dans un geste peut-être machinal, il avait fini par lever le poing pour répondre à l’ovation des manifestants. Plusieurs ministres et négociateurs de petits et grands pays l’avaient rejoint et s’étaient également adressés à la foule. A l’intérieur, les travaux avaient été suspendus pour que tous puissent venir accueillir un cortége bigarré aux premiers rangs desquels figurait comme aujourd’hui des Africains, des Indiens et des Lapons : un esprit, association du développement, du social et de l’écologie qui a fait un retour remarqué samedi, toutes les revendications, y compris celles des peuples exploités, étant à nouveau confondues comme en ce début des années 70 où la conférence inventait un slogan : « l’écologie, c’est de la politique ».
Autres temps, autres moeurs dans les rues de Copenhague. D’abord, pour encadrer 80 000 manifestants, prés de 10 000 policiers armés jusqu’aux dents et habillés, comme partout, comme des figurants pour un mauvais film de science-fiction. Il y en avait même devant le seul Mac Do du parcours. Impossible d’approcher du Centre de conférence isolé par plusieurs kilomètres de grillages mis en place dans la nuit. La scène devant laquelle se sont succédés les orateurs et arrêtés les manifestants était exilé à 600 mètres du Bella Center où les experts, les diplomates et déjà quelques ministres ne se sont même pas arrêtés d’évaluer les virgules du mauvais texte dont il disent tous, sauf les Etats Unis et la Chine, que c’est la plus mauvaise des conclusions possibles à la bataille diplomatique qui se poursuit en coulisse. Ils ont vaguement regardé la télé, comme on contemple le spectacle d’une autre planète, mais alors qu’ils auraient parfaitement pu le faire, même discrètement, par l’avenue désertifiée par la police, ils se sont jamais « venus voir ».
Mais surtout, l’incroyable, l’insupportable, ces hommes en gris qui nous servent tous les jours de grises, ternes et ratiocinantes conférences, ne sont venus tenter d’expliquer et de s’expliquer devant les manifestants. En dehors d’Yvo Boer, le Néerlandais secrétaire exécutif de la Convention climat, venu débiter rapidement et sans sourire ses platitudes habituelles mais renforcés à la langue de bois durable. Pas de mouvement, pas de sortie en masse pour dire, comme le fit Maurice Strong à Stockholm, que les politiques comprennent leurs inquiétudes, voire que rien n’est simple ou que les égoïsmes nationaux dominent les débats. Rien. Pas de regard vraiment intéressé pour cette population, pour ce peuple de jeunes enthousiastes et sincèrement angoissés. Pas même un communiqué pour remercier ces pèlerins du climat d’être venus de loin. Rien qu’un mépris glacé ou la peur d’affronter des jeunes aussi « étranges » vivant dans un autre monde.
Il y a eu par le passé des conférences où les officiels, malgré leurs différents, tentaient vraiment d’esquisser un dialogue, même rugueux. Ainsi à Seattle, au sommet de l’OMC coulé par la contestation, malgré l’énormité de la pression de la foule, malgré les heurts, malgré les incidents, on vit Pascal Lamy, le patron de l’organisme et quelques autres, nouer une polémique avec ceux qui ne voulaient pas de son sommet. Propos vifs, mais échanges. Ce fut même encore un peu le cas à Johannesburg en 2002 ou des ministres s’empoignèrent dans des joutes sévères avec la piétaille de la société civile. Comme dix ans plus tôt à Rio de Janeiro. Mais cette annéee, c’est fini, on ne mélange plus les torchons et les serviettes.
Samedi, il ne s’est rien passé : « business as usual », plus exactement «business vert as usual ». Les politiques et surtout les technocrates du climat, la tête déjà dans le prochain sommet qui se déroulera à Mexico, la seule certitude du grand marchandage en cours, n’ont ni eu l’idée, ni eu l’envie de rencontrer la jeunesse et les représentants des peuples qui souffrent. Ceux qui leur disent : « pour la planète, cherchez pas, il n’y a pas de Plan B »

vendredi 11 décembre 2009

Toujours en direct de Copenhague et avec la passion qui renait chez les militants

Samedi 12 décembre

Copenhague, juste avant la manifestation


« Nous venons de la terre, nous y retournons tous, nous devons donc la respecter, cette vérité figure désormais dans notre Constitution. Et je vous rappelle que le changement climatique n’est pas une crise mais un symptôme » expliquait hier Elisabeth Peredo, représentante de la Bolivie au Forum des associations, à plusieurs kilomètres de la Conférence officielle qui sombre dans l’ennui et les manoeuvres mesquines. Tactique habituelle des « grands » qui cherchent à déstabiliser les « petits » et à leur faire sentir un certain mépris. Quelques minutes plus tard, venue de cette conférence (des parties...) porteuse d’une rage et d’une fureur d’expliquer que les débats auxquels elle participe étaient tout sauf de la démocratie, Angela Navarro, autre bolivienne et surtout négociatrice pour son pays, enflammait une salle immense du Forum en rappelant que « la lutte pour sauver le climat est une lutte pour la vie, une lutte pour Ayaya Pacha Mama, notre mère la terre ; une quarantaine de pays riches n’ont pas le droit d’imposer leurs lois à tous les autres, aidez-nous, mobiliser vous, criez le. Nous ne sommes pas venus mendier mais, avec beaucoup d’autres, nous demandons réparation, nous venons réclamer ce qui nous est du, le remboursement de la fantastique dette écologique, la dette des pillages de nos richesses, la dette du changement climatique dont nous souffrons mais que nous n’avons pas provoqué, la dette des droits de la nature mutilée. Ne laissez pas quelques pays essayer de sauver le climat sur notre dos, manifestez encore et toujours, faites entendre votre voix jusqu’à la conférence, faites pression pour apprendre la démocratie à tous ces gouvernements qui se moquent de nous !». Longue ovation.
Alors qu’Angela repart pour la conférence officielle pour, explique-t-elle, sauver ce qui peut encore l’être, le Climaforum mis en place par les Danois pour tous les voyageurs du climat, vient enfin de basculer dans l’émotion. Les auditeurs vibrent et s’enflamment avec les « avocats » de la dette climatique et écologique, le sujet de la journée. Comme si, de la tribune où un Malien explique qu’il a « vu disparaître les saisons », à la salle essentiellement remplie de jeunes d’où fusent les questions, un nouvel esprit venait d’éclore ou de se révéler. Une mutation magique due notamment à plusieurs femmes passionnées, un embrasement des esprits qui annonce peut-être le ton de la manifestation de samedi, la transformation soudaine d’une mobilisation un peu routinière en une exaltation qui dépasse les préoccupations partisanes des uns ou des autres, qui les fait sortir de leurs stands et de leurs distributions de tracts. Avec une sorte de fusion avec les jeunes routards de l’écologie qui commencent à débarquer par milliers dans la ville avec d’énormes sacs à dos. Sous la pluie.
Il y a ainsi, parfois de ces instants magiques dans un rassemblement de militants face aux puissants, le moment où ils commencent à croire qu’ils ont un pouvoir ou le pouvoir. Loin, finalement, de leurs responsables qui continuent de négocier pied à pied dans les couloirs de l’autre conférence avec l’espoir d’améliorer un texte pour l’instant accablant de platitudes. Il y eut des moments de ce type, magnifiques, lors de la première conférence des Nations Unies sur l’environnement de Stockholm en 1972. Au moment où, comme hier, des négociateurs, des diplomates, voire de ministres atterrés par l’immobilisme ou les indifférences de leurs homologues étaient venus en appeler aux militants et aux associations. Avec comme résultat de réussir à faire modifier des textes et des résolutions que tout le monde croyait graver dans le marbre de la médiocrité et du consensus. Dans ces circonstances on a parfois l’impression que le pire n’est pas certain...
Cette magie de la foule et du verbe tendrait à prouver que les politiques qui ne vivent que de compromis et de marchandages restent parfois à la merci de la naissance des émotions et des actions militantes. Ce qui arriva à Seattle aux Etats Unis en 1999 lorsque des associations et des militants, par le verbe et la rue, ont réussi à mettre en déroute la conférence de l’Organisation Mondiale du Commerce que tout le monde pensait bien installée sur les rails d’un ultralibéralisme destinée à asservir, économiquement parlant, les pays du Sud. Un « accident » dont l’OMC ne s’est toujours pas remise.
Beaucoup de ces rassemblements, depuis qu’ils sont suivies ou surveillés par des militants, connaissent ces moments de grâce qui peuvent faire croire que, soudain, peut-être, tout est possible. Surtout quand la conférence officielle sombre dans la médiocrité.

Avant la manifestation de Copenhague, deux ou trois choses de que je sais de la conférence

vendredi 11 décembre

Copenhague, le 10 décembre

Une conférence internationale, fut-elle entourée et surveillée par quelques milliers de citoyens vigilants ne doit pas grand chose à l’improvisation ; contrairement à ce que les déclarations des uns, les promesses nouvelles ou les fausses improvisations des autres ou de Jean-Louis Borloo pourraient laisser croire. Depuis des mois, ainsi le veut le mécanisme des consensus internationaux, des experts scientifiques, économiques et politiques, se réunissent discrètement pour rédiger un projet d’accord. Lundi, quand le show médiatico-politique a commencé, tout était déjà écrit. Il ne reste plus, essentiel du travail politique au cours duquel l’expertise des scientifiques est peu à peu écartée, qu’à examiner, ligne par ligne, mot par mot, souvent virgule après virgule toutes les parties du texte qui figurent entre crochets. Pour avoir été, par deux fois, à Rio et lors de l’une conférence de l’après-Kyoto, amené à assister à ces interminables et fascinantes discussions de marchands de tapis, je sais à quel point les empoignades sont sévères autour des détails. Dans les réunions formelles et informelles, les délégués et leurs adjoints doivent à chaque instant s’assurer que les traductions ne cachent pas une entourloupette, un faux sens que l’un ou l’autre des pays pourra ensuite saisir pour clamer que seule sa version est la bonne. Tout cela, au rythme confus des « services rendus » ou à rendre que les délégations échangent dans ce qui ressemble souvent à une foire au troc du XIX éme siécle. Depuis quelques semaines, par exemple, les Etats-Unis vendent chèrement, y compris pour des promesses afghanes, le moindre point de diminution d’émission de CO 2 ; tout comme la Chine est prête à troquer des exportations de jeans contre le renoncement à quelques de nouvelles centrales à charbon.
Cette pièce de théatre va durer jusqu’à l’arrivée progressive des ministres puis des chefs d’Etat ou de gouvernements ; les négociateurs s’échappent régulièrement des salles de réunions formelles ou informelles, celles où les textes avancent et celles où se lancent les ballons d’essai, pour rencontrer tous les groupes de pression qui campent devant les portes fermées. A toute heure du jour et surtout de la nuit, quand, grâce à la fatigue, les vigilances politiques ou techniques peuvent faiblir ou s’endormir. Même les ministres peuvent se précipiter dans les couloirs pour tester un chiffre, voire un adjectif. Je me souviens par exemple, à la conférence de La Haye en novembre 2000, avoir vu Dominique Voynet surgir dans un couloir une feuille à la main, l’air victorieuse avant de se voir expliquer par un représentant des Amis de la Terre, qu’elle était en train de se faire rouler dans la farine. Il s’agissait ni plus ni moins, cette année là, que de trouver un accord sur la mise en oeuvre des accords de Kyoto pourtant présentée trois ans plus tôt comme une « victoire de la planète ». Ce qui permet de mesurer à quel point les accords ne sont souvent que des faux semblants, des galimatias destinés à faire à plaisir à tout le monde. A la Haye, il s’agissait, comme aujourd’hui, de régler le conflit entre les Etats Unis minimalistes du climat suivis par l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Japon et le Canada ? et l’Europe se donnant le beau rôle en proposant un organisme supra-national de contrôle des engagements auquel la plupart des pays européens ne croyaient pas le moins du monde. Car la grande faiblesse des conventions internationales reste que nul organisme n’a le pouvoir, au nom des souverainetés nationales, de sanctionner leur non-application. Ce qui peut inciter des pays, au dernier moment, à lâcher des concessions de façade que nul ne pourra vérifier.
Au délà des crises de nerfs –il y en a-, des psychodrames et parfois des larmes, survient le terrible moment de l’arrivée des chefs d’Etat ou de gouvernement pour lesquels le réchauffement climatique se résume en une note de synthése rédigée par un conseiller lue trop rapidement. Un instant redouté par tous les négociateurs car les éminences ont tendance à dire n’importe quoi. Comme Nicolas Sarkozy déclarant le 23 septembre dernier « Le monde va à sa perte si on continue à émettre du carbone qui crée un trou dans la couche d’ozone » ou Alain Juppé m’expliquant il y a deux ans qu’il projetait de « chauffer toute la ville de Bordeaux grâce à l’électricité produite par les panneaux photovoltaïques qu’il allait installer»...
C’est à la lumière de ces incompétences que les chefs d’Etat décident de ce qui sera politiquement acceptable par leurs opinions publiques.

dimanche 6 décembre 2009

Drôle de climat au Danemark: que se passe-t-il à Copenhague

Dimanche 6 décembre

A partir de demain et pendant toute la conférence sur le climat, mes lecteurs habituels pourront me retrouver tous les matins sur Mediapart et sur le blog des rédacteurs de Politis (www.mediapart.fr et www.politis.fr)

Cordialement

jeudi 26 novembre 2009

Seul les jeunes et la société civile peuvent sauver le sommet sur le climat des discours politiques



Jeudi 26 novembre

Dans quelques jours, je serais à Copenhague. Comme je fus à Stockholm en 1972, comme je fus à Rio en 1992, puis à Kyoto et dans beaucoup d’autres assemblées prétendument vertueuses. Plein d’espoirs. Comme des milliers de journalistes donc, je vais guetter le miracle. Comme des milliers d’experts et plus d’une centaine de ministres qui vont feindre le miracle de leur mieux. Car certains sont même sincères. J’y apercevrais également au moins 70 chefs d’Etat ou de gouvernement. Et, avec en vedette américaine le président Obama qui viendra avant tous les autres, auréolé d’un surprenant prix Nobel remis la veille pour nous expliquer que la « maison brûle et que nous regardons ailleurs ». La célèbre phrase de Jacques Chirac en 2002 à Johannesburg, une phrase qui, inventée par Nicolas Hulot voyageant alors dans les bagages présidentiels, formules a « fait pschitt », comme des milliers d’autres Des beaux discours sont à prévoir, des discours à nous tirer des larmes, des discours rédigés par des services de communication qui se saisissent du climat comme du reste pour satisfaire leurs opinions, pour avoir l’air de penser à l’avenir alors qu’ils ne traitent que le présent, voire le passé. Et puis ils passent à autre chose de plus important comme leur réélection, leurs identités nationales ou la sécurité. Puisque le président français n’est pas le seul à nous préparer ce numéro qui sera, comme à Johannesburg salué par les journalistes politiques imperméables à l’écologie. Je les entends déjà, comme en 2002, crier au génie. Et puis quoi, après ?
Je redoute ces discours qui administrent trop souvent la preuve que les politiques ne savent pas, ne peuvent pas raisonner à long terme. Parce que, dans les années 20, 30, 50 ou à la fin du siécle ils ne seront plus présents pour faire face aux dégâts, aux dizaines de millions de réfugiés climatiques, à la submersion des Maldives ou du Bangladesh. Après eux le déluge. Ou les sécheresses. Indifférences au futur communes aux pays du sud, aux pays émergents et aux nations industrialisées. Demain, ils ne savent pas faire et à peine dire.
Ils devraient prendre exemple, ces responsables d’Etat, ces chevaliers de la promesse et des discours, sur les forestiers : de France et du monde entier. Car la noblesse du métier de forestier, depuis le XVII éme siécle, c’est de planter en imaginant les somptueuses forêts qu’ils ne verront jamais, des espaces boisés qu’ils ne pourront jamais admirer. Et pourtant, ils ont planté, pourtant ils continuent à planter. Il suffit d’aller en forêt de Fontainebleau ou dans la forêt de Tronçais, par exemple. Ils ont planté avec foi, avec espoir, avec une conviction admirable. Ils ont planté pour leurs années mortes. Comme je le fais en mon jardin : pour mes enfants, mes petits enfants qui cueilleront un jour les cerises ou les noix que j’imagine.
Alors après des dizaines de conférences sur le thème de l’environnement et du développement, je suis pessimiste. Dans tous les champs de l’écologie et de l’environnement. Qui se souvient, en parcourant le triste bilan de l’Union Internationale pour la Conservation de la nature publié il y a quelques jours, que la Conférence de Rio a adopté une Convention internationale sur la biodiversité ? Elle n’a jamais été aussi menacée et l’Europe avouait récemment son échec cuisant dans ce seul domaine. Qui se souvient que la Conférence de Stockholm a évoqué le réchauffement climatique en suscitant les ricanements ou le scepticisme de la presse et de la plupart des gouvernements ?
Reste, me reste, un espoir : que comme à Stockholm se mobilisent la société civile, les associations qui se sont lancés dans la défense de la planète contre les modifications climatiques. Ils seront dans le « off » et le « in » de Copenhague, comme ils l’étaient à Stockholm et hélas déjà beaucoup moins à Rio. Ils manifesteront toutes inquiétudes confondues le 12 décembre. Pour dire aux experts en train de torturer les virgules et les chiffres qu’il ne faut pas avoir peur d’être radical. Pour dire aux responsables politiques qui arriveront au Danemark à partir du 14 décembre que pour sauver la terre, le temps des discours et des promesses doit s’achever. Se transformer enfin en actes débarrassés des petits calculs et des égoïsmes.
Je veux croire que ces dizaines de milliers d’associatifs vont réussir à peser. L’une de mes raisons d’espérer, c’est que cette fois ils sont majoritairement jeunes, que la relève est en place et mobilisée, qu’ils ont en eux une véritable rage de convaincre. Dans mon association de journalistes spécialisés, celle qui commença avec la Gueule Ouverte, Ecologie Hebdo, le Sauvage, Combat-Nature et bien d’autres à inventer l’information environnementale il y aura 40 ans lundi prochain. Pour l’opinion publique se réveille et pour que ce qu’il est convenu d’appeler la « grande presse » s’empare enfin de ce thème.
Ces jeunes de la relève écolo, ces jeunes qui désertent les partis trop indifférents au sort de la planète et de leurs territoires, ils sont passés avec armes et bagages dans les nouvelles associations, les grandes bien connues mais aussi les petites. C’est avec eux que je vais passer une dizaine de jours. Pour constater que, eux, contrairement aux caciques politiques aux yeux fixés sur la ligne rouge de leurs réélections, ils sont compris que les agitations présidentielles stériles et les jérémiades pitoyables d’un Claude Allègre ne sont plus de mise et qu’il faut agir. Partout. Avant que le ciel ne nous tombe sur la tête. Avant que les François Hollande répètent cette phrase terrible par lui prononcée à la télévision il y a quelques jours : « Copenhague ? Non, je n’irais pas, je n’ai rien à y faire ».
Lui et tous les autres, devraient se souvenir des forestiers de Louis XIV dont les arbres sont toujours debout...

lundi 9 novembre 2009

Et si la chute du mur concélébrée par les prêtres du libéralisme, c'était aussi le triomphe de la société de consommation ?

Lundi 9 novembre

Souvenirs journalistiques d’un voyage sur la route Berlin-Moscou en novembre 1989

Arrivé sur les premiers décombres du mur le 10 novembre 1989, et ayant été témoin, très jeune journaliste de la mise en place des premiers barbelés en août 1961, je m’apprêtais il y a 20 ans, à parler liberté, politique, répressions et idéologie avec la fantastique foule d’Allemands de l’Est et de Trabans fumantes qui fonçaient hors de Berlin par les route et l’autoroute. Les rescapés des trois millions de nouvelles « voitures du peuple » produites par l’Allemagne de l’Est comme autre fois les coccinelles inventés par le régime nazi ont vécu et se vendent aujourd’hui comme des objets de collection et de nostalgie. Et les Allemands de l’Est ne parlent guère plus politique qu’il y a 20 ans. Sauf pour exprimer plus ou moins de la nostalgie. Parce que, probablement, ils se remettent difficilement du choc culturel qu’ils ont vécu entre la société de consommation de l’Ouest et la société de relative pénurie de l’Est. Partant en voiture pour Moscou à travers les pays de l’Est je suis alors à une vingtaine de kilomètres de Berlin où le mur s’effrite depuis la veille.
Les Allemands venus de l’Est dans leurs voitures qui se traînent ou qui attendent le long de l’autoroute, capots levés et mines soucieuses: ils demandent, à commencer par ceux qui ont des Lada, le luxe de l’époque, combien valent les Pontiac ou les Chevrolet. Ils citent des marques que je ne connais même pas, tournent autour de ma R 21, demandent comment fonctionnent le tableau de bord électronique et les portes qui se ferment toutes seules. Aux questions politiques, ils répondent bagnoles, dollars et salaires. Des « policiers du peuple" en patrouille se joignent aux conversations. Le soir des centaines d’Allemands de l’Est s’agglutinaient devant la vitrine du concessionnaire Mercedes le plus proche du mur. Puis, ils achètent des bananes et boivent du coca-cola dont ils chargent leurs sacs ou leurs voitures de retour. A « Check Point Charlie », la seule entrée encore vraiment praticable, sur les tablettes où se déroulait quelques jours plus tôt le processus immuable du contrôle des visas, trônent les mêmes bouteilles de coca et des piles de magazines aux titres et aux pin-up agressives. Le passeport est vaguement examiné et les chiens policiers ont disparu, peut-être partis à la chasse... Sur une Traban qui revient « à la maison » flotte un drapeau américain qui fait rigoler un douanier. Depuis une immense tribune improvisée, les caméras et les photographes guettent la moindre « image symbolique ». Les plus nombreux sont allemands et américains. Ces derniers expliquent souvent avoir l’impression « d’avoir gagné la guerre »...Georges Bush père est au pouvoir depuis 10 mois.
Un seul vrai souci, au moins pour ceux qui ont gardé depuis des lustres des dollars ou de marks de l’Ouest, acheter, se procurer les produits dont, depuis des années, ils regardent discrètement les publicités à la télévision occidentale, lorsqu’ils peuvent ou osent la capter. Comme une rêve inaccessible. Quelques jours de folie, mais aussi de plaisir, à se plonger dans le temple de la consommation. Et j’ai toujours du mal à parler liberté, démocratie ou idéologies comparées.
Direction l’église Saint-Nicolas, le temple luthérien de Leipzig où depuis 1984 se déroule tous les lundis soirs une « prière pour la paix » qui réunit discrètement les contestataires du régime. A tout hasard, explique un jeune pasteur, nous continuons à prier car, dans le fond, rien n’est réglé ». Un jeune barbu, au sein du groupe formé autour de la voiture, complète l’explication : « Nous avons été patients et c’est une bonne raison pour ne pas faire et dire n’importe quoi maintenant. Il ne faut pas confondre avoir envie d’aller à l’Ouest et être comme ceux de l’Ouest. Nous avons notre dignité. Nous ne voulons pas devenir des cousins pauvres recueillis par charité ». La discussion explose, les opinions s’affrontent : Dieu, Lénine, le capitalisme et le socialisme sont appelés à la rescousse. Un prof de math tranche : « que vous le vouliez ou non, nous deviendrons une colonie américaine. Pourquoi pas si cela nous donne le droit de choisir nos responsables avec des élections libres, comme aux USA, moi, dés que ce sera possible, j’y pars ». Protestations. Devant le temple, le jeune pasteur constate amèrement qu’il est minoritaire.
En route pour ce qui est encore la Tchéco-Slovaquie. Avec deux auto-stoppeurs pris à la frontière. Un prof de math d’une quarantaine d’année, Milos et une infirmière, Anna. Quelques kilomètres plus loin, nous embarquons leur fille, Ira. Aux côtés de ses parents plutôt silencieux et inquiets, elle parle sans arrêt, ses vingt ans enthousiastes. Elle délire sur Paris et sur New York au cours de ce qui reste comme route vers Prague : « Nous allons gagner papa, rien ne sera plus jamais comme avant, je vais pouvoir voyager, finir mes études en France ou aux Etats Unis, Prague va devenir une belle ville, tous les gens intelligents vont pouvoir réussi sans adhérer à un parti, à chacun sa chance, maintenant ». Le père ne répond que par monosyllabes et finit par lâcher une longue phrase approuvée d’un hochement de tête par Anna : « Tu y perdras ton âme et nous aussi, un peu plus tard sans doute, il y a au moins autant de pauvres à l’Ouest qu’à l’Est et le paradis n’est ni socialiste ni capitaliste... ». Ira le coupe : « Comme il n’est pas socialiste, il est certainement capitaliste, tu oublies la réussite de nos amis qui ont réussi à partir... ». Anna la coupe gentiment : « Tu oublies tout ceux qui ne nous ont jamais donné de nouvelles ». Ira secoue la tête et montre la foule que nous avons rejoint dans les rues de Prague : « Regardez tous les deux, regardez ces gens, ils sont comme moi, ils rêvent déjà de leur liberté d’entreprendre, le rêve américain n’est pas le cauchemar qu’on nous a présenté ». La foule arborant des T-shirt en anglais, le chic du chic, nous sépare et porte les gens vers la Place Venceslas. où, tard dans la nuit, des milliers de jeunes déposent une bougie devant le lieu où Ian Pallach s’est immolé par le feu vingt ans plus tôt.
En Pologne. Les drapeaux rouges ont mystérieusement disparu. A Varsovie où le Zloty vient d’être une nouvelle fois dévalué, visite au journal de Solidarnosc où le vertige des transformations politiques en cours ne fascine pas tout le monde : « Nous plongeons dans l’inconnu, trop de nos compatriotes rêvent de l’Amérique ». Ils s’engueulent sur l’avenir déjà discernable dans les marchés sauvages où se vendent ce que l’un d’eux appelle les « mirages de l’Ouest ». Un journaliste conclut la conversation : « attention au totalitarisme de la victoire ». Un compagnon de Lech Walesa réplique : « des syndicats libres et fort comme aux USA, cela ne t’intéresse pas ? ». Il s’attire une réponse cinglante : « tu écoutes trop la Voix de l’Amérique, tu crois qu’ils nous soutiennent pour nos beaux yeux ? ».
A Vilnius, en Lituanie encore soviétique, le drapeau jaune du Vatican remplace la faucille et le marteau sur la maison des Pionniers où se tient le Congrès des Jeunesses catholiques, le premier depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Virgiliu Tchépaïtis, Secrétaire général de Sajudis, le mouvement indépendantiste créé quelques mois plus tôt explique : « Nous sommes à la veille d’un bouleversement, nous allons rejoindre l’Europe et, déjà tous les émigrés installés aux Etats Unis, annoncent leur retour. Ils nous aideront à construire une économie de concurrence et de libertés, même si nous gardons des liens avec l’URSS ». Tous les congressistes parlent du pape et de Georges Bush, leurs deux idoles. Vitautas Landsbergis, qui a fondé Sajudis et deviendra plus tard président, va de groupes en groupes, commentant à chaque fois ses rêves d’une économie de marché éliminant les pénuries et la pauvreté. A la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, la dernière pompe affiche « plus d’essence ». Sauf en dollars et au prix fort. Dans la banlieue de Brest-Litovsk, un fabuleux marché se tient dans la boue et la neige, offrant tous les produits de l’Occident parvenus par la Pologne.
Poursuite du voyage à travers l’URSS à l’entrée de laquelle la police des frontières ne demande qu’une seule « récompense » pour un passage sans formalité : une des barres chocolatés qui traîne sur mon tableau de bord sans prêter une attention particulière, autre que technique, à la voiture.
A Moscou, place Pouchkine, les travaux qui précédent l’ouverture du premier restaurant Mac Donald viennent de commencer. Il ouvrira le 30 janvier 1990 provoquant, je m’en souviens, une queue historique de plus d’un kilomètre...
Vingt ans après la vie moscovite est encore plus américanisée qu’à New York, les pauvres et les très riches y sont encore plus nombreux et la capitale de la Russie compte dix Mac Do et le pays entier prés de 200.
Gorbatchev ? Depuis 20 ans il reste pour la majorité des Russes devant lesquels on prononce son nom, le traître qui tenta de restreindre la vente de la vodka...

jeudi 5 novembre 2009

EDF nous refait le coup de la panne d'hiver. La Gueule ouverte de 1979 dénonçait déja cette pratique!


jeudi 5 NOVEMBRE

Parce que 18 de ses réacteurs sont actuellement hors service pour de nombreux mois et parce que ce nombre risque d’augmenter prochainement, EDF agite de plus en plus bruyamment le spectre d’une pénurie ou d’une grande panne hivernale. Au moment où des millions de Français rentreront chez eux et allumeront (bêtement) leurs radiateurs électriques. EDF rappelle hypocritement que 3 foyers du 10 sont exclusivement chauffés avec de l’électricité. Ce qui autorise trois remarques : d’abord ce chiffre est faux car basé sur le seul habitat collectif et le nombre exact de logements électrifiés est proche d’un foyer sur deux ; ensuite c’est bien EDF qui depuis des années a incité les promoteurs et les installateurs à privilégier le chauffage électrique parce que cela coûtait (et coûte encore) moins cher à l’installation et que cela justifie la nucléarisation de la France ; et enfin si les réacteurs sont à l’arrêt, c’est qu’ils sont pratiquement en bout de course et présentent de plus en plus de dangers pour les populations. Sous la pression d’EDF, les pouvoirs publics ont laissé se construire des pavillons et des immeubles mal isolés bien que chauffés par des radiateurs électriques. Y compris les fameuses maisons Borloo ou Boutin. Conséquence : des millions de familles se ruinent en charges avec des radiateurs électriques qui chauffent aussi bien les maisons et les appartements que l’extérieur.
Mais au delà de cette réalité qui pénalise des millions de familles et devrait contraindre EDF à importer de l’électricité alors qu’elle vante depuis des années le « modèle » énergétique français, il faut se souvenir que Electricité de France nous fait régulièrement le coup de la panne hivernale à venir depuis une trentaine d’années, histoire de convaincre l’opinion publique d’accepter encore plus de nouvelles centrales nucléaires. Les services de communication d’EDF s’activent à abreuver les journalistes de chiffres expliquant les détails de la grande panne à venir, la mise en route des vieilles centrales thermiques polluantes, l’électricité qu’il faudra peut-être (comme chaque année d’ailleurs en hiver) importer parce que nous n’avons pas assez de nucléaire ; bref l’horreur. Que je sache, l’Allemagne qui a programmé il y a des années « l’extinction » progressive de ses réacteurs nucléaires, n’est en aucun cas menacée à terme par une pénurie électrique (c’est elle qui nous en vendrait) alors qu’il y fait, en moyenne, plus froid qu’en France. Mais il est vrai que ce pays ne compte pas d’associations d’écolos rétrogrades s’opposant à la mise en place de parcs d’éoliennes au nom du respect du paysage.
Pour ceux qui douteraient de la manipulation lancée hier par EDF, voici la couverture d’un numéro de la Gueule Ouverte (journal écolo des années de 70 vendu à 100 000 exemplaires) daté de 1979. Déjà EDF nous disait : vous avez le choix entre les bougies et les réacteurs nucléaires.