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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

vendredi 3 avril 2015

La Californie n'a presque plus d'eau...



Le premier avril, s’exprimant depuis un champ brulé par la sécheresse et le soleil, le gouverneur de la Californie, Jerry Brown, a annoncé à ses concitoyens la mise en œuvre impérative d’une réduction d’un quart des consommations d’eau dans tous les secteurs d’activité, qu’il s’agisse des citoyens, de l’industrie ou de l’agriculture. Une décision sans précédent pour tenter de faire face à la sécheresse qui sévit depuis quatre ans dans cette région qui couvre 423 000 kilomètres carrés et abrite 39 millions d’habitants dont prés de 4 millions vivent dans sa capitale Los Angeles.
Au cours du mois de janvier, période au cours de laquelle tombait au XX° siècle une bonne centaine de millimètres d’eau, ses habitants n’ont pas vu une seule goutte de pluie. C’est la première fois depuis que les relevés météo existent et le triste record de 2014, avec dix millimètres de précipitation en janvier, a été battu. Cette situation exceptionnelle dure depuis 2011 et en 2014 dans l’Etat californien ; et elle est pratiquement la même dans les Etats voisins de l’Arizona et du Nevada. Avec des records de chaleur estivale jamais constatés dans le passé.

Conséquences : des vergers-renommés- dont les arbres ne donnent pratiquement de fruits, avant de se dessécher et de mourir ; un maraichage en déroute ;des arbres plusieurs fois centenaires qui disparaissent de plus en plus rapidement, y compris dans le Parc national de Yosémite, vient de révéler une étude de l’Académie des sciences américaine ; de nombreuses rivières ont cessé de couler depuis deux ou trois ans, décimant des dizaines d’espèces de poissons et interdisant la remontée et la reproduction des saumons ; des milliers d’agriculteurs sont réduits au chômage sur des dizaines de milliers d’hectares; l’érosion éolienne qui emporte des milliers de tonnes de terres rendant difficile ou impossible un retour à la culture ; les espèces animales, mammifères ou oiseaux, qui disparaissent ou fuient la Californie. Quand aux phoques qui fréquentent  le littoral et particulièrement le célèbre « Quai des pêcheurs » de San Francisco, ils sont en train de mourir de faim pour cause d’eau de mer trop chaude. Bien entendu, les nappes souterraines non réalimentées baissent dangereusement ou disparaissent. Pénurie qui interdit l’irrigation et rend aléatoire l’approvisionnement en eau des zones urbaines.

L’avenir proche est d’autant plus incertain que les stocks de neige de la Sierra Nevada n’ont jamais été aussi faibles, voire absents. Remplacés par d’immenses espaces d’herbes brulés. Dans les plaines agricoles, le conflit d’usage des eaux oppose de plus en plus fréquemment les consommateurs et les cultivateurs et souvent même ces agriculteurs entre eux. Des conflits débouchant de plus en plus fréquemment sur des batailles rangées, avec des morts et des blessés.

En annonçant la mesure coercitive décidée par les autorités, le gouverneur a déclaré : « Nous abordons désormais un monde différent, nous devons donc nous comporter différemment ». Outre les restrictions de l’usage de l’eau qui seront maintenues pendant toute la sécheresse que les spécialistes annoncent comme pouvant durer car elle est la conséquence du dérèglement climatique, il sera désormais interdit d’arroser les golfs, les pelouses et les rues. Tous les citoyens, citadins ou ruraux, qui n’obtempèreront pas aux restrictions se verront appliquer des tarifs et des taxes destinés à les dissuader. Tous ceux qui ne respecteront pas les interdictions dont le plan sera publié dans quelques jours, pourront se voir infliger des amendes montant jusqu’à 10 000 dollars par jour…

Les Californiens ont tout simplement oublié qu’ils vivent au cœur ou au bord d’un désert et que les bouleversements climatiques sont une réalité

dimanche 15 mars 2015

Vanuatu: une catastrophe qui n'a rien de "naturelle"...



                Les 240 000 habitants de la République du Vanuatu savent depuis des dizaines d’années ce que ne rappellent guère les médias qui pleurent sur leur sort en évoquant les destructions qu’ils viennent de subir: ces anciens colonisés de la France et de la Grande Bretagne sont doublement menacés par le changement climatique. Situation qui explique les deux cris du cœur que renouvelle leur président à chaque grande conférence sur le climat et l’environnement : « Ne nous laissez pas seuls face au dérèglement du climat » et « nous ne pouvons plus attendre que la communauté internationale prenne des décisions car notre pays, comme d’autres, peut un jour disparaitre ».
                La première menace, celle qui vient de faire des centaines de victimes et de détruire des milliers de bâtiments et de maisons sur un archipel qui ne couvre que 13 000 kilomètres carrés, vient et viendra des tempêtes. Celles dont les experts du GIEC, hélas de plus en plus confortés par la réalité, expliquent depuis des années qu’elles seront de plus en plus violentes et porteuses de destructions et de plus en plus coûteuses en vies humaines. Comme le cyclone Pam qui a ravagé la majeure partie de la centaine d’ile du pays.
                Seconde menace également liée au dérèglement climatique : la submersion des espaces côtiers par un océan qui monte inexorablement. Une insidieuse et lente submersion qui prend des proportions dramatiques lorsque passent des tempêtes, même lorsqu’elles ne sont pas aussi  violentes que celle d’aujourd’hui. D’abord elle contraint de nombreux habitants à se réfugier, provisoirement ou définitivement sur les collines où il est plus difficile de pratiquer l’agriculture. De toute façon, l’envahissement par l’eau de la mer, occasionnel ou permanent, entraine la salinisation des terres, souvent pauvres et de faible épaisseur. Ce qui détruit la végétation et les rend impropres à la moindre culture. Alors que celle-ci fait vivre près de 80 % de la population, 100 % sur certaines iles. cette montée de la mer, toujours en raison de la l’imprégnation par le sel, réduit chaque année les quantités d’eau douce disponibles.
                Les citoyens du Vanuatu, comme ceux de la République de Kiribati, de Tuvalu, des Iles Marshall, des Maldives, de la plaine méridionale du Bangladesh et bien d’autres, font et feront partie des millions d’habitants que l’on considèrera un jour comme des réfugiés climatiques que les Nations Unies et les pays qui le composent ne veulent pas encore reconnaître comme tels et, surtout, se refusent à accueillir. Les égoïsmes des grandes nations qui se réunissent chaque année pour parler (seulement « parler ») du réchauffement climatiques et de ses conséquences tueront ces gens aussi surement que les tempêtes. Y compris dans les régions où c’est la sécheresse qui est également responsables des mouvements de population dont nous ne voulons pas entendre parler …

vendredi 30 janvier 2015

Quand la Sécurité routière sacrifie les arbres aux voitures...




Parmi les mesures (alcoolémie, téléphones portables, limitations de vitesse…) décidées par le gouvernement pour tenter d’améliorer la sécurité routière, un point a été pratiquement ignoré par tous les médias alors qu’il risque de remettre en cause la paysage français. Instructions vont être données aux préfets de dresser rapidement une liste exhaustive des arbres d’alignement « situés trop prés des routes ».  Explications : les voitures sortant de leur trajectoire  se heurtent trop souvent à ces arbres, accroissant parait-il le nombre des morts et des blessés ; car il est bien connu que la plupart des véhicules sont largement moins solides que les platanes ou les peupliers. Pourtant, le ministère de l’intérieur ne fournit aucun chiffre à l’appui de sa décision. Sans doute parce que sur les bords des routes existent des milliers d’autres obstacles sur lesquels une voiture peut  s’écraser.
Cela fait des années que des élus locaux ou régionaux militent contre les arbres qui ombragent les routes, soit des ex-nationales, soit des voies secondaires. Des arbres d’alignement dont la présence remonte au XIX° siècle ou aux années 30 du XX° siècle, bien que de nombreuses plantations aient été effectuées après la dernière guerre. C’est dans le Sud de la France et dans la Région centre, notamment dans le Loiret, que des présidents de Conseil  généraux sont en pointe dans la lutte contre les arbres, profitant de l’émotion liée à un accident ou de la réfection d’une route, pour couper tous ces intrus en dépit des protestations des associations. Ils transforment ainsi des voies agréables en déserts propices à la vitesse.

Effets positifs des plantations

Chantal Pradines, experte auprès du Conseil de l’Europe sur les questions de paysage, travaille et milite depuis des années sur ces massacres. Dans une note adressée  en Juillet 2014 aux parlementaires français, elle explique notamment : « Diverses études ont mis en évidence l’effet positif des arbres pour la sécurité routière. Cet effet positif, lié notamment à leur capacité à signaler efficacement les virages, carrefours, entrées d’agglomérations et à rendre la vitesse perceptible par le défilement des arbres, a également été mis en relations avec leur caractère esthétique. Il  se traduit par un abaissement significatif de la vitesse et une prudence accrue (…) la question de la sécurité routière peut et doit donc se traiter autrement que par des mesures concernant les arbres». Dans ses différentes études, Chantal Pradines, comme de nombreux protecteurs de la nature et des paysages, rappelle qu’il est tout à fait possible de protéger les automobilistes imprudents en posant des rails de sécurité devant les alignements. Tous signalent également que des pays comme la Suède, le Luxembourg, l’Allemagne la République Tchèque ou la Grande Bretagne ont placé les arbres d’alignement sous la protection de la loi pour leur rôle écologique, paysager ou culturel.

Comblons les fossés !

Mais, en dehors de leur obsession sécuritaire infondée, il existe une autre raison qui incite les élus locaux et le ministre à « dégager » ces arbres : cela libèrerait de la place pour enfouir des réseaux de fibres optiques de long des routes sans empiéter sur les terres agricoles que les opérateurs devraient acheter sur des milliers de kilomètres, alors que l’opération est impossible à réaliser dans les systèmes racinaires des plantations.
Il ne reste plus aux élus obsédés qu’à faire retirer de la proximité des routes, les poteaux indicateurs, les pylônes électriques ou téléphoniques et évidement les habitations. Sans oublier de combler les fossés dans lesquels les voitures peuvent se renverser. Mais ni eux, ni le ministre de l’Intérieur ne semblent avoir pensé que c’est la vitesse qui est cause, pas les arbres. Car il est très rare que ces derniers sautent brusquement au milieu des routes….
                                                                                                             

dimanche 25 janvier 2015

Compte à rebours climat: la Californie face à la sécheresse et les USA face aux parlementaires "antisciences"



278 jours. C’est le temps qui reste à la planète et aux politiques avant  la 21° conférence sur le climat qui se tiendra prés de Paris à partir du 30 novembre 2015. Le moment des décisions approche. Comme le temps passe inexorablement très vite pour le dérèglement climatique fait de réchauffement, de tempêtes, de froid inattendu, de graves variations pluviométriques, d’erreurs d’appréciation et de dénis, il est déjà urgent et nécessaire d’en reprendre, après l’échec de Lima une chronique politique, scientifique et économique. Le lecteur trouvera donc régulièrement ici les informations, bonnes ou mauvaises, liées au réchauffement de la planète et à la froideur  ou à l’indifférence des politiques qui s’agitent en paroles, paroles, paroles...

Alors que les parlementaires américains admettaient il y a quelques jours, par un vote, la réalité des modifications climatiques tout en déniant, dans une autre vote, toute responsabilité humaine à cette situation, la Californie entame une nouvelle année de sécheresse. Depuis 2001, la situation de cet Etat de 424 000 kilomètres carrés ou vivent 39 millions d’habitants s’aggrave. Pendant le mois de janvier au cours duquel, depuis la moitié du XIX° siècle, tombait en  moyenne une  bonne centaine de millimètres d’eau,  ses habitants n’ont pas vu une seule goutte de pluie. C’est la première fois depuis que les relevés météos existent dans cet Etat. Le record de l’année dernière, 10 mm, a été battu. Et les prévisions ne sont pas optimistes : la sécheresse en cours est sans précédent. Situation d’autant plus insupportable que la Californie, comme les Etats voisins du Nevada et de l’Arizona est pratiquement dans la même situation, tant du point de vue des records de chaleur que de celui de l’absence de précipitations.

Conséquences : des vergers dont les arbres ne donnent plus de fruits avant de mourir, des arbres plusieurs foi centenaires qui sèchent sur pied et disparaissent pas milliers, des rivières cessent de couler, des dizaines d’espèces de poissons périssent  sur leurs lits desséchés et l’érosion éolienne emporte les terres qui ne peuvent plus être cultivés. Bien entendu, les nappes souterraines baissant dangereusement ou disparaissant, il est de moins en moins facile de répartir les pénuries et d’alimenter les villes.

En cause : les modifications climatiques qui, en transformant les courants du Pacifique et en créant des zones de chaleur à sa surface, empêchent les pluies d’atteindre le littoral et évidemment l’intérieur des terres aux Etats-Unis.

Une situation qui mobilise bien sur les responsables californiens mais n’émeut pas les sénateurs et parlementaires américains qui viennent de refuser d’admettre la responsabilité humaine en général et celle des Etats Unis en particulier dans le réchauffement climatique.

De nombreux journaux américains, ainsi que des milliers de scientifiques, ont fait remarquer que le 114° Congrès, le nouveau qui vient de se réunir au début de janvier, était le plus « antiscience » depuis au moins 1925. Année qui vit, avec l’appui de nombreux parlementaires, un professeur de Dayton, John Scopes, traduit devant un tribunal du Tennessee pour avoir enseigné la théorie de l’Evolution de Darwin, c'est-à-dire « nié l’histoire divine de la création de l’homme ». Il fut condamné pour ce que les fondamentalistes chrétiens considéraient comme un blasphème. Une majorité, républicains et démocrates mêlés, ont été élus en niant l’origine humaine des dérèglements climatiques et en pourfendant systématiquement –dans tous les domaines- « la dictature des scientifiques ». En s’appuyant sur les militants du Tea Party et financés par des milliardaires et des Fondations fondamentalistes qui ont alimenté les campagnes électorales du mois de novembre 2014. Ce sont ces parlementaires rétrogrades  qui, dans une vidéo, ont censuré la partie du discours sur l’Etat de l’Union que le Président américain a consacré il y a quelques jours à la question climatiques. Une censure sans précédent connu.

Comme quoi, les « fous » ne sont pas seulement des islamistes et que les chrétiens fondamentalistes sont au moins aussi dangereux ! Il est permis de se demander comment et pour quoi le président Obama va pouvoir participer à la conférence de Paris…