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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

vendredi 2 octobre 2015

Ecologie politique: un suicide collectif réussi !

Dans la chronique des péripéties de la décomposition des Verts, qu’il s’agisse de ceux qui partent ou de ceux qui restent, envers et contre tout, il n’est jamais- ou rarement- question de nature ou d’écologie. Comme si seule comptait les tristes palinodies de la mort également annoncée du Front de gauche qui agonise de discours en discours et s’illustre par ses contradictions réactionnaires, au pire, sur l’Ukraine ou la Syrie ou, au mieux, par des rêves sur des changements au cœur du parti socialiste. Ce qui rappelle que face au parti de gauche, seul le parti communiste parait résister à une décomposition que des politologues prédisent pourtant depuis des années. A vouloir marier la carpe et le lapin, les écolos deviennent une espèce en voie de disparition.
Donc, les uns et les autres qui se parent encore de l’étiquette « d’écologistes » oublient leurs fondamentaux, nés des luttes associatives des années 70 et 80 du siècle dernier. Comme s’ils avaient de leur passé récent fait table rase. Les ours, les loups, la biodiversité, le climat qui se dégrade, le recours aux énergies renouvelables, la lutte contre la prolifération nucléaire ne font plus vraiment leurs préoccupations. Ils oublient, saisis par un « gauchisme » parfois dénoncé ou par leur fascination pour un pouvoir qu’ils ont déserté de peur de se salir les mains, à quel point leurs divisions remettent en cause quelques un de leurs acquits, de leur succès. Ils piétinent avec un acharnement dérisoire une histoire commencée en 1974 avec la candidature de René Dumont et la révolte créative du monde associatif. Ils oublient l’espoir qu’ils ont pu soulever aussi bien chez les citadins que dans les espaces ruraux.
Ils sont devenus leur propre caricature et retournent au temps de leurs divisions du début des années 80 quand ils réussissaient à offrir en même temps trois organisations antagonistes aux citoyens qui rêvaient d’un pouvoir verdi par la force d’une société civile dont les victoires ne se basaient pas seulement sur le recours aux tribunaux administratifs et au Conseil d’Etat. Ce faisant, les écologistes abandonnent le terrain à l’écolo-égoïsme triomphant qui ne dénonce des projets que lorsqu’ils menacent son confort et son environnement proche.
Adeptes anciens du recyclage, les écologistes politiques se précipitent têtes baissées vers les poubelles de l’Histoire trop heureuses de les accueillir…
ils seront comptables, comme d’autres, des succès à venir des fascistes du Front national.

vendredi 28 août 2015

Loi sur la biodiversité reportée sans émouvoir les Verts !

Une nouvelle fois, la fin de discussion sur la « grande » (sic) loi sur la biodiversité est reportée à des calendes qui ne sont pas grecques. Après avoir été torturée par les députés puis largement dépecée par les sénateurs. Ces derniers étant encore plus sensibles aux groupes de pression des chasseurs et de la FNSEA. Cela fait désormais trois ans que ce texte traine sous l’œil indifférent des Premiers ministres, du Président de la République et de la ministre étant réputée en charge de l’écologie. Preuves, s’il en fallait encore une, que le pouvoir s’en fout de la protection de la nature.

Au moment où, complice objectif et actif, Nicolas Sarkozy promet à toutes les fédérations de chasse que leurs représentants se verront offrir des places de choix, c’est-à-dire des vice-présidences, dans les nouveaux exécutifs régionaux qu’ils gagneront lors des prochaines élections régionales. Comme disait l’ex : « l’écologie cela suffit ». On peut en causer sur les estrades, donner quelques coups de peinture verte sur les programmes, mais faut pas exagérer. Les espèces en danger, les écosystèmes, les espaces naturels, les couloirs de biodiversité, le loup, les ours, les petits mammifères et les oiseaux ne verront pas vraiment la différence entre la droite et la gauche. Quand aux parcs nationaux, les élus locaux et régionaux continueront de les considérer (et à agir en conséquence) pour qu’ils ne soient plus guère que des luna-parks touristiques et non plus des lieux de conservation en lien avec quelques pratiques agricoles respectueuses. Quand aux parcs naturels régionaux qui se multiplient (déjà plus de 50 !), en dehors de quelques exceptions, ils ne sont ou ne seront plus que des labels pour saucissons et charcuteries ou sabots faussement authentiques…

La discussion sur le projet de loi avait déjà été une fois de plus reportée à l’automne et Ségolène Royal vient d’annoncer que, désormais, le texte ne serait examiné qu’au mois de janvier. En attendant un nouvel ajournement car il est bien connu que « biodiversité » n’a jamais vraiment rimé avec élections, qu’elles soient régionales, locales, législatives ou nationales. Il faut éviter de froisser les lobbies de destructeurs acharnés du milieu naturel.

Occupés à leurs querelles byzantines internes ou externes, les militants et élus verts, passionnés par leur danse du ventre (aussi dérisoire qu’inefficace !)entre le parti socialiste et les Front de gauche, ne vont pas se passionner au cours de leur université d’été pour la biodiversité. Quelques allusions par ceux qui n’ont pas encore compris que leur parti ne fait plus que de la politique politicienne et se soucie fort peu de la nature et de sa lente agonie, suffiront à apaiser leurs bonnes consciences. Car la majorité d’entre eux a oublié pourquoi ils se sont inventés dans les années 70 et 80. La nature, c’est bon pour quelques bobos attardés, pour la Confédération paysanne et pour les naturalistes nostalgiques. Ils sont devenus à la fois aveugles et sourds. Ne se rendant même plus compte que la bataille à venir pour le climat est inséparable de la protection du milieu naturel. Sauf, parfois, quand ils se battent dans les exécutifs régionaux en sursis, pour sauver ou préserver ce qui peut encore l’être. Faire la cour au Front de gauche, c’est oublier que cette formation inclut le parti communiste toujours attaché à sont productivisme tandis que le parti de gauche se ripoline hâtivement lui aussi en vert.

Quant à Ségolène Royal, mise de côté par un Fabius dont l’écologie n’a pourtant jamais été le point fort, elle semble ne pas comprendre, alors qu’elle connait fort bien le dossier depuis des années, que biodiversité et dérèglements climatiques font partie de la même préoccupation française et planétaire. Alors, c’est « promis » (une fois de plus) le sauvetage des espèces et des espaces, on s’en préoccupera après la Conférence de Paris.
Post-Scriptum
Les naturalistes organisent le 12 septembre au tribunal de Florac un "procés" du loup présidé par le magistrat Marcel Lemonde. Le procés sera retransmis en direct par une radio locale, Radio Bartas, et sur le site Télédraille. Ce procés conduit par d’authentiques magistrats et avocats,bénéficie du soutien de la ville de Florac, du Conseil départemental de Lozère et le Parc national des Cévennes.

mercredi 29 juillet 2015

Sécheresse, dérèglement climatique, paysans en souffrance et le président-industriel de la FNSEA



« Eclairés » par les incendies de forêt et de maquis qui se multiplient en leur fournissant de « belles » images, beaucoup de médias viennent de découvrir la sécheresse qui se prolonge depuis le début du mois de juin et touche actuellement 65 départements. La presse citadine se bornait jusqu’à présent, comme l’a expliqué Politis il y a quelques semaines, à célébrer « le beau temps ». Alors que les terres se dessèchent et que la végétation s’étiole ou disparait. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les campagnes jaunies pour s’en apercevoir. Même pour ceux qui ne quittent jamais les autoroutes de peur que leur GPS ne sache pas discerner un chemin vicinal d’une route départementale.
Il y a le maïs qui grille au soleil en dépit des arrosages intensifs, les agro-industriels n’ayant pas encore compris que 85 % de l’eau s’évapore dans l’air ou bien sur le sol durci par la sécheresse. Mais on ne va pas pleurer sur les supporters de Xavier Beulin, le président de la FNSEA qui essaie de faire croire qu’il est encore agriculteur ; alors qu’il n’a plus rendu visite à ses 500 hectares beaucerons de maïs ou de colza, depuis des années, qu’il est président de la Sofiprotéol qui produit la majeure partie du biodiesel en France et contrôle en partie le semencier Limagrain avec lequel ce « paysan » a organisé l’obligation de redevance aux agriculteurs utilisant leurs semences récoltées. Il est aussi, entre autre responsabilité, président du port maritime de La Rochelle et de Franceagrimer qui contrôle l’essentiel de la filière des produits de pêche et de mer en France. Ce n’est pas tout et c’est pourtant ce personnage qui descend de sa belle voiture pour haranguer les paysans qu’il manipule et disserter devant les journalistes sur les pauvres paysans et sur la sécheresse. Laquelle est aggravée par les prélèvements illégaux dans les nappes et surtout dan les cours d’eau qui ne parviennent plus toujours à leurs affluents ou à leurs embouchures.

Monsieur Beulin ne verse des larmes de crocodile que sur les gros agriculteurs et les coopératives gigantesques qu’il alimente de ses produits pour nourrir le bétail. Or, ceux qui souffrent et vont encore souffrir ce sont les paysans qui font encore confiance à l’herbe et au foin, un élément essentiel dont la première récolte a souffert d’un manque de 60 à 80 % selon les régions. Un déficit qui touche en général les producteurs déjà étranglés par les négociants en viande et les grandes surfaces. Une pression accentuée par les importations en provenance d’Irlande, des Pays Bas, de Pologne et de Nouvelle-Zélande. On en passe et pas des meilleures…

L’autre aspect de la catastrophe liée à la sécheresse en cours, une sécheresse de la terre qui ne sera annulée par quelques orages, l’eau ruisselant sur une surface durcie par le manque de précipitations, c’est la perte de biodiversité qui attend toujours le texte de loi censé la protéger. Biodiversité qui reste le cadet des soucis du législateur français ; et surtout de la FNSEA qui martèle ses protestations contre la règlementation environnementale (française et européenne) qui n’est pourtant guère appliquée par les grandes exploitations. Au point que ces assassins de la nature réclament à cors et à cris d’autres « fermes » industrielles rassemblant des centaines, voir des milliers d’animaux livrés à la mécanisation des robots de traite qui martyrisent les animaux, supprime des milliers d’emplois agricoles et contribue à l’endettement des paysans. Des espèces végétales et une partie de la petite faune sauvage disparaissent donc tandis que des milliers d’oiseaux meurent de soif avec la disparition et l’assèchement des mares et des étangs.

Ce que ne voient pas ou ne veulent pas voir les politiques et les agriculteurs industriels, c’est que, conséquence du dérèglement climatique, les sécheresses seront de plus en plus forte et surtout de plus en plus fréquentes et que les arbres touchés et pour l’instant encore épargnés par les incendies, dépériront progressivement pour mourir dans quelques années. La conférence sur le climat que prépare le gouvernement français, ne suffira pas –par miracle- à mettre un terme au déficit de pluie qui atteint actuellement 60 %, et à la catastrophe en cours. Au point qu’elles inquiètent fortement Electricité de France au moment où la Loire ne débute plus que 58 mètres cubes, qui ne sait plus comment assurer le refroidissement de ses centrales nucléaires…

vendredi 3 avril 2015

La Californie n'a presque plus d'eau...



Le premier avril, s’exprimant depuis un champ brulé par la sécheresse et le soleil, le gouverneur de la Californie, Jerry Brown, a annoncé à ses concitoyens la mise en œuvre impérative d’une réduction d’un quart des consommations d’eau dans tous les secteurs d’activité, qu’il s’agisse des citoyens, de l’industrie ou de l’agriculture. Une décision sans précédent pour tenter de faire face à la sécheresse qui sévit depuis quatre ans dans cette région qui couvre 423 000 kilomètres carrés et abrite 39 millions d’habitants dont prés de 4 millions vivent dans sa capitale Los Angeles.
Au cours du mois de janvier, période au cours de laquelle tombait au XX° siècle une bonne centaine de millimètres d’eau, ses habitants n’ont pas vu une seule goutte de pluie. C’est la première fois depuis que les relevés météo existent et le triste record de 2014, avec dix millimètres de précipitation en janvier, a été battu. Cette situation exceptionnelle dure depuis 2011 et en 2014 dans l’Etat californien ; et elle est pratiquement la même dans les Etats voisins de l’Arizona et du Nevada. Avec des records de chaleur estivale jamais constatés dans le passé.

Conséquences : des vergers-renommés- dont les arbres ne donnent pratiquement de fruits, avant de se dessécher et de mourir ; un maraichage en déroute ;des arbres plusieurs fois centenaires qui disparaissent de plus en plus rapidement, y compris dans le Parc national de Yosémite, vient de révéler une étude de l’Académie des sciences américaine ; de nombreuses rivières ont cessé de couler depuis deux ou trois ans, décimant des dizaines d’espèces de poissons et interdisant la remontée et la reproduction des saumons ; des milliers d’agriculteurs sont réduits au chômage sur des dizaines de milliers d’hectares; l’érosion éolienne qui emporte des milliers de tonnes de terres rendant difficile ou impossible un retour à la culture ; les espèces animales, mammifères ou oiseaux, qui disparaissent ou fuient la Californie. Quand aux phoques qui fréquentent  le littoral et particulièrement le célèbre « Quai des pêcheurs » de San Francisco, ils sont en train de mourir de faim pour cause d’eau de mer trop chaude. Bien entendu, les nappes souterraines non réalimentées baissent dangereusement ou disparaissent. Pénurie qui interdit l’irrigation et rend aléatoire l’approvisionnement en eau des zones urbaines.

L’avenir proche est d’autant plus incertain que les stocks de neige de la Sierra Nevada n’ont jamais été aussi faibles, voire absents. Remplacés par d’immenses espaces d’herbes brulés. Dans les plaines agricoles, le conflit d’usage des eaux oppose de plus en plus fréquemment les consommateurs et les cultivateurs et souvent même ces agriculteurs entre eux. Des conflits débouchant de plus en plus fréquemment sur des batailles rangées, avec des morts et des blessés.

En annonçant la mesure coercitive décidée par les autorités, le gouverneur a déclaré : « Nous abordons désormais un monde différent, nous devons donc nous comporter différemment ». Outre les restrictions de l’usage de l’eau qui seront maintenues pendant toute la sécheresse que les spécialistes annoncent comme pouvant durer car elle est la conséquence du dérèglement climatique, il sera désormais interdit d’arroser les golfs, les pelouses et les rues. Tous les citoyens, citadins ou ruraux, qui n’obtempèreront pas aux restrictions se verront appliquer des tarifs et des taxes destinés à les dissuader. Tous ceux qui ne respecteront pas les interdictions dont le plan sera publié dans quelques jours, pourront se voir infliger des amendes montant jusqu’à 10 000 dollars par jour…

Les Californiens ont tout simplement oublié qu’ils vivent au cœur ou au bord d’un désert et que les bouleversements climatiques sont une réalité

dimanche 15 mars 2015

Vanuatu: une catastrophe qui n'a rien de "naturelle"...



                Les 240 000 habitants de la République du Vanuatu savent depuis des dizaines d’années ce que ne rappellent guère les médias qui pleurent sur leur sort en évoquant les destructions qu’ils viennent de subir: ces anciens colonisés de la France et de la Grande Bretagne sont doublement menacés par le changement climatique. Situation qui explique les deux cris du cœur que renouvelle leur président à chaque grande conférence sur le climat et l’environnement : « Ne nous laissez pas seuls face au dérèglement du climat » et « nous ne pouvons plus attendre que la communauté internationale prenne des décisions car notre pays, comme d’autres, peut un jour disparaitre ».
                La première menace, celle qui vient de faire des centaines de victimes et de détruire des milliers de bâtiments et de maisons sur un archipel qui ne couvre que 13 000 kilomètres carrés, vient et viendra des tempêtes. Celles dont les experts du GIEC, hélas de plus en plus confortés par la réalité, expliquent depuis des années qu’elles seront de plus en plus violentes et porteuses de destructions et de plus en plus coûteuses en vies humaines. Comme le cyclone Pam qui a ravagé la majeure partie de la centaine d’ile du pays.
                Seconde menace également liée au dérèglement climatique : la submersion des espaces côtiers par un océan qui monte inexorablement. Une insidieuse et lente submersion qui prend des proportions dramatiques lorsque passent des tempêtes, même lorsqu’elles ne sont pas aussi  violentes que celle d’aujourd’hui. D’abord elle contraint de nombreux habitants à se réfugier, provisoirement ou définitivement sur les collines où il est plus difficile de pratiquer l’agriculture. De toute façon, l’envahissement par l’eau de la mer, occasionnel ou permanent, entraine la salinisation des terres, souvent pauvres et de faible épaisseur. Ce qui détruit la végétation et les rend impropres à la moindre culture. Alors que celle-ci fait vivre près de 80 % de la population, 100 % sur certaines iles. cette montée de la mer, toujours en raison de la l’imprégnation par le sel, réduit chaque année les quantités d’eau douce disponibles.
                Les citoyens du Vanuatu, comme ceux de la République de Kiribati, de Tuvalu, des Iles Marshall, des Maldives, de la plaine méridionale du Bangladesh et bien d’autres, font et feront partie des millions d’habitants que l’on considèrera un jour comme des réfugiés climatiques que les Nations Unies et les pays qui le composent ne veulent pas encore reconnaître comme tels et, surtout, se refusent à accueillir. Les égoïsmes des grandes nations qui se réunissent chaque année pour parler (seulement « parler ») du réchauffement climatiques et de ses conséquences tueront ces gens aussi surement que les tempêtes. Y compris dans les régions où c’est la sécheresse qui est également responsables des mouvements de population dont nous ne voulons pas entendre parler …

vendredi 30 janvier 2015

Quand la Sécurité routière sacrifie les arbres aux voitures...




Parmi les mesures (alcoolémie, téléphones portables, limitations de vitesse…) décidées par le gouvernement pour tenter d’améliorer la sécurité routière, un point a été pratiquement ignoré par tous les médias alors qu’il risque de remettre en cause la paysage français. Instructions vont être données aux préfets de dresser rapidement une liste exhaustive des arbres d’alignement « situés trop prés des routes ».  Explications : les voitures sortant de leur trajectoire  se heurtent trop souvent à ces arbres, accroissant parait-il le nombre des morts et des blessés ; car il est bien connu que la plupart des véhicules sont largement moins solides que les platanes ou les peupliers. Pourtant, le ministère de l’intérieur ne fournit aucun chiffre à l’appui de sa décision. Sans doute parce que sur les bords des routes existent des milliers d’autres obstacles sur lesquels une voiture peut  s’écraser.
Cela fait des années que des élus locaux ou régionaux militent contre les arbres qui ombragent les routes, soit des ex-nationales, soit des voies secondaires. Des arbres d’alignement dont la présence remonte au XIX° siècle ou aux années 30 du XX° siècle, bien que de nombreuses plantations aient été effectuées après la dernière guerre. C’est dans le Sud de la France et dans la Région centre, notamment dans le Loiret, que des présidents de Conseil  généraux sont en pointe dans la lutte contre les arbres, profitant de l’émotion liée à un accident ou de la réfection d’une route, pour couper tous ces intrus en dépit des protestations des associations. Ils transforment ainsi des voies agréables en déserts propices à la vitesse.

Effets positifs des plantations

Chantal Pradines, experte auprès du Conseil de l’Europe sur les questions de paysage, travaille et milite depuis des années sur ces massacres. Dans une note adressée  en Juillet 2014 aux parlementaires français, elle explique notamment : « Diverses études ont mis en évidence l’effet positif des arbres pour la sécurité routière. Cet effet positif, lié notamment à leur capacité à signaler efficacement les virages, carrefours, entrées d’agglomérations et à rendre la vitesse perceptible par le défilement des arbres, a également été mis en relations avec leur caractère esthétique. Il  se traduit par un abaissement significatif de la vitesse et une prudence accrue (…) la question de la sécurité routière peut et doit donc se traiter autrement que par des mesures concernant les arbres». Dans ses différentes études, Chantal Pradines, comme de nombreux protecteurs de la nature et des paysages, rappelle qu’il est tout à fait possible de protéger les automobilistes imprudents en posant des rails de sécurité devant les alignements. Tous signalent également que des pays comme la Suède, le Luxembourg, l’Allemagne la République Tchèque ou la Grande Bretagne ont placé les arbres d’alignement sous la protection de la loi pour leur rôle écologique, paysager ou culturel.

Comblons les fossés !

Mais, en dehors de leur obsession sécuritaire infondée, il existe une autre raison qui incite les élus locaux et le ministre à « dégager » ces arbres : cela libèrerait de la place pour enfouir des réseaux de fibres optiques de long des routes sans empiéter sur les terres agricoles que les opérateurs devraient acheter sur des milliers de kilomètres, alors que l’opération est impossible à réaliser dans les systèmes racinaires des plantations.
Il ne reste plus aux élus obsédés qu’à faire retirer de la proximité des routes, les poteaux indicateurs, les pylônes électriques ou téléphoniques et évidement les habitations. Sans oublier de combler les fossés dans lesquels les voitures peuvent se renverser. Mais ni eux, ni le ministre de l’Intérieur ne semblent avoir pensé que c’est la vitesse qui est cause, pas les arbres. Car il est très rare que ces derniers sautent brusquement au milieu des routes….