Piratages en Somalie: les coupables sont au Nord et en Occident
Dimanche 12 avril
La situation des navigateurs, sur petits bateaux et gros navires, au large de la Somalie n’est certes pas enviable, voire angoissante ou mortelle. Surtout quand les militaires français, pour la gloire militaire de la France et de son président, s’en mêlent. Mais, que l’on me pardonne cette allusion politiquement incorrecte, qui va raconter la misère, l’abandon des populations de la Somalie et du Puntland ? Qui explique que ces « pirates » n’ont guère d’autres solutions pour survivre depuis que leurs pays n’ont plus de gouvernement ? Depuis le début des années 90, le pouvoir n’y existe plus. Ce qui n’empêche pas tous les chefs de bandes, qu’ils soient ou non islamistes, d’être approvisionnés en armes que leur vendent, par des intermédiaires, les pays occidentaux et la Russie. Les Kalachnikovs et les 4 X 4 ne poussent pas dans le sable par miracle. L’Occident a laissé se constituer des zones de non droit qui l’arrange : parce que, par exemple, les fameux porte-containers qui croisent au large jettent à la mer des fûts de déchets toxiques dont les grandes sociétés se débarrassent ainsi à bon compte. Pour les produits les plus dangereux ils sont tout simplement débarqués avec l’aide des chefs de bande qui les enfouissent sommairement en échange de l’argent qui leur permet de s’acheter des armes. La Somalie est une poubelle qui arrange bien des pays et des multinationales : la déchet jeté au large de la Somalie revient à 30 euros la tonne contre 200 ou 300 dans un processus de recyclage légal.
Quelles autres solutions pour ces Somaliens, du nord ou du sud, que de trouver les moyens de survivre grâce à ces trafics et ces piratages ?
Et quand les autorités françaises expliquent qu’elles ont arrêtés des « pirates », ceux qui croupissent depuis un an dans les prisons françaises, avec « l’accord des autorités somaliennes », elles sont bien incapables de situer précisément ces « autorités » puisqu’il n’existe plus aucune autorité dans cette région.
Pas question d’excuser ces « pirates », mais il faudrait quand même réfléchir à ce qui a conduit les habitants de la zone la plus pauvre du monde à utiliser ces solutions de désespoir pour survivre.
Une seule bien maigre consolation : le dimanche du ministre de la Défense nationale a été gâchée ; et il élude la réalité quand il parle de « maffias somaliennes ». Il s’agit de pauvres du sud poussés au désespoir. Ce n’est pas le problème du Président de la République.