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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.
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samedi 26 avril 2008

Multiples et tristes souvenirs dérangeants de Tchernobyl

26 avril

Depuis 1986, j’ai séjourné sept fois dans la région de Tchernobyl, la première en 1987. Des journées et des discussions sur place, avec des ingénieurs et des spécialistes français qui ne vont évidemment pas se vanter de leurs craintes, je tire au moins six leçons, souvenirs et certitudes.

- D’abord il serait trop facile, comme le veulent la thèse officielle et l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, d’imputer l’accident au régime communiste. A ce jour personne ne sait pourquoi l’accident (deux explosions...) s’est produit. En cause, non pas un régime politique mais le principe même du réacteur nucléaire aux réactions imprévisibles.

- Certes, l’évacuation a tardé et à chaque fois, la vision des immeubles désertés Pripiat (50 000 habitants...) désertée me glace, mais imagine-t-on ce qui se serait passé si les habitants de cette région avaient utilisé des voitures particulières (et non des bus) pour fuir ? Le gigantesque embouteillage que redoutent tous ceux qui font des plans d’évacuation pour un accident, même moins grave, en France...

- Dans les premières heures il y a eu 32 morts. Aujourd’hui on en est, en Ukraine, en Biélorussie et en Russie, à au moins 15 000. En comptant les liquidateurs, les enfants et les personnes irradiées le 26 avril. Dans une vingtaine d’années, quand le bilan sera fait, le nombre des morts prématurés dépassera les 30 000.

- Des ingénieurs ukrainiens « liquidateurs » que j’ai connus, certains étant devenus des amis, plus un seul n’est vivant, le dernier est mort en 1998 d’un cancer généralisé des poumons.

- Contrairement à ce qui est souvent écrit, la faune et la flore de la région évacuée sont plus riches que jamais (loups, ours, bisons, lynx etc.) Terrible paradoxe, mais aussi parce que l’homme n’habite plus cet espace, la zone interdite est probablement la plus belle réserve naturelle d’Europe. Je l’ai vérifié à trois reprises. De quoi réfléchir.

- Ce n’est pas de malformations (autre légende...) que les gens meurent dans cette grande région, bien au delà de la zone interdite, mais de cancers, de maladies cardiaques, de maladies de l’appareil digestif et de suicides ou de dépressions.