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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.
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vendredi 4 septembre 2009

Taxe carbone "carbonisée", deuxiéme épisode de la démagogie des partis

Vendredi 4 septembre



Tandis que les vendanges se déroulent déjà avec trois ou quatre semaines d’avance par rapport à leurs dates d’il y a cinquante ans, tandis que les vignerons alsaciens se demandent ce qu’ils vont faire des 2,5° en trop de leurs vins, tandis que tous les responsables d’AOC s’interrogent sur quelques hauteurs ils vont devoir déménager leurs ceps, tandis que les habitants de la Camargue se demandent comment ils vont vivre avec de l’eau plus salée et sans les flamants roses, tandis que des falaises s’effritent sous les coups de boutoirs de la mer, tandis que les évènements météos aberrant se multiplient, tandis que des sols se détériorent, tandis que les rivières se dessèchent et perdent irrémédiablement leur biodiversité, tandis que les nappes phréatiques s’épuisent, tandis que des millions d’arbres meurent sur le territoire français, tandis que de nouveaux insectes envahissent villes et campagnes, tandis que des oiseaux disparaissent, tandis que donc, la liste n’étant pas limitative, la température moyenne monte, les démagogues du PC, du PS et de toutes gauches unis avec ferveur avec les démagogues populistes de toutes les droites et du Medef flinguent la taxe carbone. Comme à une ouverture de la chasse, ça tire dans tous les coins et sur n’importe quoi. Tandis que les banquises fondent aux pôles, que les cyclones et typhons se multiplient, que des millions de réfugiés climatiques se mettent en route, tandis que l’Afrique et l’Asie se désertifient, tandis que des cultures essentielles y disparaissent, et donc tandis que la planète s’échauffe ou se dérègle, monsieur François Fillon balance son aumône misérable de 14 euro la tonne à la face des nouveaux malheurs du monde.
Voici donc venu le temps que je redoutais il y a quelques jours : en baptisant « impôt » l’incitation à changer nos vies et nos consommations, le monde politique tourne le dos à l’avenir de la planète et à notre avenir. Avec au fond de lui-même, au PS, au PC et comme à l’UMP et au MEDEF le sentiment que « les écologistes nous emmerdent », qu’il s’agit d’une simple mode et que tout finira par s’arranger. Le discours ou la pensée cachée qui ont toujours accompagné les avertissements de ceux qui, lorsque ce monde politique les traite d’utopistes, répliquent depuis des lustres, que les utopistes sont ceux qui croient que nos gaspillages et nos destructions vont pouvoir durer éternellement sans que nous prenions une grande baffe dans la gueule.
Les premiers gifles sont déjà anciennes et elles ont frappé et frapperont avec la même efficacité les riches et les pauvres (oublions les périphrases genre « démunis » et « classes populaires »). Les pollutions de l’eau et de l’air ne font pas de différence entre les niveaux de vie et le climat est le même pour tous. Encore que...vivre par 33° dans un appartement de Saint-Denis n’offre pas la même existence qu’avec la climatisation dans une villa de Neuilly. Etc. Il est d’ores et déjà certain qu’avec le réchauffement climatique nous allons en prendre plein la gueule et qu’il est déjà bien tard pour agir. Alors il faut cesser de finasser et de croire au Père Noël de la canicule et des tempêtes.
Avec ses 14 euros jetés avec mépris à la face de Gaïa, avec ses offres de compensations aussi ridicules que fumeuses, le premier ministre se met la France hors-jeu pour la conférence de Copenhague de décembre sur le climat. Il est en bonne compagnie avec le Medef qui veut à la fois le beurre, l’argent du beurre et la cuisse de la crémière: la suppression de la taxe professionnelle, pas de taxe carbone et la sempiternelle « réduction des charges ». Avec leurs criailleries semblables sur le montant de la taxe, sur le coup porté « aux classes populaires », sur « l’injustice du même impôt », les gauches entonnent le même air en changeant simplement les paroles, manifestant le même mépris pour la planète, la même réflexion à court terme (six mois...) et le même manque de préoccupation pour l’électorat « démuni » qu’ils voudraient récupérer.
Alors, il faut être clair. Si elle voit le jour sous la forme prévue...
D’abord toute taxe carbone touchera beaucoup plus les riches que les pauvres puisque ces derniers achètent et consomment moins. En commençant par le clim’ pour la villa de Neuilly.
Ensuite, à ma connaissance l’électricité est une énergie (même secondaire). Alors il est scandaleux qu’elle échappe à la taxe carbonne. Sauf s’il s’agit de faire plaisir à EDF. Cela évitera peut-être que les fameuses maisons-Boutin-Borloo bon marché soient chauffées...à l’électricité. Cela évitera peut-être que le BTP augmente ses bénéfices en n’installant que des chauffages électriques dans les nouveaux immeubles. Cela évitera peut-être que la France soit sous-developpée en chauffage et électricité solaire tout comme en éoliennes. Et, par pitié, que l’on m’épargne le numéro « destruction des paysages ».
Ensuite encore, ce n’est peut-être pas politiquement correct de l’affirmer et même de le réclamer : oui, la taxe carbone qui est une incitation à acheter autre chose, à vivre progressivement autrement doit toucher tout le monde. Sans exception. Sans cela, elle ne servira à rien. De quelle utilité sera l’incitation, par exemple, à acheter un produit trop emballé si le mauvais geste est remboursé ? Il faut changer de société donc, que les politiques arrêtent de se dissimuler derrières « les pauvres » pour ne rien faire et, donc, protéger les riches. Si la classe politique se préoccupait de la partie la plus démunie de la population il n’y aurait pas 8 millions de gens en dessous du minimum vital en France. Alors qu’on arrête de nous emmerder avec cette fausse compassion.
Et enfin, je le répète : le Medef peut bien couiner, mais c’est au niveau des entreprises, au niveau des importations, des fabrications et de la distribution que la taxe carbone doit être instaurée, que l’incitation à ne plus gaspiller ni l’énergie ni les matières premières doit fonctionner ; et à 32 euros la tonne. Avec, je le répète également, interdiction légale de la répercuter sur les consommateurs. Tout le reste n’est que de l’agitation. Même le PS n’ose pas se tourner vers les industriels qui organisent et vendent le gaspillage et ceux qui vont fêter l’humanité dans quelques jours sont soit sourds, soit aveugles, soi aphones.
Le lecteur l’aura compris, je suis encore plus en colère que la semaine dernière et submergé par la démagogie climatique.