Dominique Voynet: la défaite annoncée
8 avril
Etait-ce bien raisonnable ?
Est-ce bien raisonnable ?
De s’enfoncer dans les etc. des sondages ?
Etait-ce bien raisonnable de convoquer Nicolas Hulot (plus Corinne Lepage) à un congrès politique d’été sans se rendre contre que le premier, et un peu la seconde, allaient tirer la couverture à eux ? Sans réaliser que le travail politique allait être balayé par un remue-ménage médiatique dont il ne reste pas grand-chose. Parce qu’il n’était rien d’autre qu’un bulle médiatique. Faire une bonne émission de télé n’est pas un gage de compétence politique. Il ne faudrait pas que les écolos confondent les téléspectateurs et les électeurs. Croire qu’il était possible de capter le plaisir immobile et passif des téléspectateurs de TF 1 était une illusion non durable. Aller se prosterner devant son « pacte » était aussi une illusion d’optique : car lorsqu’un texte est signé par tout le monde, c’est que quelqu’un ou quelques uns se trompent. Pourquoi diable, les Verts sont-ils allés signer un texte bien en deçà de ce qu’ils proposent depuis des années ?
Etait-ce bien raisonnable aussi, d’adouber publiquement une candidate qui s'est ralliée à un François Bayrou dont le programme environnemental est d’une affligeante banalité ?
Sera-t-il bien raisonnable…
De créer une situation qui aboutira à ce que Dominique Voynet laisse les Verts à 1% des votes, c'est-à-dire moins que René Dumont en 1974 ? Un retour en arrière tragique.
Est-ce bien raisonnable, en ces temps ou l’acharnement thérapeutique fait débat, de s’obstiner ?
S’obstiner sera, serait…faire la preuve, inexacte bien sur, que l’écologie, la protection de la nature, la protection de l’environnement et la bataille pour un changement ne sont importantes que pour seulement 1% de la population française. Mais l’important c’est ce qui se voit : ce maudit 1%.
Ce n’est pas en court-circuitant José Bové, c'est-à-dire en le privant sciemment de quelques parrainages au dernier moment et sans succés, que quelques Verts se sont tirés une balle dans le pied. Pire: ils sombrent dans la petite cuisine politique d’une bien petite et fragile boutique en oubliant qu’en arithmétique électorale 1+ 1, cela ne fait pas deux, mais souvent zéro. Il y a des moments, quand on pense à autre chose qu’à la politique et sa future place dans la gauche écologique du Parti socialiste, où l’on se grandit en renonçant. C’est ce que dit une majorité de Verts dans les réunions de sections et de quartiers. Ils enragent. Mais ce mécontentement, cette angoisse devant ce qui les attend, ne parait pas remonter jusqu’à la « Chocolaterie », la vedette amirale de leur parti qui semblent peuplée d’autistes. Alors que ces militants, depuis des années, ont fait la preuve dans les régions et les villes, qu’ils ont une légitimité et qu’ils peuvent remporter des succès une fois élus. De quel poids pèseront-ils pour les législatives de juin, puis pour les municipales de 2008 ?
Ce qui nous attend, après ce désastre annoncé, nous les journalistes et elles, les associations qui rament depuis des années, c’est que les élus, à tous les niveaux tournent le dos à l’écologie et aux exigences de protection. Ce qui nous attend dans les rédactions, c’est le retour des petits sourires et des articles qui restent au marbre ou partent à la poubelle. L’écologie ? Combien de divisions, la chanson journalistique est connue. Il est possible, on ne sait jamais, que les Verts survivent à cet échec. Mais l’écologie dans quel état va-t-elle sortir de cette épreuve ? Mais l’information, les informations, les avertissements publiés et commentés, les solutions alternatives proposées, que va-t-il en rester ?
Pour cette obstination, pour cet acharnement tragique, les journalistes spécialisés et le milieu associatif risquent de payer très cher. L’écologie part en marche arrière et le climat se réchauffera à la lumière d’un échec éclatant.
Ce n’est pas par hasard que les « grands » candidats se sont déjà tus sur l’écologie, attentifs à leurs courses finales et inattentifs à ceux qui, hélas, s’abstiendront le 22 avril avec dans la tête que l’on a oublié leurs préoccupations environnementales. Ce n’est pas par hasard que les journalistes politiques ont déjà abandonnés les questions sur l’écologie ; quand par hasard ils y avaient pensé auparavant.
Ce n’est pas par hasard que ceux qui préparent les législatives restent muets sur la protection de la nature et de l’environnement : puisque, apparemment, il n’y a pas de voix à prendre, les futurs députés se détournent d’un sujet « qui n’est plus porteur ». Il faut plus d’un Hulot pour annoncer le printemps.
Dominique Voynet a triomphé avec ses 600 signatures devant le Conseil constitutionnel, sans se rendre compte ou sans vouloir se rendre compte qu’elle allait signer l’acte de décès de l’information environnementale en enlevant aux journalistes spécialisés une part de leur légitimité.
Retour à l’age des cavernes de l’information « nature et écologie ».
Dommage…