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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

samedi 28 juillet 2012

Bonus pour voiture "verte": l'escroquerie sociale et écologique d'Arnaud Montebourg

Ainsi donc, pour que nous adoptions une attitude plus responsable, à condition que l’on considère qu’à terme les véhicules électriques méritent le qualificatif d’« écologiques », l’Etat va payer encore plus les automobilistes pour qu’ils adoptent une attitude considérée comme socio-écologique. En prélevant plus d’un demi milliard d’euros (par an) sur le budget de pays. C’est cela le bonus : continuer à nous persuader que sans voiture, point de salut. Je sais, lecteurs grincheux habituels, vous m’objecterez que dans les zones rurales et les banlieues lointaines, la bagnole est le seul recours possible. Oui, sans aucun doute, mais, sur 38 millions de voitures, le total de celles qui sont utilisées par les citadins, ceux des grandes agglomérations, est largement supérieur à celui des véhicules ruraux imposés par les prix des terrains qui éloignent des centre-ville, par la défaillance des transports publics et par les urbanisations anarchiques des grandes banlieues. Quand aux véhicules électriques, si par hasard leurs achats augmentaient par miracle de 200% l’année prochaine, cela aboutira au chiffre mirifique de 10 400 voitures par an. Appliqué au même raisonnement miraculeux, pour les véhicules hybrides, le nombre de modèles, toutes marques confondues, le nombre de voitures écologiques, selon Montebourg, vendues serait à peine de 50 000 à l’année. Donc, sans oublier que même avec le « bonus » ces bagnoles sont plus chères à l’achat, le « plan » mirifique concernerait 60 000 engins sur les 2, 8 millions immatriculés en France chaque année. Pas de quoi sauver Peugeot ou Renault, d’autant plus que les deux tiers de ces voitures électriques ou hybrides sont fabriquées hors de France. Pour une fois, les écolos et les syndicalistes sont d’accord pour crier à l’escroquerie politique, écologique et sociale. Donc le bonus ne profitera qu’à une minorité de Français plutôt fortunés, les autres ne s’intéressant pas, pour des raisons économiques ou des raisons psychologiques de résistance au changement, aux nouvelles technologies. Un exemple révélateur : un constructeur italien commercialise des scooters MP3 hybrides de 125 cm3, mais en dépit d’un résultat de consommation qui se situe autour de 1, 6 litres au 100 kilomètres (donc au minimum une moindre pollution), il n’en a vendu que 120 en France en trois ans. Donc le fameux plan d’Arnaud Montebourg n’est qu’une coûteuse poudre aux yeux et les automobilistes français, qui ne font pas le calcul de l’économie illusoire dont ils croient bénéficier, continueront à acheter des véhicules diesel qui représentent 78 % des bagnoles immatriculées en 2011. Economie bidon et pollution, notamment aux particules fines dangereuses pour les poumons, garanties. Mais il n’est pourtant pas question se supprimer la petite détaxation sur ce carburant nocif. Le calcul du ludion du Redressement Productif vient de nous offrir un tour de passe-passe politico-économique qui n’est qu’une illusion partant du principe que pour encourager à la transition écologique il ne faut pas compter sur le civisme des citoyens et qu’il ne faut qu’encourager ceux qui n’ont pas de souci économique en leur offrant l’argent des contribuables. Le problème de la mévente des voitures fabriquées en France (comme les autres) n’est en aucun cas résolu puisque le gouvernement n’a pas choisi la solution qui consiste à remettre en cause la suprématie de la voiture individuelles en milieu urbain au profit du développement des transports collectifs et du deux roues, avec ou sans moteur.

lundi 25 juin 2012

Conférences sur l'environnement: de Stockholm en 1972 à Rio en 2012

Le Sommet des peuples et de la société civile a ouvert ses stands et ses réunions le 15 juin alors que la conférence des ministres et des chefs d’Etat attendra le 20 pour se terminer au bout de trois jours, sauf si les dernières négociations qui commencent lundi se révèlent difficiles. Ces rencontres officieuses et officielles sont curieusement présentés par les associations et les Nations Unies sous l’appellation Rio + 20. Comme si la Conférence mondiale de Johannesburg de 2002 au cours de laquelle Jacques Chirac s’illustra avec sa célèbre phrase « La maison brûle et nous regardons ailleurs » moins guindée que la suivante en 1992 à Rio, n’avait jamais existé. Comme s’il fallait aussi oublier que tout a commencé en 1972 à Stockholm avec la premier Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement. Comme lors des réunions mondiales précédentes consacrées à l’état environnementale de la planète, les discours et les proposition faites à Rio vont donc illustrer, les fossés de plus en plus profonds qui se creusent entre les aspirations de la société civile, les revendications des Peuples Premiers, les égoïsmes des Etat et les convoitises des grandes entreprises rêvant de « marchandiser » la nature et les ressources naturelles Si il existe une différence essentielle entre la conférence de Stockholm et celle de Rio de Janeiro de cette année, elle réside d’abord dans la nature des rapports entre les participants officiels et la société civile. En 1972, la distance pour aller du centre de conférence des chefs d’Etat et les forums et rencontres des associations n’était que de quelques centaines de mètres à parcourir à pied, et nulle mesure policière ou sécuritaire ne séparait les uns des autres. En 2012, il faut prés d’une heure d’autobus pour aller de l’une à l’autre puis monter patte blanche et accréditations longuement vérifiées. Evolution qui en dit long sur l’altération de la qualité des échanges entre les politiques et ceux qui contestent leurs inactions. D’autant plus, autre caractéristique fondamentale de ce qui s’est passé à Stockholm, que les uns pouvaient aller s’exprimer chez les autres et réciproquement. Un ministre, voire un chef d’Etat ou de gouvernement, n’hésitant pas à venir affronter les contestataires et discuter pied à pied avec eux. Ce qui, par exemple donna un splendide dialogue entre Indira Gandhi, première ministre de l’Inde, et une salle parfois houleuse de militants. Au delà des décisions prises ou repoussées à plus tard, Stockholm fut donc une fête de la parole, un véritable festival de révélations et d’échanges sur l’état du monde, sur les pollutions, sur les destructions, sur la démographie, sur les famines, sur l’agriculture, sur la baisse déjà constatée de la biodiversité, sur le mauvais état des mers, sur la régression de la forêt amazonienne, sur le sous développement ou sur le (mauvais) sort trop souvent réservé aux Peuples Premiers. Toutes les questions qui motivent aujourd’hui la mouvance environnementalistes, y compris celle du réchauffement climatique étaient déjà posées. Et tous les jours, un quotidien associatif (il y en eu d’autres) financé par les Suédois sans aucune contrepartie ni censure, et sous-titré « L’environnement c’est de la politique », rendait compte des affrontements verbaux et idéologiques au sein de la société civile et entre les officiels. Peut-être, il ne faut pas écarter cette hypothèse, parce que le mouvement environnementaliste et écologique n’était pas encore professionnalisé, la conviction et la connaissance des dossiers tenant alors lieu d’une force de frappe que nombre d’apparatchiks de l’environnement n’ont peut être plus toujours. L’écologie politique restait balbutiante en France, ce qui peut expliquer que les associations françaises aient été si peu représentées dans une conférence largement dominé par les Anglo-Saxons et, aspect plus surprenant, par des militants et des délégations de ce que l’on appelait encore le tiers-monde. Le 14 juin, à l’issue d’une conférence qui ne dura pas trois jours comme en 2012 mais une dizaine, un cortége bariolé de milliers de jeunes a parcouru la ville. Sans escorte policière, même lorsque les premiers rangs, plutôt dénudés, parvinrent au pied des marches de la conférence officielle. Ils apportaient une résolution demandant « un moratoire arrêtant pendant dix ans le meurtre de tout être humain » et que « reconnaissent que l’Homo sapiens est une espèce en danger et proclament dans l’allégresse les Etats proclament un moratoire de dix ans à la chasse, au massacre et à l’empoisonnement de l’environnement des êtres humains ». Ils furent accueillis, sans présence policière par le patron » de la conférence, LE Canadien Maurice Strong qu’il il était entièrement d’accord avec le contenu de la résolution. Il faut évidemment, la part de la récupération dans cette étonnante rencontre mais quelles qu’aient été les arrière-pensées des uns et des autres, la scène illustrait parfaitement l’atmosphère d’une conférence qui vit les militants et la jeunesse faire pression sur les gouvernements et être sinon écoutés, au moins entendus. Pour le reste, malgré l’opposition, soulignée par les leaders du tiers- monde, entre les pays développés inquiets des destructions et pollutions et les pays du Sud en besoin de développement contre la misère, la Conférence adopta des mesures ou des résolutions qui seraient encore aujourd’hui considérées comme novatrices ou révolutionnaires. Qu’il s’agisse des ressources naturelles, des rejets toxiques, de la préservation de la flore et de la faune sauvage, de la pollution des mers, de la surpêche, des catastrophes naturelles, de la stabilité des prix agricoles et des matières premières, de l’action de organismes internationaux, de l’indemnisation des victimes de pollution ou de la fin de l’impérialisme des nantis. Tous ces points étant précisés et développés dans une déclaration en 25 articles dont la négociation dura plusieurs jours et plusieurs nuits car, on contraire de ce qui se passe désormais, elle n’avait pas été rédigée à l’avance par des technocrates internationaux. Une déclaration qui aboutit à la création du Programme des Nations Unies pour l’Environnement qui reste hélas valable. Un organisme dont Maurice Strong devint le directeur et qui me déclara notamment au cours de l’été 1974 au Kenya où s’installe le PNUE: « Le premier objectif est d’amener les pays à parler de ce problème qui gêne tout le monde. Il était important de regarder les situations en face, de rappeler qu’il était un peu trop facile –ce que font les grandes puissances dans ce domaine comme dans d’autres- de ne blâmer que les pays en voie de développement. Il y a des prises de position politiques officielles fort justifiées... et la réalité. La Chine en est un exemple. Seule une attitude réaliste dans ce domaine comme dans les autres, nous permettra de faire face aux questions posées par la dégradation de notre environnement, il ne faut pas se le cacher. Il ne s’agit plus de rêver de l’abondance mais d’organiser la survie, de lutter –sur tous les plans- pour empêcher des centaines de millions de gens de mourir. Sans oublier que ces menaces et les pollutions, avant d’être des agressions physiques, engendreront des tensions sociales et politiques insupportables ». Les écrits confidentiels et très pessimistes de Brice Lalonde, directeur exécutif des Nations Unies pour Rio + 20 montre que si la prise de conscience de l’opinion publique a progressé, celle des chefs d’Etat a beaucoup régressé...

Conférence de Rio: le rideau vient de tomber sur une trés mauvaise pièce

Rio de Janeiro le 24 juin 193 pays réunis pour ne rien dire Quelques heures après la clôture du sommet de la Terre, il faut rendre hommage aux chef des délégations qui ont pris la parole jeudi et vendredi en séance plénière dans une parfaite indifférence tandis que le public officiel clairsemé vaquait à ses occupations sans les écouter, tout en téléphonant ou en engloutissant des cafés et de (mauvais) sandwiches. La médaille du courage doit être décernée aux orateurs qui s’exprimaient encore dans la séance nocturne de jeudi devant quelques délégués présents pour une seule et unique raison : ils devaient encore attendre pour délivrer leur message national. Avant le « délégué inconnu » qui s’est exprimé en dernier vers minuit devant les seuls membres de sa délégation accablés d’ennui et de fatigue d’avoir fait un si long voyage inutile depuis leur île-Etat. Cette litanie des déclarations inutiles qui ne pouvaient plus changer le fade contenu de la déclaration finale de 60 pages adoptée sans enthousiasme après avoir été « fermé » depuis plusieurs jours à tout amendement par le gouvernement brésilien, résume parfaitement la tonalité d’une conférence qui n’a rien résolu des malheurs écologiques de la planète parce qu’il ne fallait braquer personne. Vendredi soir, de nombreux délégués avouaient leurs déceptions et leurs frustrations en traînant leurs valises à roulettes dans les couloirs du Rio Centro. En oubliant que beaucoup d’entre eux sont responsables, à des degrés divers et au nom de leurs pays, de l’échec d’une conférence dont l’enfer n’a été pavé que de quelques bonnes intentions dont il ne reste pas grand chose en dehors de la promesse...de continuer. Certes, l’économie verte a été remise in extremis à sa juste place, certes le Programme des Nations Unies pour l’Environnement sera renforcé (un jour...) ; et évidement, l’écrire ne coûte rien, le rapport final affirme vouloir lutter contre la pauvreté, pour l’eau et l’assainissement accessible à tout le monde ; bien sur la question sociale est évoquée et les objectifs de développement durables ont été précisés et...confiés à une groupe de travail. Mais le bilan des avancées ou des reculs par rapport à la première conférence de Rio de 1992 n’a pas été fait, parce qu’il pouvait fâcher. Notamment sur le question de la biodiversité passée à la trappe. Et les « financements innovants », donc les moyens financiers pour aider au développement et à la défense de l’environnement, sont remis à plus tard, à une autre conférence peut-être. La montagne onusienne a accouché d’une souris qui n’est même pas verte ; aboutissant à ce que la députée européenne des Verts, Sandrine Belier a appelé un « sommet de la déception ». Un sommet pendant lequel les négociateurs évidemment mandatés pour un service minimum se sont payés de mots comme, par exemple, dans le paragraphe dix du document final qui mérite le détour tant il exprime et symbolise la vacuité du texte adopté. « Nous reconnaissons que la démocratie, la bonne gouvernance et l’état de droit,au niveau national et au niveau international, ainsi qu’un environnement favorable,sont des conditions sine qua non du développement durable, notamment d’une croissance économique durable et profitant à tous, du développement social, de la protection de l’environnement et de l’élimination de la faim et de la pauvreté. Nous réaffirmons que pour atteindre nos objectifs en matière de développement durable, nous devons nous donner, à tous les échelons, des institutions efficaces, transparentes, responsables et démocratiques. » L’expression « développement durable » le mot valise dont les délégués et diplomates usent et abusent autant que l’ont fait les négociateurs masque un triste déni de la réalité. Même si tous peinent malgré tout à en expliquer le sens et la portée. Cela n’empêche pas ce « mot miraculeux » de ponctuer la déclaration adoptée de façon incantatoire, comme un refrain que l’on reprend machinalement. Il apparaît à peu prés une dizaine de fois par page, accommodé à tous les sens et situations possibles ou imaginables. Une sorte de gimmick diplomatique masquant plus ou moins habilement les mots nature, pollution, biodiversité ou ressources naturelles. Car si la question climatique est rapidement abordée, elle l’est aussi sous le déguisement du développement durable et les négociateurs dont le travail aurait pu aboutir à faire l’économie du déplacement d’une cinquantaine de milliers de personnes, n’ont même pas réussi à donner un statut aux réfugiés climatiques qui, dans le fond, n’existent toujours pas pour la communauté internationale. Il faut être aveugle, sourd ou définitivement persuadé que les égoïsmes nationaux doivent triompher pour trouver un quelconque intérêt au texte adopté dans la résignation de nombreux pays et la jubilation de nations comme les Etats-Unis, le Canada, la Chine ou la Russie. Ces pays, en instrumentalisant les pays les plus pauvres, ont finalement obtenu que les questions environnementales, du climat à la préservation de la biodiversité au sens le plus large du terme, passent à la trappe. Ce qui ne peut que conforter les opinions publiques et le monde industriel dans la croyance rassurante qu’il n’y a pas vraiment péril et que le sauvetage collectif de la planète peut attendre. Le sommet de Rio marque une victoire de la diplomatie prudente et éloignée des réalités humaines et écologistes sur les environnementalistes. Le sommet de Rio + 20 n’est pas un échec puisque les nations occidentales, avec la complicité active du Brésil n’ont jamais essayé, ni probablement jamais eu l’intention, de réussir la quatrième conférence mondiale sur l’environnement organisée depuis le début des années 70. .

vendredi 8 juin 2012

Vendredi 8 juin LANCEMENT DE LA CONFERENCE DE RIO A LA VILLETTE François Hollande craint l’échec et Nicolas Hulot se dit lassé et pessimiste Pour lancer son débat sur les enjeux de la prochaine conférence sur l’environnent, le club Rio + 20, initié par le Comité 21, avait reçu vendredi matin dans la grande Halle de La Villette, un renfort de poids : François Hollande. Normal, il ne s’était pas encore vraiment exprimé sur l’écologie et sur les conférences qui se tiendront au Brésil à partir du 15 juin alors que la ministre de l’écologie reste étrangement muette. D’abord le sommet des peuples qui devrait réunir de nombreux acteurs de la société civile et ensuite du 20 au 23 la conférence des chefs d’Etat dont les « sherpas » peinent depuis des mois à établir un accord sur les décisions à prendre ; au point de désespérer Brice Lalonde, le directeur exécutif de l’ONU chargé de préparer la conférence. Ce qui n’a pas échappé au président de la République qui a commencé par expliquer que « les conditions de la réussite ne sont pas encore réunies ». Puis il a ajouté que le « Développement durable ne doit pas être seulement une protection mais surtout une croissante différente ». Avant d’énumérer, « au delà des enjeux économiques » les priorités de la France « la nécessité de s’attacher à l’éradication de la précarité énergétique, la prise en compte du réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité ». Après avoir expliqué qu’en France il fallait envisager «des tarifs progressifs de l’électricité lié à la consommation » et « une montée de puissance des énergies renouvelables qui devraient devenir un enjeu au niveau de l’Europe ». Pour François Hollande, dont le discours a été applaudi, les trois urgences environnementales qui seront appuyés par la France à Rio sont « l’accès de tous les pays aux énergies renouvelables, la sécurité alimentaire, un mécanisme freinant le rachat des terres dans les pays du Sud et un soutien marqué à l’économie verte et à une économie sociale et solidaire ». En rappelant que le PIB, indicateur aux variations de toute façon incertaines, ne devait pas rester le seul indicateur mais « qu’il fallait prendre en compte le qualité de l’environnement et la diminution de inégalités ». Le président a également souhaité, en France, une évolution de l’épargne réglementée vers le développement durable. Dans sa conclusion, il a souhaité la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement, évoquée depuis 20 ans, qui serait basée à Nairobi puis a prévenu : « Rio va être difficile, avec un risque de division et des paroles non suivies d’actes car la perspective de l’échec existe. D’autant plus que l’échec peut être aussi celui de la désinvolture, de l’ignorance et du refus de la réalité alors que tous les signaux d’alarme sont visibles ». Une intervention qui contrastait avec les discours béats qui ont précédé ou suivi son allocution, discours présentant Rio comme un nouveau départ et la continuation de la conférence de Rio en 1992, oubliant au passage que la prise de conscience date de la conférence mondiale de Stockholm en 1972, conférence au cours de laquelle tous les avertissement planétaires avaient été énoncés. Un ronronnement d’autosatisfaction qui fut cassé par l’intervention de Nicolas Hulot expliquant, heureusement très applaudi, qu’en 20 ans, depuis la première conférence de Rio, « on est passé de l’indifférence à l’impuissance. L’heure n’est plus aux constats mille fois faits, mais à l’action ». Pour lui « la prochaine conjonction entre la crise économique et la crise écologique sera très grave pour la planète et à Rio nous risquons de trahir nos enfants. Nous fonctionnons toujours à l’antique et nous risquons d’être prochainement, dans tous les domaines, contraints de gérer la pénurie. Il ne faut pas se contenter d’aménager à la marge et obtenir que l’OME souhaitée par certains ait la primauté sur les décisions du FMI et de l’OMC (...) Rio doit sonner le glas de la cupidité, la fin d’un monde qui spécule sur les ressources naturelles et sur la faillite des Etats ». Nicolas Hulot a conclu, en prenant à revers tous les optimistes présents et satisfaits d’eux-mêmes, qu’il était à la fois « lassé et sceptique ». Probablement parce que les discours d’autosatisfaction des acteurs du Club Rio + 20 annoncent le ton qui risque de dominer les débats officiels de la conférence brésilienne. D’ailleurs que ce club soit appuyé par Publicis est en soi une indication inquiétante. D’autant que cette agence de communication voisine avec de nombreux industriels A la société civile qui animera le Sommet des peuples de réussir à infléchir la tendance à des congratulations environnementalistes...qui se borneraient à préparer l’organisation d’une nouvelle conférence !

samedi 2 juin 2012

"Gastronomie": est-il écologiquement correct de sauver les mauvais poulets Doux

Peut-être faut-il de temps à autre être politiquement incorrect. Au risque de choquer, la question que je me pose et que je pose aux lecteurs est la suivante : faut-il que la collectivité vole, d’une façon ou d’une autre au secours d’un industriel du poulet qui organise depuis 1955, la production d’une viande de basse (euphémisme...) qualité et tient sous sa coupe, en les exploitant, prés de 4000 éleveurs de poulets de batterie dont les... « activités quotidiennes » empoisonnent (en nitrate, notamment) les rivières et les nappes phréatiques de Bretagne ? Je sais, il y a plusieurs centaines d’emplois en jeu : peut-être même 3400 si l’industriel de la malbouffe met la clé sous la porte dans tous ses centres de production français (il n’existe pas d’autre mot qui convienne mieux). Mais peut-on laisser fabriquer n’importe quoi dans n’importe quelles conditions ? Monsieur Charles Doux qui joue les martyr depuis Châteaulin dont il est le roi redouté, est un producteur français et mondialisé de poulets, de filets bas de gamme et de viandes enrobées et panés sous plastique dont les condiments masquent mal la médiocrité. Il est propriétaire de 80 % des actions d’un groupe fondé dans les années 50 et serait en déficit alors qu’il perçoit chaque année de 50 à 65 millions d’euros de subventions à l’exportation grâce à l’application de la Politique Agricole commune. Cela lui permet, par exemple, de vendre ses poulets congelés moins chers que les poulets locaux sur de nombreux marchés africains. Ce qui entraîne la ruine des petits éleveurs des pays concernés. L’inventeur du « Père Dodu » et autres cochonneries de cet acabit emploie donc 3400 personnes en France et 6000 au Brésil où il a délocalisé une partie de la production de ses 253 millions de poulets chimiquement et artificiellement nourris pour être maintenu en vie, notamment grâce à l’emploi d’antibiotiques, jusqu’au jour de l’abattage, six semaines au plus après la remise des poussins de quelques jours aux paysans éleveurs du début de cette chaîne de la bouffe. Donc, faut-il sauver le « volailler » Doux qui non seulement écoule partout dans le monde des produits qui offensent le goût mais traite ses salariés comme des esclaves : chasse aux syndicalistes, harcèlement et mise à pied de ceux qui se rebellent, paiement au SMIC et travail (par 5°) dans des conditions si difficiles que l’on n’y compte plus dans ses usines, les accidents du travail et les arrêts maladie. Sans oublier les intérimaires et les CDD encore plus mal traités et plus mal payés. Ce qui peut faire passer son appel au secours et sa demande d’une aide de 20 millions avant la fin du mois de juin comme une astuce pour faire oublier les mauvais poulets et l’esclavage des salariés ; ou une prétexte pour délocaliser encore plus sa production, notamment vers des pays où les salaires versés seront encore inférieurs à ceux qu’ils versent à ses employé brésiliens. Faut-il vraiment sauver les poulets de monsieur Doux et des requins de l’alimentaire qui guettent sa vraie ou sa fausse chute sous l’oeil intéressé de la banque BNP Paribas ? Il n’est pas seul gâteur de égout de l’agro-alimentaire mais mettre un terme à ce genre de production relève d’une entreprise de salut public. Il serait tout à fait « normal » que cette forme d’aliments commence à disparaître des rayons des supermarchés et que le ministre de l’Agriculture se penche sur ce type de production. Comme l'explique Yannick Jadot, député européen des Verts, le poulet de monsieur Doux a decidement une goût bien amer...

mardi 24 avril 2012

Jean Ferrat, la démocratie, le Front national et l'écologie

MARDI 24 AVRIL

C’était après une élection, il y a quelques années. Bavardant pour un interview qui s’égarait comme à l’ordinaire bien loin des chansons et de la musique, Jean Ferrat me montra d’un geste Antraigues-sur-Volane, 580 habitants au coeur de l’Ardèche où il fut un temps l’adjoint du maire communiste, en commentant un récent score du Front National qui venait de rassembler 8% des voix dans son village : « Tu vois, je n’arrive pas à comprendre ce qui se passe, ce pourcentage me dépasse. Ici, on n’a pas vu un étranger depuis des années, il n’y a pas de délinquance en dehors de quelques braconnages qui font sourire tout le monde. Alors pourquoi certains des gens que je croise tous les jours, peut-être un de ceux avec qui je joue aux boules, votent pour ces gens ? Maintenant, dans la rue, quand je vais au bistrot, je me surprends à me demander si la personne que je rencontre a voté pour le FN ». Au delà de son incompréhension perçait une sorte de chagrin. Dimanche dernier, à Antraigues où il n’y a toujours ni étranger, ni « assisté » ni délinquant, la candidate du Front National a recueilli 14, 32% des suffrages. Que Mélenchon y ait réuni 33 % des voix ne change pas cette donnée...
A Gien, la ville de 15 000 habitants du Loiret, où je passe trois jours par semaine, le FN a bondit jusqu’à 24 % des suffrages. Dix points de plus qu’en 2007. Dans les rues je regarde les passants en me demandant qui, parmi tous ceux que je connais, a voté pour Marine Le Pen. Peut-être ceux qui, tous les ans, à cette période, dénoncent le rassemblement de quelques milliers de Tziganes évangélistes dans leur immense propriété voisine cernée par les gendarmes mobiles dont les cars stationnent le long de la Loire. Quinze jours de suspicion envers les méfaits supposés des « voleurs de poules » alors que les statistiques de la gendarmerie n’enregistrent pas plus de délits à cette période de l’année que pendant les autres mois. Mais l’explication est un peu courte. Dans les conversations, les mêmes que celles que Ferrat entendait à Antraigues, revient une autre justification : « avec tout ce que l’on voit à la télé... ». Comme si une partie de la France avait voté contre les images du miroir déformant de la télévision. Mais cela ne suffit toujours pas comme analyse...
Comme si, au delà de toutes les savantes explications, la France était bel et bien touchée par une peste brune qui s’étend dans les terra incognita de la ruralité et des banlieues pavillonnaires cernées par des supermarchés ayant effacé les centres des petites villes et des bourgades, conduit à la faillite les derniers commerçants. Les savants politologues et sociologues du cirque médiatique, évoquent les « souffrances », le « sentiment d’insécurité », la « désertification », la « disparition des services publics » pour justifier cette désespérante poussée vers l’extrême droite, vers le refus des autres, le refus des différences. Par des gens qui exhalent leurs haines aux comptoirs des bistrots en colportant les pires insanités sur ceux « qui ne veulent pas travailler ». Dans une cité qui compte officiellement 9 % de chômeurs et un nombre mal défini de salariés à temps partiel. Ceux qui viennent, une fois par semaine, s’approvisionner au Jardin du Coeur, par exemple, après avoir suivi de dernier épisode des « Feux de l’Amour » sur TF1.
L’impression que le mal n’est plus curable, qu’il n’existe pas de bonnes solutions pour montrer à un quart des habitants que le glissement vers le fascisme populaire ne sera jamais un véritable remède. Et je pense de nouveau à l’amertume de Jean Ferrat face au mal qui rongeait déjà Antraigues il y a quelques années.
J’entends aussi tous ceux qui expliquent qu’il ne faut pas « stigmatiser » les électeurs du Front national qui rejoignent ceux de Nicolas Sarkozy dans la dénonciation de l’ « assistanat » et de l’ « insécurité ». Comme si la fascisation de la société n’était pas un mal profond qui nous menace tous et que l’on pourrait parait-il guérir par des patrouilles de gendarmerie. Que dire ou que faire quand des jeunes expliquent dans le centre ville désert ou au pied des immeubles qu’ils ne font aucune différence entre la droite et la gauche ? Sinon désespérer. Que dire ou que faire quand les clients du seul magasin bio de la commune, se précipitent vers les rayons bio des grandes surface ? Sinon désespérer, sinon commencer à se poser des questions sur l’exercice de la démocratie ?
Les deux candidats restant en compétition se précipitent au devant des récriminations de la part fascisante de la population française. L’un ouvertement parce qu’il s’agit de son fond de commerce depuis des années et qu’il a contribué à fasciser des esprits, l’autre hypocritement parce qu’il y a là quelques voix de secours à glaner. Comme dans une lettre de solidarité et de soutien que François Hollande a adressé quatre jours avant le premier tour à la Fédération nationale des chasseurs.
Pas un seul des candidats rescapés ne s’alarme de l’échec des écologistes à cette élection présidentielle. Certes leur candidate a été la pire depuis 1974 et n’a jamais été capable d’expliquer les périls courus par la planète face aux dégradations et aux pollutions ni les bienfaits d’une transition vers une société plus respectueuse des équilibres naturels, plus soucieuse des ressources naturelles et de la biodiversité. Mais cela n’explique pas tout, il s’en faut de beaucoup. Alors qu’il parait plus urgent de sauver notre environnement, en France et ailleurs, que de cavaler après la part grandissante de la population tentée par le fascisme et un régime fort à la hongroise. De quoi encore avoir des doutes sur l’exercice d’une démocratie qui privilégie le court terme.
François Hollande sera probablement élu et j’y contribuerais faute de mieux. Mais que pourra-t-il faire ensuite face aux aspirations d’un corps social flatté dans ces rejets fascisants et xénophobes tout comme dans son ignorance soigneusement organisée de l’urgence écologique ?
Nicolas Sarkozy aura réussi, au delà d’un échec probable à fasciser un pays.
Désespérant...

mardi 10 avril 2012

Les écolosceptiques aux pouvoirs

Mardi 10 avril



Il est de bon ton d’imputer à Eva Joly et aux errements d’Europe-Ecologie-les Verts, la disparition des préoccupations écologiques du discours des présidentiables et des soucis de l’opinion publique. Certes, le choix de la candidate verte n’a pas été le meilleur car même une excellente magistrate n’apprend pas l’écologie en quelques mois. Mais cela ne suffit pas, il s’en faut de beaucoup, à expliquer ce retour en arrière qui ne présage rien de bon pour la France, pour l’Europe et pour la planète. Il est donc plus que jamais nécessaire d’y voir le résultat des efforts des écolosceptiques pour pousser la poussière écologique sous le tapis : en profitant évidemment des inquiétudes d’une partie grandissant de la population qui se retrouve sous le seuil de pauvreté, se battant quotidiennement pour survivre tout en craignant le chômage et le déclassement.
A ceux-là comme à tous les autres français, les Claude Allègre, les Pascal Bruckner, Christian Gérondeau ou Jean de Kervasdoué (et j’en oublie...) ont expliqué depuis deux ans, sans trouver beaucoup de contradicteurs dans les médias que l’écologie était un luxe et un leurre. Ils ont conjugué à tous les temps et sur tous les tons leurs refrains rassurants répétant que l’agriculture bio n’était qu’une fantaisie de bobos, que les angoisses climatiques se rimaient à rien, que les pollutions ne comportaient guère de danger, que la banquise ne fondait pas tant que cela, que l’alimentation était plus saine qu’autrefois, que les OGM constituaient une chance pour l’Humanité, qu’il n’existait pas d’alternative au nucléaire, que les éoliennes hachaient menu les oiseaux ou faisaient tourner le lait des vaches, que la baisse de la biodiversité était une invention ou que les sols ne se dégradaient pas. Un vrai festival d’imprécations, de mensonges et de négations qui a fini par produire ses effets. Auprès d’une opinion publique toujours prompte à brûler ce qu’elle a adoré et à se rassure de ne pas avoir à changer ses modes de consommation, auprès de la presse soucieuse de faire de beaux titres grâce à ces nouveaux imprécateurs du « tout va bien » ; et évidemment auprès des politiques heureux de trouver de bonnes et nouvelles raisons de ne rien dire, surtout de ne rien faire et de ne pas changer les termes de l’économie et de la consommation.
Les nouveaux imprécateurs ont répété sur tous les tons, comme leurs semblables américains auprès desquels ils puisent leur inspiration sponsorisée par les lobbies industriels, que se préoccuper de l’écologie revenait à s’opposer à la science, au modernisme et à la nécessaire marche du monde vers le progrès. Avec les mêmes arguments que les scientistes de la fin du XIX éme siécle. Une antienne reprise depuis des années par Jacques Attali mettant son aura de premier de la classe au service de ce nouveau « négationnisme » depuis qu’il a réclamé au président de la République la suppression de la constitution du « Principe de Précaution ». Un président qui a relayé cette offensive avec sa célèbre affirmation devant les agriculteurs : « L’environnement, cela suffit » ou en renvoyant aux écologistes partisans d’une sortie progressive du nucléaire le spectre d’une société s’éclairant à la bougie. Les parlementaires de droite, aux prises avec le mouvement associatif qui réclame au contraire de plus en plus de précautions, l’a suivi en détricotant patiemment le peu qui restait du Grenelle de l’Environnement. Sans susciter autre chose que des protestation polies de la gauche.
Tous font semblant de croire que l’écologie s’oppose à la science, alors qu’il s’agit évidemment du contraire. Tous font semblant de ne pas comprendre que les écologistes et les naturalistes se sont battus et se battent encore contre les bateleurs de l’écoloscepticisme pour améliorer notre vie quotidienne et notre santé ; tout en se préoccupant de la beauté et de la (bio)diversité du territoire et de la planète. Les écologistes refusent notre égoïsme de nantis.
Si toutes les préoccupations écologiques avaient disparu de la conscience des Français, comment expliquer qu’en dépit des obstacles, ils soient de plus en plus nombreux à se jeter sur leurs potagers et les jardin partagés tout comme sur les moyens, comme les AMAP, qui leur permettent, riche ou pauvres, de se nourrir autrement ? Comme s’ils réalisaient confusément que l’écologie était une nouvelle forme de la lutte des classes.
Mais dans les coulisses des pouvoirs et les cercles des prophètes de l’économie, les écolosceptiques veillent depuis des années pour railler toutes ces nouvelles aspirations. Il est grave qu’ils aient en partie réussi à pousser les politiques et une part de l’opinion publique à repousser les urgences écologiques à plus tard.

vendredi 27 janvier 2012

L'écologie selon Nicolas Sarkozy, de 2007 à 2012

Vendredi 27 janvier

En 2007, à l’orée de la campagne électorale, le Président de la République avait caressé les écologistes et les protecteurs de la nature dans le sens du poil en signant comme tous les autres candidats le pacte proposé par Nicolas Hulot. Et pensant avoir une fois pour toutes enrôlé le mouvement environnementaliste sous sa bannière, a organisé le désormais célèbre Grenelle de l’environnement. Ce fut pour lui l’occasion de se livrer à des proclamations écologistes qui surprirent ses auditeurs les plus sceptiques. Mais comme les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, il n’est pas inutile de les relire pour les comparer avec tout ce qu’il a déclaré par le suite, quand il a compris, lui et ses conseillers, que sa posture verte n’était qu’une poudre aux yeux ne rapportant pas de voix, comme l’a prouvé le patient détricotage des quelques mesures annoncées par les parlementaire de l’UMP auxquels cette tache avait été dévolue lors de plusieurs petits déjeunes élyséens.
Le 25 octobre 2007, clôturant les travaux du Grenelle de l’environnement avec une ode vibrante à l’écologie et au principe de précaution, le président de la République Nicolas Sarkozy déclarait : « Ma première pensée va à tous ceux qui ont œuvré pour la réussite de ce Grenelle de l’Environnement qui restera comme un moment important dans la prise de conscience par notre société qu’elle ne peut plus vivre dans le gaspillage, qu’elle ne peut plus négliger les conséquences sur l’avenir de la planète de sa façon de vivre, de produire, de consommer ». Il ajoutait devant les représentants de associations émus aux larmes et quasiment disposés à le nommer Vert d’honneur sous l’oeil réjoui de Jean-Louis Borloo, ministre d’Etat pour l’écologie réputé lui avoir montré son nouveau Chemin de Damas: « Les changements climatiques, nos concitoyens ne doivent pas les réduire à la fonte des neiges sur les pistes de ski. Les changements climatiques, ce sont plusieurs centaines de millions de réfugiés climatiques. Les changements climatiques, c’est une accélération des grandes catastrophes, des sécheresses, des inondations ou des cyclones. Les changements climatiques, ce sont des épidémies nouvelles. Les changements climatiques, ce sont des conflits exacerbés pour accéder à l’eau et à la nourriture». Enveloppé du brouillard vert qui esbaudissait les fidèles croyant écouter une adresse apocryphe de Nicolas Hulot, l’autre Nicolas rajouta une autre louche d’analyses et de promesses imaginées par son service de communication engluant méticuleusement le piège à voix installé lors de son élection quelques mois plus tôt.
« Et je voudrais revenir sur la question du principe de précaution. Proposer sa suppression au motif qu’il bride l’action repose sur une profonde incompréhension. Le principe de précaution n’est pas un principe d’inaction. Au contraire, c’est un principe d’action et d’expertise pour réduire l’incertitude. Le principe de précaution n’est pas un principe d’interdiction. Au contraire, c’est un principe de vigilance et de transparence. Il doit être interprété comme un principe de responsabilité ».
« Nous avons une nouvelle ambition, une ambition pour une agriculture plus durable. Et cela ne peut pas passer par l’épuisement des sols ou l’utilisation croissante des produits chimiques dangereux. Ce message, je le porterai dès le début de la présidence française de l’Union européenne, c'est-à-dire au second semestre 2008, à l’occasion d’un grand débat d’orientation sur les principes fondateurs de la politique agricole commune de 2013. Les débats du Grenelle ont montré que de grands progrès sont possibles pour développer une agriculture et une pêche de haute qualité environnementale ».
Le 6 mars 2010, c’est à dire quelques pressions du lobby agricole et de l’industrie chimique plus tard, en visitant le Salon de l’Agriculture, le Président de la République a expliqué aux ténors de la Fédération Nationale des Syndicats d’exploitants agricoles dirigée par les grands céréaliers « Je voudrais dire un mot de toutes ces questions d'environnement, parce que là aussi ça commence à bien faire. Je crois à une agriculture durable. Mais il faut que nous changions notre méthode de mise en œuvre des mesures environnementales en agriculture ».
Au début de 2011, à l’occasion de ses voeux, le ministre de l’Agriculture en a remis une couche dénuée de toute équivoque : « Il faudra adapter un certain nombre d'objectifs qui ne sont plus atteignables, une pause en matière de règles environnementales est nécessaire afin de ne pas freiner le redémarrage d'un secteur durement touché ». De quoi faire plaisir au président qui a expliqué au salon de l’agriculture du printemps suivant après la campagne d’affiches de France-Nature-Environnement sur les pollueurs : « Je ne laisserais pas insulter les agriculteurs, cette campagne est particulièrement déplacée, blessante et humiliantes ». Ensuite il a comparé le radicalisme des protecteurs de la nature au radicalisme des islamistes.
Le 7 juillet suivant, au cours d’une visite sur une plage bretonne envahie par les algues il a précisé sa pensée: « Opposer agriculture et environnement, ça n’a pas de sens, parce que les agriculteurs sont les premières victimes du non-respect des règles environnementales. Sur cette affaire d’algues vertes, il serait absurde de désigner des coupables, de montrer du doigt les agriculteurs qui font d’énormes progrès en la matière. Les agriculteurs ne sont pas coupables de choix économiques qui ont été faits il y a longtemps. Il y aura toujours les intégristes qui vont protester et on n’entend qu’eux. Plus c’est excessif, plus on leur donne la parole. »
Le 17 janvier dernier, le Président a remis le couvert au cours de ses « voeux au monde rural » en expliquant notamment aux agriculteurs rassemblés pour la cérémonie : « J’ai conscience que l’aspect tatillon de certains règlements administratifs vous insupportent. La préservation de l’environnement ce n’est pas empêcher quiconque de faire quoi que ce soit. Il faut absolument lever le pied de ce point de vue, notamment dans le domaine de la protection de l’eau ».
Ce jour là, Nicolas Sarkozy a complété son numéro d’anti-écolo qui depuis des mois flatte le lobby des chasseurs en regrettant que le Conseil d’Etat qui a exigé au mois de décembre que la chasse aux oies sauvages ne soit pas prolongée et qu’il ne fallait pas « priver les chasseurs d’un petit bonheur ». De quoi faire plaisir au candidat de Chasse Nature Pêche et Tradition, Frédéric Nihous qui, tout en poursuivant sa chasse aux signatures, a désormais ses entrées à l’Elysée. Au début du mois de janvier, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’écologie, a rendu visite à une fédération départementale de chasseurs pour expliquer à quel point son gouvernement se préoccupe de préserver cette espèce en voie de disparition. Normal, faut bien protéger un maximum de voix pour 2012. Ce qui l’est moins c’est que la ministre ait choisi de passer l’après midi avec la Fédération de l’Oise : laquelle est présidée par Guy Harlé d’Ophove ancien membre et élu du Front National au Conseil régional de Picardie. Un personnage qui se vante notamment dans son invitation d’ « éveiller les scolaires à la nature et de développer des actions de communication ». Ce dernier point n’est pas surprenant puisque ce personnage est responsable d’une boite de com, Marketing Publicité 2000, dont l’une des activités consiste à contribuer à améliorer l’image de la Fédération Nationale des chasseurs, lui-même étant le conseiller personnel de son président.
Nul n’a entendu, à chaque fois, la gauche s’élever contre les propos et les attitudes de la majorité, même lorsque le Président a évoqué « un cataclysme » à propos de la sortie du nucléaire retrouvant les outrances des années 70 et prophétisé le célèbre « retour à la bougie » et ajouté : « Il n'est pas le temps de revenir à l'époque du Moyen Age, des peurs moyenâgeuses où l'on se méfiait du progrès, où l'innovation et la recherche étaient comme frappées comme d'un procès en sorcellerie ».
Malheureusement, Eva Joly, la candidate en perte de vitesse annoncée dans les sondages, au risque de décrédibiliser les Verts pour la prochaine législature, n’a jamais trouvé ni les arguments ni la vigueur nécessaire pour fustiger tous les dénis de l’environnement accumulés par celui qui n’est pas encore candidat et qui devrait récidiver lors de la prochaine visite au Salon de l’agriculture.

mardi 20 décembre 2011

Quand les fruits et légumes cessent d'être produits en France ni Sarkozy ni Bayrou n'en parlent

MARDI 20 décembre

François Bayrou, Lou Ravi du Béarn, clame qu’il faut « acheter français » tandis que l’agité de l’Elysée lui réplique qu’il faut « produire français ». Les deux bons apôtres, comiques de la prochaine élection présidentielle, devraient nous expliquer pourquoi les grandes surfaces vendent des fruits ou des légumes en provenance de l’étranger alors qu’il ne serait pas compliqué de les faire pousser sur le territoire français si le pouvoir et la droite ne songeaient pas qu’à favoriser les grands céréaliers. Ce qui entraîne une réduction de plus en plus dramatique du nombre des agriculteurs français qui n’exercent plus leurs talents que dans 320 000 exploitations qui n’emploient plus que 3,5 % de la population active du pays, soit environ 1,8 millions de salariés. Une situation qui s’aggrave depuis une dizaine d’années. Chiffres officiels du ministère de l’agriculture, comme ceux qui suivent.
Au cours des dix dernières années, les surfaces françaises plantées en pêches et nectarines, ont diminué de 13, 7 %, ce qui explique probablement que la production française ne représente, au mieux, que 15 % de la production européenne et que la France ait importé en 2011, 116 000 tonnes de ces fruits. Pour les pommes, qui ne sont pas non plus un fruit tropical, pourquoi la France en a-t-elle importé en 2010, dernière année de référence, 117 000 tonnes des autres pays européens et 166 000 tonnes du reste du monde ? Peut-être parce que le verger français de pommiers a diminué de 8% au cours des 5 dernières années. La surface plantée en poiriers a chuté de 18% : donc la France importe des poires dont elle ne produit que 190 000 tonnes. Tout comme elle importe 12 000 tonnes de cerises ou ne produit que 15 % de sa consommation annuelle de raisins de tables.
A tout cela s’ajoute des kiwis de Nouvelle Zélande alors qu’ils poussent très bien dans le sud de la France et sur la côte atlantique, les oignons de Nouvelle Zélande, les 100 000 tonnes de fraises venant des 26 autres pays de l’Union européenne et les 92 000 autres tonnes arrivant d’encore plus loin, y compris d’Egypte, du Maroc et même de Californie. Sans oublier les pommes de terre chinoises, l’ail mexicain, les centaines de milliers de tonnes de tomates, de concombres, de courgettes, de poivrons poussés ailleurs alors que ces produits pourraient être cultivés en en France, si la FNSEA et le gouvernement ne favorisaient pas cette version souvent ignorée de la délocalisation, si de grandes sociétés ne gagnaient pas plus d’argent en important qu’en encourageant les productions françaises.
Et il faudrait aussi se demander quelles sont les motivations qui poussent à faire venir de l’agneau congelé de Nouvelle Zélande, du porc d’Irlande, du veau d’Italie et 40 000 tonnes par an (grâce à un accord) de viande de boeuf des Etats Unis.
Il parait que la France est un grand pays agricole....
Combien de milliers de tonnes de gaz à effet de serre gaspillée ?
Combien d’emplois détruits ?
Pensons-y en faisant les courses de Noël et les autres...

mardi 13 décembre 2011

Durban, le climat en surchauffe, la planète abandonnée, les politiques soulagés et la CIA inquiète

Mardi 13 décembre

Depuis la semaine dernière, le refroidissement de la planète est officiellement reporté à 2015 ou 2020. Dates auxquelles, peut-être, on recommencera à négocier pour fixer une nouvelle date et une nouvelle réunion. Si la situation n’était pas aussi grave, on pourrait parler, de conférence en conférence, d’un comique de répétition qui s’accélère. En attendant, l’année prochaine, le grand cirque du réchauffement se retrouvera au Qatar. Ce pays du golfe, généralement seulement connu pour son gaz, son pétrole et sa chaîne d’information en continu, Al Jazeera, compte 1 700 000 habitants répartis sur 11 500 kilomètres carrés. On sait moins qu’il n’y existe aucun parti politique. Particularité qui a sans doute poussé les Nations Unies, toujours à la recherche de paradoxes humoristiques, à y tenir sa prochaine conférence : le taux d’émission de gaz carbonique par habitant y est le plus élevé du monde. Enfoncé Cancun avec ses 150 hôtels dopés toute l’année à la climatisation. Il faut vraiment avoir l’esprit très mal tourné et cultiver une arabophobie très primaire pour penser que les Nations Unies ont fait le choix de l’argent rédempteur, celui avec lequel on gomme ses péchés. Comme la Fédération internationale de football qui y organisera la coupe du monde en 2022. L’un des avantages du Qatar, aux yeux des organisateurs fatigués de la contradiction portée par la société civile, c’est évidemment que les hôtels sont si chers et la police si efficace que les ONG ne seront pas nombreuses à faire le voyage. Elles se grandiraient, d’ailleurs, en décidant de boycotter ces réunions de professionnels de la farce climatique.
Ce choix, à la fois dérisoire et ridicule, illustre parfaitement la dérive de la soi-disant lutte contre le réchauffement climatique. Les scientifiques du GIEC, le Groupe International pour l’Etude du Climat peuvent bien accumuler les scénarios catastrophiques, le HCR signaler l’augmentation du nombre de réfugiés climatiques, les scientifiques américains accumuler les observations sur la disparition de la banquise estivale de l’arctique, les naturalistes envisager la disparition de centaines d’espèces animales moins connues que l’ours blanc en perdition, la sécheresse gagner aussi bien le Sahel que le Sud de l’Espagne ou le Texas américain, la majorité des pays estiment qu’il est de plus en plus urgent d’attendre. Et les autres (L’Europe par exemple) profitent de la moindre occasion offerte pour se lancer dans la surenchère hypocrite. Dernière illustration : le Canada, soucieux de complaire à son voisin américain et de continuer à exploiter les sables bitumineux de l’Alberta, vient d’annoncer qu’il retirait sa signature du Protocole de Kyoto. Immédiatement dénoncé par le Chine, le deuxième producteur mondial de gaz à effet de serre... qui n’a pas signé ce protocole. La soi-disant mobilisation contre le réchauffement climatique ressemble de plus en plus à un bal de faux-culs dont les « ir-responsables » se réjouissent ouvertement que les opinions publiques se tournent vers de nouvelles inquiétudes. Pas seulement aux Etats Unis où le principal candidat à l’investiture des Républicains, celui qui a expliqué que les Palestiniens n’existaient pas, a longuement raconté il y a quelques jours à ses auditeurs pâmés que le réchauffement climatique était une invention des communistes et des Nations Unies. En France, les Claude Allègre et autres anti-réchauffistes, complaisamment relayés par une partie de la presse et des scientifiques de pacotille, ont réussi à semer le doute dans l’opinion publique. Tout en offrant une merveilleuse occasion aux industriels et aux politiques d’oublier les menaces pesant sur l’évolution du climat. Sarkozy, Fillon, Hollande, Bayrou, Villepin, Morin, Mélenchon et les mini-candidats de l’extrême gauche, ont au moins un point commun : les modifications climatiques ne font pas partie de leurs préoccupations et de leurs discours.
Les uns et les autres, les anti-réchauffistes comme ceux qui pensent qu’il existe des questions plus importantes, devraient se demander pourquoi la CIA, après s’être peu intéressée à ces problèmes de climat a entrepris depuis quelques années de classifier le plupart des informations que ses agents recueillent sur les progrès des sécheresses, les conséquences des tempêtes, les mouvements de populations et (très importants pour les USA) la sécurisation des approvisionnements énergétiques pouvant être remis en cause par des événements climatiques. Ces secrets accumulés sont d’une telle ampleur et d’une telle importance qu’un très récent rapport du « Defence Science Board », une agence officielle américain, a demandé avec insistance que ces informations classées « secret défense » soient rapidement, au moins en partie, rendues publiques et partagés, en totalité, avec les parlementaires américains.
En attendant les Congrès s’amusent, les gouvernements temporisent et les négociateurs professionnels qui volent de conférences en conférences, prient pour garder leur boulot le plus longtemps possible. En quittant Durban, ils n’avaient aucune inquiétude sur la survie de leurs fonctions....

Durban, le clia

lundi 28 novembre 2011

Les mensonges nucléaires de Nicolas Sarkozy constituent une véritable forfaiture

Lundi 28 novembre

Une nouvelle fois, mais avec encore plus d’impudence, celle que confère l’habitude sur d’autres sujets, le président de la République a dit n’importe quoi sur le nucléaire et distribué des éléments de langage hallucinants aux copains et coquins de l’UMP qui les recrachent dans les médias et dans leurs circonscriptions en exagérant à l’envi. Je ne vais pas ici gâcher des mots pour réfuter une à une les âneries proférées depuis quelques jours à propos du modeste accord entre les Verts et le Parti socialiste promettant à l’arrêt, dans des délais mal précisés, 24 réacteurs (et non pas centrales) nucléaires du parc français lancé en en 1974 par le parti politique qui a progressivement enfanté l’UMP. Nous avons à nouveau entendu rabâcher les vieilles lunes sur l’indépendance énergétique de la France, sur le tragique destin des Français contraints de s’éclairer à la bougie, sur le refus supposé du progrès et de la technologie, sur une population promise au froid hivernal et sur des centaines de milliers d’emplois supprimés auxquels ne penseraient jamais les écologistes. Sauf qu’en ce lundi de novembre, le ministre du travail (qui devrait être rebaptisé ministre du chômage) a annoncé des résultats catastrophiques et que notre supposé perle industrielle, Areva, vient d’annoncer des milliers de suppressions d’emplois. Ce qui tendrait à prouver, perspective prometteuse, que la filière nucléaire a du plomb dans l’aile. En France et ailleurs
Cette fois Nicolas Sarkozy a lancé le bouchon tellement loin que même les éditorialistes plutôt modérés de province signalent avec une certaine commisération que le Président en fait vraiment beaucoup, sinon trop, dans l’outrance et les mensonges. Même Anne Lauvergeon, surnommée Atomic-Anne, a publiquement expliqué à Lyon que, peut-être, le chef de l’Etat et ses perroquets de l’UMP et de l’inévitable CGT pro nucléaire appelée à la rescousse, exagéraient pas mal.
Mais il ne faudrait pas croire que les malentendus (soyons indulgents...) entre les Verts et le PS soient vraiment la cause de ces avalanches de mensonges et de mauvaise foi.
L’offensive du président de la République a été préparée depuis la fin de l’été, le soin de lancer les première polémiques mensongères ayant échu à Henri Progrès, le Directeur général d’EDF miraculeusement invité à s’exprimer dans Le Parisien au lendemain d’un colloque, le 7 novembre, porteur de ses « mauvaises nouvelles » pour promettre la faillite à la France en cas de renoncement, même partiel, à la filière nucléaire. Nous nous trouvons donc en présence d’une superbe opération de communication montée par l’Elysée et les services du Premier ministre avec l’aide d’une agence spécialisée qui travaillait habituellement pour Areva. Muni d’un viatique de com' », ministres, députés et fonctionnaires serviles n’avaient plus qu’à servir la mauvaise soupe mitonnée en très haut lieu avec la participation de Patrick Buisson, l’un des porte-coton présidentiels. Le « meilleur », celui qui a fait ses classes comme directeur de Minute puis journaliste à Valeurs Actuelles.
Voici, à titre d’illustration, ce que déclarait il y a quelques jours, Franck Supplice, directeur de cabinet du ministre de l’Industrie Eric Besson dans une petite ville de province à propos de la réduction du nombre des centrales: « Que l’on massacre ce dernier avantage compétitif, c’est hallucinant, c’est un crime contre l’économie française, un crime contre la compétitivité du pays, contre des dizaines, de centaines de milliers d’emplois (...) Si la France abandonne son dernier (quel aveu !) son dernier avantage compétitif qu’est l’énergie, vu du reste de la planète, c’est que la France, 0,5 de la population mondiale, renonce volontairement à se développer ». Succès garanti auprès d’un parterre de petits patrons enthousiastes qui, comme le fonctionnaire sarkozien dans son discours, ne savait même pas faire la différence entre « centrale » et « réacteurs... La presse explique depuis quelques jours que « le nucléaire s’est invité dans la campagne » alors que c’est l’Elysée qui tente d’introduire une nouvelle peur dans la tête des Français
Reste à savoir si les ficelles de cette honteuse démagogie ne vont pas finir par se voir.

samedi 15 octobre 2011

Fukushima: au bout de sept mois, rien n'est réglé

Samedi 15 OCTOBRE

Le vieil adage « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles » ne s’applique évidemment pas à l’accident de Kukushima et à toutes ses suites. La rareté des informations disponibles, dans la presse française plus que dans la presse allemande, espagnole et anglaise, ne signifie pas que les Japonais soient tirés d’affaire, que la situation soit revenue à la normale. Mais dans un pays où les candidats socialistes au pouvoir ne savent pas si et quand la France doit sortir du nucléaire, dans un pays où le parti majoritaire s’agrippe à son choix énergétique, les médias partent souvent du principe, à l’exception du Monde, de Libération et du Courrier International, que les Français ne s’intéressent plus à la catastrophe japonaise à partir du moment où ils ne risquent pas d’en subir les retombées.
Pourtant, le suivi effectué par plusieurs journaux japonais, en dépit des réticences persistantes de la Tepco, (l’opérateur industriel) à donner des informations fiables, montre que l’accident n’est maîtrisé dans aucun des trois réacteurs entrés en fusion. Malgré la poursuite des injections d’eau de refroidissement, la température y varie de 300 à 500 °. Ce qui signifie que les techniciens ne peuvent pas approcher des réacteurs. En fait, depuis des mois, il ne se passe plus rien, les ingénieurs ne savent pas quoi faire, en dehors de l’arrosage, et nul ne sait si les réactions en cours ne vont pas durer des mois ou des années. Les réacteurs ont échappé aux hommes et une ou plusieurs explosions liés à la présence d’hydrogène peut survenir à n’importe quel moment.
Pour qu’une intervention soit possible, il faudrait que les trois cuves en fusion repassent sous la limite des 100°. En attendant, personne ne semble en mesure de dire si le magma (corium) de combustibles nucléaires et de métaux est resté dans les cuves où s’il s’est répandu sur le plancher de béton qu’il a peut-être percé. Ce qui impliquerait une dissémination de la radioactivité dans le sol et vers les nappes phréatiques. La situation des piscines de refroidissement du combustible usagé n’est guère meilleure bien que la température paraisse s’y stabiliser autour de 50° contre 80 ° auparavant. Mais comme les édifices qui abritent ces piscines sont en ruines et fortement contaminés, les barres de combustibles ne pourront pas être évacuées avant plusieurs années. A la merci d’un tremblement de terre qui jetterait à terre les bâtiments déjà ébranlés
En ce qui concerne les réacteurs, s’ils se stabilisent un jour à une température raisonnable, aucune technique n’est actuellement disponible pour les démanteler sans entraîner des dégagements supplémentaires de radioactivité dans l’atmosphère. Les spécialistes japonais et français les plus « optimistes » pensent qu’il faudra au moins une vingtaine d’années pour que soit envisagé un début de démantèlement. Opération qui ne pourrait être effectuée qu’après la construction et la mise en place d’un sarcophage de protection dont plus personne ne parle puisqu’il n’est plus question que d’une mince structure et plastique et en métal en cours de construction au dessus du bâtiment du réacteur N° 1. Il est vrai que le retard pris par la préparation (même pas la construction) de celui que Vinci et Bouygues ont promis de construire à Tchernobyl n’incite pas les ingénieurs à l’optimisme.
Pour mesurer l’étendue des dégâts et l’ampleur de la catastrophe, il faut savoir que la majeure partie des bâtiments et de la zone qui les entoure restent tellement contaminées qu’il est impossible d’y travailler, même avec des équipements aussi lourds que spéciaux. L’ensemble des installations émet donc en permanence, comme ce fut et est encore le cas à Tchernobyl, une radioactivité de 30 à 90 microsieverts par heure qui se répand dans les campagnes au gré de la météo. La plupart des cultures, qu’il s’agisse du riz, des légumes ou du fourrage destiné au bétail, sont donc de plus en plus contaminés jusqu’à une centaine de kilomètres de la centrale. Ce qui prive de revenus les agriculteurs et les éleveurs.
Au delà de la catastrophe économique qui affecte la zone plus ou moins contaminée qui s’étend régulièrement, reste la situation des réfugiés. Ceux qui ont fui le désastre du tsunami et ceux qui, bien que de plus en plus mal informés, s’efforcent d’échapper à la contamination. Faute de solution de relogement, beaucoup d’habitants sont restés sur place, y compris en désobéissant aux ordres d’ailleurs donnés assez mollement pas les autorités dépassés et évitant de distribuer des compteurs et des dosimètres de radioactivité. Beaucoup de ruraux sont restés sur place, beaucoup de paysans qui continuent à cultiver des légumes qu’ils sont les seuls à manger et à soigner des animaux dont ils ne peuvent plus vendre ni le lait ni la viande. Des dizaines de milliers de Japonais, y compris des enfants dont les écoles fonctionnent toujours, continuent de vivre dans les campagnes, les villages et les petits villes contaminés. Le gouvernement japonais et d’ailleurs incapable de fournir leur nombre ou le chiffre des personnes évacuées. Il est plus porté, avec l’aide de la Tepco et des syndicats agricoles, à organiser des opérations de communication tendant à prouver que la situation n’est pas si grave, à la centrale comme dans les provinces touchées, que le prétendent les anti-nucléaires japonais.
Avec une information pour l’instant encore inexpliquée : pourquoi, hors de la centrale Fukushima, 37 des 57 réacteurs japonais sont-ils toujours à l’arrêt ?

vendredi 14 octobre 2011

Climat:, la messe est dite, je n'irais pas à Durban en décembre prochain

Vendredi 14 octobre

A Kyoto, en 1997, bien que de nombreux journalistes et observateurs pouvaient déjà pressentir que la signature des Etats Unis et de ses vassaux ne seraient pas suivie d’une ratification, l’espoir de juguler des modifications climatiques encore contestées par beaucoup de politiques prenaient corps. Le Protocole de Kyoto, bien qu’entrée en vigueur seulement en 2005, avait pourtant figure de promesse, plus de 20 ans après la Conférence des Nations Unies sur l’environnement de Stockholm de 1972 ayant pour la première fois évoqué un dérèglement du climat lié aux activités humaines et cinq ans après le sommet de Rio qui avait relancé l’exigence de précaution alors que le GIEC travaillait aux mesures et aux preuves depuis 1988.
Après, il y eut, dans le désordre tellement les souvenirs se télescopent dans une médiocrité aussi grandissante que les l’outrecuidance des annonces gouvernementales diverses, Bali, les couloirs fiévreusement arpentés par Dominique Voynet à La Haye pour arracher quelques bribes de certitudes vite démenties, Genève, Copenhague où la mobilisation citoyenne fut inversement proportionnelle à la médiocrité des résultats liés aux attaques ignominieuses contre le GIEC lâchement endossées par les chefs d’Etat accourus pour faire de la communication et non pas pour sauver la planète. Un échec qui, nous promettaient les Obama, les Sarkozy et les autres, n’était que provisoire et serait compensé l’année suivante. A Cancun au Mexique. A l’écart d’un énorme village vacances pour gros américains dévoreurs d’énergies, symbole de tous les gaspillages énergétiques, la conférence mexicaine ayant soigneusement exilé les contestataires à 30 kilomètres, s’enlisa en faux semblants et mensonges, guidée par des négociateurs déboussolés et réfugiés dans un immense hôtel de luxe transformé en forteresse, symbole éclatant d’une planète courant à sa perte.
A peine la rencontre planétaire avortée, les voix des puissants impuissants et secrètement heureux de l’être, clamèrent qu’à Durban l’année suivante on allait voir ce qu’on allait voir pour ce qui serait la 17 éme conférence mondiale sur le climat.
A Panama où les négociateurs se sont réunis du premier au 7 octobre, la négociation climatique a sombré dans le coma politique alors que les prescriptions non respectées du Protocole de Kyoto expirent à la fin de l’année. La négociation climatique est sous perfusion et les plénipotentiaires s’exercent sans espoir à l’acharnement thérapeutique. Plus personne ne croit possible de bousculer l’égoïsme des uns et le cynisme des autres. A la grande joie des climatosceptiques de tous les pays, l’échec est annoncé en dépit des paroles pseudo-rassurantes des uns et de tous les autres. Le réchauffement climatique est désormais accepté, avec toutes ses conséquences sur les populations, la faune et la flore, comme une fatalité que nul ne peut remettre en cause. Même pas tous les peuples qui en sont et en seront victimes comme, par exemple, les Somaliens chassés de leurs terres par une terrible sécheresse.
Les plus grands pollueurs en gaz de serre jouent désormais à qui perd gagne, chacun espérant, pour satisfaire son opinion publique, que la conférence du mois de décembre permettra de désigner quelques coupables : les autres bien sur.
Alors, familier des couloirs de conférences depuis 1972, je n’irais pas à Durban. Parce que, cette fois, je ne crois plus à un sursaut, non pas de sagesse, mais au minimum d’instinct de survie.
C’est fini. Il nous faut nous débrouiller avec l’inéluctable désordre climatique annoncé en remerciant les scientifiques du GIEC qui auront tout fait pour nous alerter. Non pas avec des mots et des promesses mais avec des chiffres et des mesures. Comme celles qui annoncent la fin de la banquise arctique estivale pour 2016...

vendredi 19 août 2011

Chiffres et réflexion sur les causes de la soi-disant "crise" des fruits et légumes

VENDREDI 18 AOUT

Quelques faits et chiffres pour aider à la compréhension de la « crise » dont se plaignent les producteurs de fruits et légumes. Lesquels n’ont pas honte de les détruire alors que la Corne de l’Afrique vit une famine terrible.
La France continue à vivre dans l’illusion qu’elle est un grand pays agricole, alors qu’elle est surtout livrée à l’agrobusiness. Il est facile de constater que le pays s’éloigne rapidement de l’autosuffisance, les « marchés » et la grande distribution s’alliant pour faire semblant de baisser les coûts et pour faire disparaître les producteurs français.
S’agissant de la pêche, des nectarines et des brugnons, la production française a été de 348 000 tonnes en 2010 et les estimations du ministère de l’agriculture sont de 319 000 tonnes pour 2011. Bien loin du chiffre de la consommation.
Les importations en provenance de l’Union européenne ont été, en 2010, de 221 076 tonnes dont 105 000 d’Espagne en. Tonnage auquel il faut ajouter 115 754 tonnes, toujours selon les statistiques douanières, en provenance « du reste du monde », c’est à dire de très loin, y compris de Chine ou d’Egypte par exemple. Transport qui gaspille, comme les fruits en provenance du sud de l’Espagne (par camion) d’énormes quantités de gaz à effet de serre.
Au cours des cinq dernières années, la surface française plantée en pêchers, nectarines et brugnons a diminué de 11 %, ce qui est d’autant plus énorme que la réduction se poursuit. Ce qui n’empêche pas des producteurs français, notamment de grosses « coopératives », d’investir dans des plantations à l’étranger. Ce qui fait la fortune de la plate-forme Saint-Charles (privée) de fruits et légumes espagnoles et marocains qui se trouve à Perpignan.
Il est donc clair que la production française est déclinante et ne peut suffire à la demande qu’il s’agisse de fruits frais ou de fruits à mettre en conserve. Pourtant la consommation de fruits (toute catégories confondues) a baissé de 6% depuis 1999, ce qui, compte tenu de l’accroissement de la population, équivaut à un recul de 12 %.
Début d’explication : qu’il s’agisse des pêches espagnoles ou françaises (et de nombreux légumes), ces fruits cueillis la plupart du temps avant leur maturité, sont souvent immangeables et durs. Ce qui permet de les transporter sur des distances de plus en plus grandes. Les obtenteurs de nouvelles variétés travaillent sur leur résistance au transport, sur leur faculté à « mûrir » après cueillette, sur leur calibrage, sur le parfum dégagé sur les étals mais rarement sur le goût qui est considéré (comme pour les fraises, comme pour les pommes...) comme secondaire. Une tendance de plus en plus forte qui contribue à détourner les consommateurs qui se reportent en partie du des fruits en boite (il suffit d’observer les paniers des clients pour le constater) avec lesquels les « fabricants » vendent de l’eau sucrée qui contribue au progrès de l’obésité.
Pour se convaincre de la perversité du système il suffit de goûter les pommes actuellement en vente dans certaines grandes surfaces et de constater qu’elles viennent du Chili ou de Nouvelle Zélande. Comme les poires. Ou comme les haricots verts du Kenya et du Sénégal alors que ce légume est en pleine production en France !
La « crise » de la tomate constatée au cours du mois de juillet relève de la même aberration du système de production et de distribution puisqu’en 2010, les importations des pays en provenance de l’Union européenne a été de 219 000 tonnes, celles de l’Espagne à 130 000 tonnes, celles du Maroc à 262 000 tonnes et celles du « reste du monde » (y compris la Chine) à 497 000 tonnes ; a comparer avec la France qui n’aura produit que 5% (oui, vous avez bien lu CINQ) de ce qui est consommé en France, qu’il s’agisse du frais ou de la conserve ! Une production sous serres chauffées de 470 000 tonnes et sous serres froides de 82 000 tonnes. On ajoutera que les importations sont désormais aussi importantes en « hors saison » (la plaie de la consommation irresponsable !) que pendant la fin du printemps et l’été.
Ayant réussi à désorienter le consommateur, les agriculteurs (français et autres) et la grande distribution ont réussi à détourner une partie des consommateurs d’un légume-fruit devenu insipide. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que le tonnage de tomates auto-produites par ceux qui ont la chance d’avoir au moins quelques mètres carrés de terre, qui était déjà de 100 000 tonnes, approche désormais les 120 000 tonnes !
Toutes ces absurdités dont les producteurs (surtout les plus petits) et les consommateurs sont victimes sont essentiellement dues aux efforts de communication de la grande distribution qui a réussi à convaincre une partie de la population que l’on pouvait et devait consommer n’importe quoi à n’importe quelle période de l’année.
Pour retrouver la confiance des acheteurs il faudra aussi que les agriculteurs poussés à infliger plusieurs dizaines de traitements par an, sous l’influence des marchands de produits chimiques, changent de méthode. En France et ailleurs.

dimanche 7 août 2011

Fukushima, début août:, la catastrophe s'aggrave de jour en jour

Dimanche 7 août

Chronique d'une catastrophe en cours...

Comme annoncé, la situation à Fukushima et dans la région ne s’arrange pas et, à en juger par les derniers développements du délabrement des réacteurs accidentés, cet accident pourrait dépasser en gravité, dans le temps et dans l’espace, celui de Tchernobyl. Car non seulement les trois réacteurs restent pratiquement hors d’atteinte pour les ouvriers et les ingénieurs, mais trois des quatre piscines endommagées ne sont toujours pratiquement pas refroidies. Seule celle liée au réacteur numéro quatre est équipée depuis la fin du mois de juillet d’un système de refroidissement de secours qui « ne donne pas entièrement satisfaction ». Traduit en langage de profane cela signifie que cette piscine relâche toujours de la radioactivité dans l’air. Ce qui est évidemment le cas des carcasses des bâtiments et de réacteurs un, deux et trois. Donc, n’en déplaise aux « docteurs tant mieux » qui s’agitent aussi bien au Japon qu’en France chez Areva, la situation des rejets et des risques à venir reste exactement la même que le 13 mars dernier, quand la fusion a commencé. Un accident dont il faut quand même rappeler, car les partisans du nucléaire sont en train d’essayer de le faire oublier à l’opinion publique internationale, qu’il n’a pas été provoqué par le tsunami mais par l’arrêt automatique des réacteurs provoqué par le tremblement de terre. Il se trouve, les experts le savent mais ne le crient jamais sur les toits, que les conséquences de l’arrêt brutal d’un réacteur nucléaire, qu’elles qu’en soient les causes, sont toujours imprévisibles : cela peut fort bien se passer normalement ou au contraire déstabiliser définitivement un réacteur sans que les spécialistes sachent vraiment pourquoi.
Pour prendre la mesure de la radioactivité toujours relâchée dans l’atmosphère, il suffit de savoir que dans le réacteur numéro deux, par exemple, les instruments de contrôle que les techniciens ont réussi à glisser le 2 août prés du réacteur numéro deux n’ont pas pu fonctionner car la radioactivité était trop forte. Elle dépassait –d’un montant ignoré- la limite de 10 sieverts/heure (10 000 millisieverts). La veille, dans le réacteur numéro un, les ingénieurs qui voulaient commencer à étudier la mise en place d’un système de refroidissement de secours, ont du renoncer à s’approcher par ce que les instruments enregistraient une radioactivité de 5 sieverts/heure. Impossible donc, toujours, de travailler dans les bâtiments et aux abords des réacteurs : la norme pour un salarié du nucléaire, limite au delà de laquelle il court des risques est de 20 millisieverts/an. Ce qui situe largement, si l’on tient compte de la durée de l’exposition de référence, la radioactivité menaçant les ingénieurs japonais à un niveau au moins 10 000 fois supérieur à ce qui est acceptable sans être irrémédiablement et gravement contaminé.
Cette permanence de la radioactivité interdit donc, tout en polluant davantage chaque jour la région, toute intervention sur les trois réacteurs accidentés. Les techniciens ne peuvent strictement rien à faire, les premiers robots expérimentés pour les suppléer ont été paralysés par la force des radiations.
La « promesse » de la Tepco, l’opérateur privé en cause, et du gouvernement japonais de « maîtriser » la situation pour le début de l’année 2012 est donc en train de voler en éclats. En fait les réactions nucléaires se poursuivent et les techniciens de disposent d’aucun moyen pour les arrêter ou les diminuer. Ils n’ont strictement pas progressé depuis le lendemain de l’explosion des réacteurs et même la décontamination des centaines de milliers de tonnes d’eau contaminée est au point mort. Dans les conditions actuelles, la preuve est faite qu’un réacteur peut échapper durablement à toute tentative de contrôles et que les spécialistes ne peuvent que constater l’aggravation d’une situation de crise. Quant à l’autre « promesse », celle de construire rapidement un grand sarcophage par réacteur ou une énorme enceinte de confinement, elle est pour des mois, sinon des années irréalisables. Ce qui condamne une partie du Japon à subir une augmentation des contaminations, y compris par du plutonium.
D’où la nécessité de continuer à expliquer ce qui se passe à Fukushima pour que personne n’oublie l’ampleur de la catastrophe.

mardi 19 juillet 2011

Fukushima quatre mois aprés: la décontamination impossible

Mardi 19 juillet


Chaque jour les journaux japonais découvrent un nouveau problème insoluble lié à la catastrophe de Fukushima et aux rejets radioactifs des trois réacteurs toujours en fusion lente et de la piscine de stockage des barres d’uranium qui continuent à polluer le pays. La question qui agite actuellement le pays est simple : comment décontaminer des milliers de kilomètres carrés. La réponse est aussi simple : c’est impossible. Autre aspect des difficultés : il faudra encore au moins un an pour que les 100 ou 150 000 tonnes d’eau radioactives qui n’ont pas réussi à refroidir les réacteurs en fusion soient totalement neutralisées. Ce qui leur laisse largement le temps de s’infiltrer dans le sol et de s’écouler vers la mer où nul ne sait comment se propage ou bien s’accumule la radioactivité. Restera, autre problème, à trouver ce qu’il est possible de faire avec les boues hautement radioactives qui ont déjà été extraites des 10 % d’eaux traitées.
Sur des surfaces de plus en plus importantes, les eaux des rivières, des étangs, des lacs, les terres, les arbres sont plus ou moins contaminés, au hasard des vents, de la neige de la fin de l’hiver et évidemment de la pluie. Il va pleuvoir une partie de cette semaine et un vent d’environ 20 kilomètres heure va encore transporter une partie de la radioactivité non fixée vers d’autres villes et vers la capitale puisqu’il souffle du Nord-Est depuis plusieurs jours. A Tokyo, il est officiellement recommandé de ne pas donner l’eau du robinet aux jeunes enfants. Car les pollutions radioactives gagnent progressivement les nappes phréatiques qu’il est évidemment impossible de dépolluer.
En surface la pollution inégalement répartie mais dont il n’existe pour l’instant aucune carte, est riche en iode, en strontium, en plutonium et césium. Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les maladies à venir. Cette pollution touche également tous les animaux, y compris les oiseaux qui partent au loin. Elle concerne aussi les constructions, qu’il s’agisse d’habitations, d’écoles, de bâtiments industriels ou de fermes ; et de tout ce qu’elles contiennent Beaucoup de bétail a été abattu mais il a fallu arrêter l’incinération qui relâchait de la radioactivité dans l’air. Pour éliminer la contamination du sol, il faudrait au moins ôter une dizaine de centimètres d’épaisseur, éliminer la végétation et couper tous les arbres. Pour les bâtiments, quels qu’ils soient, ils doivent être détruits par des équipes soigneusement équipés et dotés de machines qui deviendront, comme à Tchernobyl, autant de (nouveaux) déchets nucléaires. Mais comme, éventuellement, pour les millions de tonnes de terre décapés, autre question à laquelle nul ne trouve la moindre réponse : où mettre ces monceaux de débris radioactifs ?
A Tchernobyl, la solution fut plus simplement résolue : l’Ukraine étant vaste et sa population relativement plus modeste, la zone contaminée a été sacrifiée. Tous les habitants ont été évacués et les déchets sécurisés (plus ou moins) sur place. Quand aux villages et à la grande ville de Pripiat abandonnés, leurs constructions restent sur place ; comme la centrale et ses quatre réacteurs. Pas question de démolir ce que le temps mettra à bas avant que les radioéléments cessent d’être dangereux, transformant une cité moderne de 50 000 habitants en une nouvelle Pompéi. Mais au Japon dont les 126 millions d’habitants s’entassent déjà sur 372 000 kilomètres carrés, l’espace est rare. Donc, impossible de laisser la zone contaminée se désertifier et impossible de trouver de grandes surface pour isoler des montagnes de terres et de déchets.
Le gouvernement parait s’orienter, malgré les protestations des militants anti-nucléaires de plus en plus nombreux, vers une décontamination superficielle qui lui permettrait de laisser revenir des habitants à leurs risques et péril mais sans autoriser l’élevage et l’agriculture...

mercredi 15 juin 2011

Nucléaire: URSS, USA, France, Japon, Chine...une longue histoire de secrets et de mensonges

Mercredi 15 JUIN


Après le refus massif du nucléaire exprimé par les Italiens, les responsables d’Areva se sont répandus dans les radios et les gazettes pour expliquer que cette décision populaire ne représentait pas un gros problème pour leur entreprise puisqu’ils n’avaient pas vraiment de projets avec l’Italie et qu’aucun contrat n’avait été signé. Il y a quelques mois, Areva se vantait pourtant partout de son projet de vendre quatre réacteurs EPR à l’Italie de Silvio Berlusconi et en avril 2010, le premier ministre italien et le président français avait organisé un accord sur le nucléaire entre EDF et son homologue italien Enel. Ce qui est surprenant dans cette histoire, n’était évidemment pas la frénésie de vente de l’industrie nucléaire français, mais le besoin compulsif de mensonge de ses responsables quand le scénario et la réalité leur échappent. Tout comme lorsqu’ils expliquent que l’Allemagne ayant décidé de confirmer la fin programmée de ses centrales « devra acheter de l’électricité nucléaire à la France comme elle le fait depuis longtemps ». Encore un gros mensonge que démentent les statistiques d’échanges énergétiques entre les deux pays : l’hiver dernier, c’est la France qui importait l’électricité allemande. Les menteries concernent tous les secteurs de l’activité d’Areva puisqu’elle a dissimulé, en France et en Finlande, le coût de ses réacteurs et leurs délais de construction.
L’examen de l’histoire de l’uranium, en France et dans le reste du monde, fait apparaître que le mensonge, la dissimulation et le secret sont consubstantiels au nucléaire. Comme une tare qui marque avec une telle force sa carte génétique que ses acteurs ne parviennent jamais à s’en débarrasser. Comme pour conjurer les dangers qu’ils nient depuis des décennies.
Dans l’Oural les Soviétiques ont dissimulé jusqu’au début des années 90 les conséquences de l’accident radioactif survenu en septembre 1957 prés de Kychtym. La région comporte d’ailleurs toujours des zones, notamment des lacs, vérolés par la radioactivité. Mais l’accès en est interdit et les habitants de la région qui acceptent de parler sont menacés par les autorités. De l’URSS à la Russie, le nucléaire ne change pas de nature.
En 1979, l’accident du réacteur N° 2 de Three Miles Island n’a jamais livré tous ses secrets et le pouvoir américain continue à dissimuler ses conséquences sanitaires, notamment une augmentation des cancers et de la mortalité infantile dans cette région. Et nul ne fit de publicité sur un rapport publié deux mois plus tôt par la Commission de Réglementation du nucléaire pointant les défauts ayant provoqué la catastrophe. Un travail de longue haleine qui avait inspiré le scénario du film « Le syndrome chinois » sorti quinze jours avant l’accident de Pennsylvanie sous les ricanements du lobby nucléaire et industriel...
Lors de l’accident de Tchernobyl, je tiens les détails de l’histoire de Mikhaïl Gorbatchev lui même, deux éminents académiciens convoqués d’urgence par le Bureau Politique, conseillèrent à la fois le plus grand secret et une distribution de vodka aux irradiés après avoir minimisé l’accident. Le lendemain, le président soviétique autorisa les journaux de son pays, notamment Ogoniok, à évoquer librement l’accident. Ce qui, sur place, fut assimilé à une trahison. Aujourd’hui dans la zone interdite de Tchernobyl, la plupart des ingénieurs affectés à la maintenance des réacteurs arrêtés nient les dangers et réclament le redémarrage des unités fermées. Le gène du secret et de la négation doit être contagieux : les responsables du consortium créé par Vinci et Bouygues pour construire le nouveau sarcophage, refusent toute information et que les journalistes rencontrent ses cadres.
Fin 1999, lors de la tempête qui mit à mal la centrale du Blayais, EDF décida de ne pas communiquer sur les circonstances de l’accident et sur l’accident majeur auquel les réacteurs avaient échappés. Ses responsables haussaient les épaules face aux questions. Il fallut qu’un responsable de l’Institut de Protection et de Sureté Nucléaire organise une fuite dont j’ai bénéficié pour que le Canard Enchaîné raconte dans le détail comment et pourquoi la centrale inondées avait frôlé la catastrophe.
Pour la plupart des incidents signalés sur les réacteurs français, EDF et Areva s’entendent pour minimiser, pour retarder l’information. Comme ni l’un ni l’autre n’avaient jamais accepté de communiquer sur les risques pris par les travailleurs intérimaires trop exposés. Il y a deux ans, voulant visiter la centrale de Dampierre en Burly pour les besoins d’un livre et d’un film, EDF me fit attendre 6 mois pour m’organiser une visite express au cours de laquelle il était interdit de prendre des photos et d’adresser la parole aux ingénieurs. Un « progrès » car pendant 6 ans, à la fin des années 70 et au début des années 80, j’ai été interdit (comme d’autres journalistes spécialisés) de visite dans les centrales françaises.
Les Chinois mentent sur les conditions sanitaires à l’intérieur et à l’extérieur de leurs centrales et y interdisent les études épidémiologiques. Comme les Indiens, les Ukrainiens et les Roumains et les Bulgares qui, après avoir maintenu le secret sur les deux réacteurs en piteux état de Kozlodouï, veulent désormais s’offrir une centrale russe.
Le dernier exemple tout chaud est évidemment celui de la Tepco, l’opérateur des six réacteurs en rade de Fukushima. Cette entreprise à dissimule pendant des années les incidents de ses réacteurs et a menti sur les causes de la catastrophe (le tremblement de terre et non pas le Tsunami). Avant d’oublier de signaler que les trois réacteurs sont entrés en fusion dés le premier jour et d’occulter l’intensité de la radioactivité dans et autour de la centrale, les conséquences sur les sacrifiés d’une lutte inégale contre l’accident qui se poursuit et sur l’étendue des contaminations dans la région, bien au delà de la zone d’évacuation et de la zone de confinement. Ils mentent maintenant en expliquant que la situation sera maîtrisée en janvier prochain avec l’aide de l’autre menteur pathologique, Areva.
Dernier menteur identifié : Nicolas Sarkozy en visite il y aune dizaine de jours dans la région de Cosne sur Loire, prés de la centrale de Belleville et expliquant à la presse locale attentive à recopier l’oracle : « Je ne veux pas détruire une filière qui crée de l’emploi, de la compétitivité et de l’indépendance énergétique et l’arrêt du nucléaire allemand offre un débouché à la France dans des conditions concurrentielles intéressantes ». Comprenne qui pourra mais les élus locaux ont applaudi ; les mêmes qui se battent dans la région contre les éoliennes. Je vous la fais courte, pour la liste des secrets et des mensonges qui s’accumulent depuis une bonne quarantaine d’année et aussi pour Sarkozy qui a finement remarqué : « on ne peut pas imaginer un tsunami en Bourgogne ». Rires gras...
Il semble y avoir dans l’expression industrielle et politique sur le nucléaire, comme la marque indélébile d’un gène du mensonge qui se transmet comme une maladie de plus en plus grave...Un seul remède à cette affection contagieuse: les Verts et un référendum.

lundi 6 juin 2011

Ours, rapaces, lynx ou loups: quand les chasseurs font la loi

lundi 6 juin


Avec l’annulation le 31 mai de la réintroduction dans le Béarn d’une femelle ours promise depuis des années, la faune sauvage vient de payer un nouveau tribut à la démagogie électorale. Dans cette zone des Pyrénées où ne survivent que deux mâles, l’espèce est donc promise à une disparition très rapide. Piteuse explication de la ministre de l’Ecologie, il s’agit de ne pas accroître les difficultés des éleveurs touchés par la sécheresse. Sauf que l’examen des cartes pluviométriques et de l’état des pâturages de montagne dans cette région montre que la situation des herbages est pratiquement normale. Une nouvelle fois, il s’agit de complaire au lobby des chasseurs et aux braillards de la FNSEA qui rêvent d’éliminer les quelques prédateurs survivant sur le territoire français. En oubliant qu’en 2010, chiffre communiqué par le ministère de l’écologie, 167 brebis ont été tuées (et remboursées aux bergers) par l’ours dans tout l’arc pyrénéen. Chiffre à rapprocher de deux autres : 600 000 brebis passent l’été dans les alpages des Pyrénées et dont prés de 30 000 sont mortes tuées par des chiens ou dans des accidents.
Il ne reste plus dans toutes les Pyrénées qu’une vingtaine d’ours discrètement pourchassés par les chasseurs qui ignorent volontairement la loi alors qu’il y a cinquante ans, il en restait environ 150. Empoisonnés, tués à coups de fusil ou chassés de leurs territoires par les équipements de sport d’hiver ou par l’ouverture de nouvelles pistes destinées à la sylviculture, ils ont peu à peu disparu. Aucun ministre de l’écologie, depuis les années 80 n’a réussi à obtenir que quelques dizaines de milliers d’hectares leurs soient réservés pour vivre en paix. Tout comme, à la fin des années 60, lorsque le parc national des Pyrénées fut créé, les aménageurs de la montagne et les associations de chasseurs avaient fait pression pour que les limites du parc n’englobent pas les espaces où vivaient encore de nombreux ours. Conséquence du manque de courage du législateur, le dernier ours brun aura disparu de France d’ici à une vingtaine d’années alors qu’il subsiste plus d’une centaine en Italie dans les Abruzzes ou en Espagne, animaux protégés à la fois par les pouvoirs publics et l’opinion publique. Sans compter les 700 loups italiens et les 2100 loups espagnols. Contre 180 à 200 en France.
Avec les autorisations données aux préfets de permettre aux bergers et aux chasseurs de tuer six loups en 2011, le pouvoir a également cédé à la tentation électorale alors que cet animal, venu d’Italie où il en reste plusieurs centaines, n’a tué l’année dernier qu’environ 2800 brebis (également remboursées). Par contre, selon les spécialistes et les associations d’éleveurs, le nombre des moutons tués par les chiens, errants ou fugitifs, dépasse 130 000 pour toute la France. Ce chiffre, même si l’on comprend que la vie des bergers ne soit pas facile et si l’on sait qu’ils sont en général sous-payés, relativise l’importance des dégâts commis par ce prédateur. Même remarque pour le lynx qui tente de survivre, malgré les tirs clandestins et les empoisonnements, dans le Jura et les Vosges où il a été réintroduit en 1983.
La France a de toute évidence des relations difficiles avec la nature sauvage comme l’a montré l’échec de l’année de la biodiversité et les récents tirs contre de grands rapaces dans les Alpes et le Sud de la France. La proportion d’oiseaux, les petits comme les grands, menacés de disparition sur le territoire métropolitain est de 26 % des 568 espèces répertoriées. Les chiffres viennent d’être communiqués par la Ligue pour la Protection des Oiseaux et le Muséum National d’Histoire Naturelle. Ces deux organismes rappellent dans le rapport publié que le chiffre mondial moyen est de 12 % et signalent des espèces emblématiques comme le milan royal sont systématiquement victimes d’appâts empoisonnés. En cause également : la poursuite d’un usage intensif des pesticides malgré les promesses du Grenelle de l’environnement et les drainages des zones humides pour y semer du maïs...qu’il faut arroser pour lutter contre la sécheresse. Ce qui a pour conséquence, dans de nombreuses régions, de diminuer le niveau des rivières où les céréaliers pompent souvent clandestinement de l’eau. Un ralentissement ou un tarissement du débit qui entraîne une forte mortalité des loutres, des castors et de tous les mammifères ou oiseaux inféodés à l’eau.
Pas une voix ne s’est élevée au parlement –sauf chez les Verts- pour protester contre les mesures anti-ours, anti-loups ou préjudiciables à l’avifaune. Le lobby des chasseurs fait la loi électorale. Dernière preuve : les 5 et 17 mai, à la demande de la Fédération des chasseurs, le Sénat et les députés, alors que le calendrier parlementaire est parait-il chargé, ont trouvé le temps de voter discrètement une proposition de loi sur « la modernisation du droit de chasse » qui revient à donner encore plus de droits aux chasseurs sur le milieu naturel et contre les autres usagers de la nature. Le score du scrutin laisse rêveur : 534 voix pour et 4 contre des dispositions qui remettent la vie sauvage.
Les animaux ne votent pas....