Qui êtes-vous ?

Ma photo
Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

vendredi 22 février 2013



 Farines animales pour saumons et autres poissons d'élevage: une bombe potentielle et des profits augmentés

Dommage que le saumon bio soit si cher...



           Les poissons d’élevage vont donc bénéficier à partir premier juin prochain de nouveaux menus à base de déchets de porcs et de volailles impropres à la consommation humaine mais broyés pour être transformés en farines.  Sont concernés les bars, les daurades, les cabillauds, les maigres ou les turbots. S’y ajoutent de nombreux poissons d’eau douce comme les carpes, les brochets, les sandres ou encore le panga vietnamien produit dans des conditions sanitaires et écologiques particulièrement déplorables bien qu’en vente sans problème en France. Ces élevages intensifs concernent aussi la truite et la plupart des espèces de crevettes produites à Madagascar, au Venezuela, au Vietnam, au Brésil, en Equateur ou en France. Evidemment il ne faut pas oublier le saumon dont l’élevage a été inventé en Norvège puis en Ecosse à partir du début des années 70 et donc la production vient de dépasser 1,5 millions de tonnes en 2012, essentiellement du saumon dit « d’Atlantique » bien qu’une partie en soit élevée sur le littoral pacifique du Chili. La commercialisation du saumon sauvage ne représente plus que 8% pour cette espèce. Pour une raison bien simple : il n’en reste presque plus !

            Les conditions d’élevage des poissons et des crustacés sont le plus souvent déplorables : surpeuplement des bassins d’élevage, gavage des crevettes et des poissons dont l’appétit est stimulé par un éclairage permanent qui les amène à grossir plus vite. Sans omettre l’utilisation de médicaments, notamment des antibiotiques épandus tous les jours, notamment dans les derniers mois de leur élevage. Ils sont  destinés à éviter la propagation de maladies liée à la densité des poissons et aux affections entrainées par la consommation de mauvaises farines de poissons. Lesquelles farines comprennent notamment le broyat des poissons et des crevettes morts dans les fermes aquacoles. Ces élevages au départ destinés à pallier la disparition de certaines espèces, organisent en fait un pillage des océans pour nourrir les poissons à l’engrais. Pratique qui appauvrit encore plus les eaux marines, puisque les farines de poissons se confectionnent souvent en ramassant n’importe quelles espèces de n’importe quelles tailles. Donc les élevages ne protègent pas de l’épuisement des ressources de la mer. L’illusion, en Norvège et ailleurs, est entretenue par les éleveurs qui omettent de citer le chiffre calculé par les scientifiques : il faut au minimum 3 à 4 kilogrammes de poisson pour « produire » un kilo de saumon ; et l’étude des statistiques norvégiennes montre que 80 % du poisson péché par les navires de ce pays en Atlantique Nord servent à alimenter les élevages où le saumon atteint sa taille adulte en 18 mois contre plusieurs années dans le milieu naturel et 36 mois dans un élevage labellisé bio.

            Les farines animales ne vont que changer le niveau des bénéfices : ceux des producteurs de saumons et autres poissons d’élevage et évidemment ceux de la déjà très célèbre maffia de la viande car ce produit est largement moins cher que la farine de poisson et ils ne savent plus quoi en faire. Quand aux effets sur les poissons et donc sur les consommateurs, mystère ! La question ne se pose pas. La décision européenne ne résulte d’aucune étude scientifique et ignore le principe de précaution et doit tout aux lobbies des récupérateurs de viande et des éleveurs qui les approvisionnent. 

             Donc, les poissons qui mangeaient du poisson, vont devoir adopter un nouveau régime alors que ni les ailes de poulet ni les côtelettes ne font partie de leur ordinaire marin. Tous les risques peuvent être d’autant plus envisagés que les résidus de médicaments des farines animales s’ajouteront à ceux des traitements appliqués dans les bassins d’aquaculture. Mais le ministre de l’Agriculture a expliqué en langue de bois de la Sarthe, qu’il ne s’agissait par de « farines animales » mais de «protéines » et donc que tout va bien. La ministre de l’écologie, pour une fois sortie de son silence sidéral a affirmé que « elle en pense le plus grand mal ». Mais, dans la plupart des médias, nul n’a ricané à la « cacophonie » gouvernementale! Au gouvernement et à droite on « regrette  cette « décision de l’Europe ». En oubliant, comme à chaque fois, que les décisions de l’Europe n’existent pas en tant que telle et que ce nouveau recours aux farines animales a été approuvé à l’unanimité par les 27 gouvernements européens. 

            Seul moyen d’échapper à cette dégradation pour les consommateurs : se tourner vers le poisson et le saumon bio. Depuis le mois d’août 2000, existe une certification bio avec un cahier des charges rigoureux. Il concerne la nourriture et les conditions d’élevage. Les farines  distribuées doivent être issues de poissons péchés selon les quotas légaux ou provenir de restes d’autres poissons destinés à la nourriture humaine. Elles ne peuvent pas faire l’objet d’un quelconque traitement chimique. En outre un tiers de l’alimentation des poissons concernés doit être d’origine végétale, nourriture dont sont exclues les plantes génétiquement modifiées. Les enclos doivent être installés dans des eaux, douces ou salées, ne contenant aucun résidu chimique et dont la température et la lumière doivent être proches des conditions naturelles. Autre différence entre les élevages classiques et les élevages bio : dans les bassins la densité en poissons doit être au moins deux fois inférieure. Caractéristique qui évite la propagation de maladies ; et donc tout traitement avec des antibiotiques, lesquels sont interdits par le cahier des charges permettant la labellisation AB ou européenne.

            Dans ces conditions la croissance des saumons, pour prendre l’exemple du poisson d’aquaculture le plus vendu dans le monde, est bien plus lente et ils ne sont prêts à être commercialisés qu’au bout de 36 mois contre 18 dans les élevages intensifs. Délai qui contribue, d’une part à diminuer la proportion de graisses dans leur chair et à leur assurer une très nette qualité organoleptique. Tout en préservant un environnement maritime  ou lacustre qui n’est plus pollué par les bassins d’élevage. Lorsque toutes ces conditions sont respectées et que la filière de fumage et de préparation écarte tous les traitements chimiques, ces poissons peuvent être labellisés.

            Prochaine étape en expérimentation aux Etats Unis et en Norvège : la mise au point de saumons, de bars et de daurade génétiquement modifiés pour manger n’importe quoi et grossir encore plus rapidement.

            Quant aux farines animales, il est prévu que dans « un délai raisonnable » elles pourront
être à nouveau servies à tous les animaux d’élevage…

vendredi  22 janvier 2013

Les farines animales pour saumons d'élevage: un scnada


     Les poissons d’élevage vont donc bénéficier à partir premier juin prochain de nouveaux menus à base de déchets de porcs et de volailles impropres à la consommation humaine mais broyés pour être transformés en farines.  Sont concernés les bars, les daurades, les cabillauds, les maigres ou les turbots. S’y ajoutent de nombreux poissons d’eau douce comme les carpes, les brochets, les sandres ou encore le panga vietnamien produit dans des conditions sanitaires et écologiques particulièrement déplorables bien qu’en vente sans problème en France. Ces élevages intensifs concernent aussi la truite et la plupart des espèces de crevettes produites à Madagascar, au Venezuela, au Vietnam, au Brésil, en Equateur ou en France. Evidemment il ne faut pas oublier le saumon dont l’élevage a été inventé en Norvège puis en Ecosse à partir du début des années 70 et donc la production vient de dépasser 1,5 millions de tonnes en 2012, essentiellement du saumon dit « d’Atlantique » bien qu’une partie en soit élevée sur le littoral pacifique du Chili. La commercialisation du saumon sauvage ne représente plus que 8% pour cette espèce. Pour une raison bien simple : il n’en reste presque plus !

            Les conditions d’élevage des poissons et des crustacés sont le plus souvent déplorables : surpeuplement des bassins d’élevage, gavage des crevettes et des poissons dont l’appétit est stimulé par un éclairage permanent qui les amène à grossir plus vite. Sans omettre l’utilisation de médicaments, notamment des antibiotiques épandus tous les jours, notamment dans les derniers mois de leur élevage. Ils sont  destinés à éviter la propagation de maladies liée à la densité des poissons et aux affections entrainées par la consommation de mauvaises farines de poissons. Lesquelles farines comprennent notamment le broyat des poissons et des crevettes morts dans les fermes aquacoles. Ces élevages au départ destinés à pallier la disparition de certaines espèces, organisent en fait un pillage des océans pour nourrir les poissons à l’engrais. Pratique qui appauvrit encore plus les eaux marines, puisque les farines de poissons se confectionnent souvent en ramassant n’importe quelles espèces de n’importe quelles tailles. Donc les élevages ne protègent pas de l’épuisement des ressources de la mer. L’illusion, en Norvège et ailleurs, est entretenue par les éleveurs qui omettent de citer le chiffre calculé par les scientifiques : il faut au minimum 3 à 4 kilogrammes de poisson pour « produire » un kilo de saumon ; et l’étude des statistiques norvégiennes montre que 80 % du poisson péché par les navires de ce pays en Atlantique Nord servent à alimenter les élevages où le saumon atteint sa taille adulte en 18 mois contre plusieurs années dans le milieu naturel et 36 mois dans un élevage labellisé bio.
           
             Les farines animales ne vont que changer le niveau des bénéfices : ceux des producteurs de saumons et autres poissons d’élevage et évidemment ceux de la déjà très célèbre maffia de la viande car ce produit est largement moins cher que la farine de poisson et ils ne savent plus quoi en faire. Quand aux effets sur les poissons et donc sur les consommateurs, mystère ! La question ne se pose pas. La décision européenne ne résulte d’aucune étude scientifique et ignore le principe de précaution et doit tout aux lobbies des récupérateurs de viande et des éleveurs qui les approvisionnent. 

             Donc, les poissons qui mangeaient du poisson, vont devoir adopter un nouveau régime alors que ni les ailes de poulet ni les côtelettes ne font partie de leur ordinaire marin. Tous les risques peuvent être d’autant plus envisagés que les résidus de médicaments des farines animales s’ajouteront à ceux des traitements appliqués dans les bassins d’aquaculture. Mais le ministre de l’Agriculture a expliqué en langue de bois de la Sarthe, qu’il ne s’agissait par de « farines animales » mais de «protéines » et donc que tout va bien. La ministre de l’écologie, pour une fois sortie de son silence sidéral a affirmé que « elle en pense le plus grand mal ». Mais, dans la plupart des médias, nul n’a ricané à la « cacophonie » gouvernementale! Au gouvernement et à droite on « regrette » cette « décision de l’Europe ». En oubliant, comme à chaque fois, que les décisions de l’Europe n’existent pas en tant que telle et que ce nouveau recours aux farines animales a été approuvé à l’unanimité par les 27 gouvernements européens.

            Seul moyen d’échapper à cette dégradation pour les consommateurs : se tourner vers le poisson et le saumon bio. Depuis le mois d’août 2000, existe une certification bio avec un cahier des charges rigoureux. Il concerne la nourriture et les conditions d’élevage. Les farines  distribuées doivent être issues de poissons péchés selon les quotas légaux ou provenir de restes d’autres poissons destinés à la nourriture humaine. Elles ne peuvent pas faire l’objet d’un quelconque traitement chimique. En outre un tiers de l’alimentation des poissons concernés doit être d’origine végétale, nourriture dont sont exclues les plantes génétiquement modifiées. Les enclos doivent être installés dans des eaux, douces ou salées, ne contenant aucun résidu chimique et dont la température et la lumière doivent être proches des conditions naturelles. Autre différence entre les élevages classiques et les élevages bio : dans les bassins la densité en poissons doit être au moins deux fois inférieure. Caractéristique qui évite la propagation de maladies ; et donc tout traitement avec des antibiotiques, lesquels sont interdits par le cahier des charges permettant la labellisation AB ou européenne.

            Dans ces conditions la croissance des saumons, pour prendre l’exemple du poisson d’aquaculture le plus vendu dans le monde, est bien plus lente et ils ne sont prêts à être commercialisés qu’au bout de 36 mois contre 18 dans les élevages intensifs. Délai qui contribue, d’une part à diminuer la proportion de graisses dans leur chair et à leur assurer une très nette qualité organoleptique. Tout en préservant un environnement maritime  ou lacustre qui n’est plus pollué par les bassins d’élevage. Lorsque toutes ces conditions sont respectées et que la filière de fumage et de préparation écarte tous les traitements chimiques, ces poissons peuvent être labellisés.

            Prochaine étape en expérimentation aux Etats Unis et en Norvège : la mise au point de saumons, de bars et de daurade génétiquement modifiés pour manger n’importe quoi et grossir encore plus rapidement.

            Quant aux farines animales, il est prévu que dans « un délai raisonnable » elles pourront
être à nouveau servies à tous les animaux d’élevage…


vendredi 15 février 2013



 La viande de cheval, les surgelés et les mensonges de la bouffe industrialisée


Depuis quelques jours les citoyens français se prennent en pleine tronche la réalité des mystérieux circuits de l’alimentation alors qu’ils sont encore nombreux à se gargariser avec le passé et la réputation du repas à la française transformée en patrimoine immatériel de l’Unesco. Comme s’il était possible (d’être contraints) d’acheter chez Carrefour, Auchan, Intermarché, Findus, Picard ou tous les autres et de manger sain, bon et honnête. Alors, plus la gastronomie est faisandée par la mondialisation et l’industrialisation de l’agriculture comme de l’alimentation, plus les politiques et les personnalités se gargarisent avec cette gastronomie transformée en drapeau identitaire bien déchiré. Mais cette fois, le choc est rude. Et heureusement sanitairement probablement inoffensif.
En septembre 2011, toujours à la recherche d’une idée démagogiquement franchouillarde, Frédéric Lefebvre, alors secrétaire d’Etat au Commerce et à l’Artisanat, inventa la Fête de la gastronomie. Elle sera à nouveau célébrée en septembre 2013 puisque cette escroquerie morale qui donne la parole à quelques grands chefs médiatiques et aux industriels de la bouffe, a été reprise par Sylvia Pinel, également ministre au Commerce, à l’Artisanat et au tourisme. Mieux, la bonne parole de la malbouffe durera désormais trois jours à la fin septembre. Elle est patronnée et financée par des organismes aussi désintéressés que le Centre d’Etudes et de Documentation du Sucre dont l’objectif est d’en faire mettre le plus possible dans les desserts industriels, l’Association Nationale des Industries alimentaires dont l’un des membres éminents n’est autre que le Syndicat national des Fabricants de produits surgelés présidé…par le directeur général de Findus. Un mauvais cheval par les temps qui courent…
Autre partenaire de cette grande « fête » de l’esbroufe,  le Syndicat national de la Restauration publique dont l’affection pour les nouilles, les frites, le poisson pané et le hachis Parmentier est de notoriété publique. Il faudrait aussi mentionner le Syndicat national de l’Alimentation et de la restauration rapide dont les molles pizzas, les burgers et le sandwiches à la mayonnaise industrielle et aux salades fatiguées sont célèbres dans toute la France. Sans oublier Lesieur et ses huiles incertaines ou Elle et Vire, spécialiste  des beurres  moulés à la même louche industrielle que ses fromages. De sacrés parrains !
Tous sont actuellement en train de grimper aux créneaux médiatiques pour que, surtout, la bouffe industrielle sous toutes ses formes, ne sorte pas trop dévaluée aux yeux des consommateurs qui avaient encore des illusions. La grande distribution qui retire discrètement de ses bacs un grand nombre de plats préparés aux origines inconnues éprouve les mêmes craintes. Y compris l’angoisse née d’une dernière rumeur qui affole les services de communication : des raviolis, en boites et surgelés,  auraient été fourrés avec de la viande de porc sans que le consommateur puisse le savoir sur les étiquettes. Tout  simplement parce la viande broyée de cochon est encore moins chère (pour le fabricant) que celle de bœuf ou de cheval. Tout est fait pour ce scandale là n’éclate pas. Alors que nous venons d’apprendre que des saumons d’élevage seront désormais nourris avec de la farine de viande de porcs.
            Pour que la sauce médiatique de l’illusion gastronomique prenne tous les jours de l’année, il suffit de pimenter en permanence avec de la poudre de « Grands Chefs » autoproclamés. Ces escrocs qui, loin de leurs restaurants étoilés hors de prix, mitonnent des plats industriels,  souvent surgelés, assaisonnés d’un faux savoir-faire qu’ils vendent des fortunes. Ne reste plus ensuite qu’à corser le tout avec la marque France lancée le 30 dernier janvier par Sylvia Pinel pour faire passer la pilule. La malbouffe a donc désormais trouvé son ultime déguisement, elle doit être fran-çai-se !
            Voici donc la réalité de cette France gastronomique que l’on nous sert à toutes les sauces de la communication dans les gazettes, la radio et à la télévision et qui vient d’être brutalement ramenée à sa réalité. Histoire de faire oublier les saloperies vendues dans les grandes surfaces avec des noms chatoyant appuyés sur des labels mensongers, des références au « terroir » qui n’est qu’industriel ou patronnés en image avec des religieux  ou de « pères Mathieu » folkloriques. La banalisation des étiquettes dissimulant les mensonges permet, quatre exemples entre mille, de vendre du cassoulet avec 15% de viande, du hachis Parmentier surgelé avec 80 % de purée industrielle, du saumon aux pâtes avec 15 % de saumon et des yaourts « aux fruit » qui en contiennent entre 4 et 6% tout en étant aromatisé aux copeaux de bois. Comme certains vins.
            La viande roumaine introduite comme un cheval de Troie dans des tonnes de lasagnes, de merguez ou de chili con carne ne nous empoisonnera certainement pas, elle est simplement révélatrice d’une législation française et européenne laxiste et des voies extraordinaires empruntée par la bouffe afin de faire gagner plus d’argent à leurs fabricants. Comme pour les chips, y compris celles que leurs fabricants prétendent faites « à l’ancienne : les pommes de terre sont récoltées dans le nord de la France ou en Belgique, puis elles partent au Maroc pour se faire éplucher, gagnent ensuite la Turquie pour être finement tranchées avant de revenir en France pour être salées et mises en sachets. Voilà donc une chips française qui peut éventuellement être ensuite vendue au Maroc ou en Turquie une fois emballée. Pour les petits pois, on peut vous raconter le même parcours.
Pour faire du jambon garanti de Bayonne, il suffit de faire venir des carcasses de porcs élevés en batterie en Bretagne ou en Irlande et de les saler dans la région du bassin de l’Adour. Geste ultime  qui permet l’utilisation de l’Indication Géographique Protégée. Mais il est évident que le cochon industriel, breton ou autre, sert à aussi à fabriquer de la salaison garantie savoyarde ou auvergnate ; et 80 % de la charcuterie corse est également d’origine industrielle. L’astuce : que le fabricant qui a mis un peu  de sel ou de poivre puisse écrire sur l’étiquette « élaboré à » ou « élaboré en », sans autre mention d’origine. Regardez  bien les étiquettes : c’est européen, c’est légal. Cela marche pour la plupart des recettes industrielles d’alimentation. Et  également avec une partie des fromages produits dans une zone d’appellation protégée ou contrôlée avec des laits venus de loin ; et parfois en poudre. Quand au véritable Camembert de Normandie méritant l’appellation, il ne représente que 5 % du tonnage vendu chaque année. Pour les autres, les industriels jouent sur la forme ou sur l’ambigüité des étiquettes. Comme pour d’autres appellations célèbres arrivées directement d’usines qui, par exemple, ne sont même pas dans les Pyrénées.
            Il existe une autre réalité à laquelle les consommateurs sont quotidiennement confrontés dans les gargotes et restaurants qui leur proposent des « produits maisons » alors qu’ils ne servent, dans 80 % des cas, que ce qu’il est convenu d’appeler de la cuisine d’assemblage. Laquelle consiste à mélanger, avant passage au micro-onde, des sachets de viandes, de légumes et de sauces vendus congelés par l’industrie alimentaire. Il faut savoir que la législation permet ce genre d’escroquerie qui fait passer des vessies pour des lanternes et de la bouffe industrielle pour du mitonnage de chef. En effet, il suffit que le chef (disons l’assembleur) ajoute lui-même le sel, un peu de persil ou d’aromates pour que la « chose » devienne par miracle un plat maison. C’est la loi. Ainsi, la célèbre « crème brûlée maison » qui hante les cartes de restaurateurs n’est rien d’autre qu’une crème industrielle aux ingrédients inconnus que le restaurateur aura lui-même saupoudré de sucre pour organiser le brûlage en une minute de gril de four à micro-ondes...
            Bon appétit en dégustant vos propres plats et surtout pas les « plats faits comme à la maison » proposés par les industriels de l’alimentation tentant de jouer sur une mode qui commence à éloigner la clientèle qu’ils croyaient captive..
           

La viande de cheval, les surgelés et les arnaques de la bouffe industrielle



dimanche 16 décembre 2012

Bonne chance à Nicolas Hulot !!!

dimanche 16 décembre




            Comme j’adore que les militants du Front de gauche et quelques paléo-gauchistes enfermés dans leurs tours d’ivoire et leur vocabulaire ancien, me fassent la morale, je vais une fois de plus dire tout le bien que je pense de plus en plus de Nicolas Hulot, le nouvel ambassadeur-planète de François Hollande. Ceci alors qu’il y a quelques années je polémiquais avec lui par journaux interposés, écrivant notamment qu’il n’avait aucune culture politique. Il est en train de prouver le contraire.

            Ce qu’il a expliqué depuis quelques jours, notamment sur l’antenne de France inter mercredi matin pour justifier sa « mission », me semble largement plus passionnant que les contorsions et les palinodies des Verts qui, en s’agitant le cul sur au moins trois chaises, courent le risque de se casser définitivement la figure. Et de déconsidérer la réflexion et l’action écologiques.

            Quand on revient de Doha, que l’on y a été le témoin de la cécité de la plupart des délégations à la conférence climatique, quand on a pu mesurer la gravité de la schizophrénie dont ils sont tous plus ou moins atteints, quand on y a écouté la ministre de l’écologie Delphine Batho ânonner des fiches techniques auxquelles elle ne croit pas vraiment et dont surtout elle parait mal saisir la portée humaine et écologique, on se dit que le discours militant de Nicolas Hulot à la mérité de la clarté et surtout de la passion qui veut et peut convaincre. 

            Car son analyse n’est pas, elle, marquée par la schizophrénie des diplomates du climat : celle qui consiste à faire pleurer Margot sur les ravages du dérèglement climatique avant de refuser d’adopter la moindre mesure contraignante de sauvegarde de la planète. Parodiant la célèbre phrase des adversaires de l’abolition de la peine de mort au XIX ème siécle, « Que messieurs les assassins commencent », la plupart des pays, expliquent qu’ils accepteront de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre...quand les autres le feront. Mais nul ne se précipite vraiment pour faire, voire simplement pour financer, le premier pas de ceux qui n’ont pas les moyens de leurs angoisses...

            Ce n’est pas parce que Nicolas Hulot a découvert la terre en avion ou en hélicoptère à une époque où tout le monde se moquait des avertissements sur le réchauffement de la planète, ce n’est pas non plus parce qu’il a travaillé pour TF1, ni encore parce que sa Fondation a accepté des mécénats contestables quand on estime que l’argent a une odeur, qu’il n’est pas légitime. D’abord parce qu’il dit des choses passionnantes, parce que de toute évidence il y croit et enfin parce que tout individu a le droit de changer, d’évoluer, de trouver son chemin de Damas.

            Je ne sais pas si Nicolas Hulot réussira à convaincre les Grands de ce monde, d’être moins stupides, moins repliés sur les intérêts à court terme de leurs pays, mais je crois qu’il réussira au moins à repassionner les opinions publiques, à commencer par celle de la France, pour la cause de la planète. Comme lorsqu’il explique que la transition écologique représente aussi une transition sociale, qu’il est idiot et pervers d’opposer les risques grandissants du chômage et de la pauvreté à l’urgence de sauver notre environnement, de maintenir la biodiversité et d’écarter un jour la menace des catastrophes naturelles. Quant un pays choisit résolument, par exemple, de lancer d’immenses chantiers pour l’isolation, il crée des emplois, il réduit la fracture énergétique entre les citoyens et il contribue à la sauvegarde de la terre.

            Donc, Nicolas Hulot, écarté (peut-être pour son bien en fin de compte...) de la course à la présidentielle par les apparatchiks d’Europe-Ecologie-Les Verts manipulant des nouveaux adhérents et des gauchistes antédiluviens, peut être utile. A la fois aux socialistes empêtrés dans leur héritage productiviste et à la cause de ceux qui rêvent d’une authentique transition écologique débarrassée de projets aussi ringards que l’aéroport de Notre Dame des Landes et d’une énergie nucléaire qu’il a logiquement qualifier d’énergie du passé.

            Mais il y a du boulot...Et Hulot a eu raison de regretter à France Inter que personne ne descende dans la rue pour manifester contre l’immobilisme en matière de lutte contre les responsables du dérèglement climatique.

vendredi 7 décembre 2012

Fin en demie-teinte d'une conférence climatique trop virtuelle pour être honnête

Vendredi 7 décembre, 20 h, heure locale





            Jusqu’au bout les couloirs de la conférence climatique de Doha, ont bruissé de rumeurs et d’informations plus ou moins vérifiables. Ce n’est évidemment pas une première pour une conférence internationale de cette ampleur. Mais cette année, une grande nouveauté : les textes imprimés ont totalement disparu ! Les Nations Unies et les responsables Qataris ont formellement interdit toute distribution de communiqués, de textes et de brochures. Les délégations ou les (rares) ONG présentes qui avaient outrepassé cet ukase le premier jour ont été menacées de représailles voire de retrait de leurs accréditations.  Pierre Radanne, ancien directeur de l’Ademe et aujourd’hui responsable de l’agence Facteur 4 qui conseille de nombreux pays africains émergents, a ainsi été interpellé par deux policiers des Nations Unies parce qu’il glissait dans les boites à lettres des délégations une « note de décryptage » présentant en 90 pages les enjeux de Doha. Un document en anglais ou en français qu’il distribue depuis des années et est très apprécié par les scientifiques et des politiques du climat. Il a fallu l’intervention d’un haut responsable des Nations Unies pour qu’il soit exceptionnellement autorisé à distribuer une centaine d’exemplaire de son étude.

            Plus de papiers, donc, sur les tables, sur les comptoirs ou dans les présentoirs. Les prises de position, les discours, les communiqués, les explications, les lieux de réunion, les annonces de conférence de presse, les appels, les protestations ont disparu dans le gouffre insondable d’Internet. Explication avancée par les organisateurs : économie de papier. Inutile de leur rappeler que le papier est recyclable et que cette « économie » parait dérisoire dans l’énorme palais des congrès dont les milliers de mètres carrés sont en permanence climatisés. Manifestement les services de communication des Nations Unies sont enchantés par leur idée et râlent si on leur parle de Green Washing.

            Donc, pour les délégations, pour les participants, pour la presse, pour les représentants de la société civile, il ne reste plus que la rumeur ou d’erratiques messages Internet. Plus invérifiable que les papiers distribués et facilement censurable. Les responsables de l’ONU se récrient : « mais tout se trouve sur Internet ! Vous nous faites un procès moyenâgeux, il faut vivre avec notre temps ». Certes... Mais le moindre écrit, offert aux passants de cette agora climatique, avait ses chances d’être lu, de produire ses effets. Le discours du plus méconnu des chefs d’Etat ou de gouvernement pouvait, à tête reposée, intéresser, offrir une idée originale ou une solution. Les communiqués pouvaient faire réfléchir. Tous ces messages gisent désormais dans un puits sans fond dans lequel les recherches d’informations sont soit épuisantes, soit vouées à l’échec.

            Le fonctionnement d’une conférence sur le climat est donc devenu virtuel et les textes se croisent sur la Toile pratiquement sans se rencontrer. D’abord parce que personne ne sait vraiment où les trouver et aussi parce que nul ne sait à qui les envoyer. La COP 18, puisque tel est son nom, est à la fois sourde et quasiment muette. Penser qu’il puisse s’agir d’une bonne solution pour écarter toutes les opinions divergentes, relève évidemment de la mauvaise foi journaliste. Pourtant, depuis qu’ils sont arrivés ici, les journalistes et les participants naviguent dans le noir. Quand aux ONG, en dehors des grands noms associatifs « embedded » dans la grande machine onusienne qui les réduit au rôle de courroies de transmission des idées reçues et des pressions diplomatiques, elles sont également sourdes et muettes. Elles sont d’ailleurs fort peu nombreuses à Doha. Pour la première fois depuis Kyoto, la société civile est quasiment absente. Et les négociations sérieuses qui ont commencé lundi dernier et se sont peu à peu intensifié intensifier à partir de mardi avec l’arrivée des ministres et des chefs de gouvernement se sont déroulées à l’abri des regards et de la contestation. Non plus au rythme des textes qui circulent mais à celui des rumeurs. Et ces dernières sont encore nombreuses vendredi soir au moment où il semble apparaître que le Protocole de Kyoto sera prolongée, y compris avec l’Australie, mais que le Fonds Vert destiné à aider les pays les plus pauvres sera remis à plus tard...

            Il n’aura pas été question non plus, malgré les demandes pressantes des rares ONG présentes, d’évoquer longuement la très rapide fonte des glaces de l’Arctique qui a pourtant été confirmée il y a quelques jours par l’étude de 47 experts réunis par la NASA et le professeur Andrew Shepered de l’université anglaise de Leeds. Elle établi pourtant une relation entre cette fonte accélérée et l’occurrence d’ouragan comme celui qui a récemment ravagé New York et la Côte est des Etats Unis. Explication simple : les USA, la Canada et la Russie se réjouissent de l’ouverture, une grande partie de l’année désormais, du passage du Nord-Ouest pour leurs navires. Et pour leurs recherches pétrolières off shore dans les eaux glaciales de ces régions.

            L’Europe, pour sa part, n’a jamais pu ni s’exprimer d’une seule voix ni disposer d’une marge de discussion cette semaine, en raison de l’attitude de la Pologne qui a décidé de bloquer toutes les avancées possibles pour conserver le droit d’utiliser sans restriction ses réserves de charbon sans encourir la moindre sanction.

            Il n’aura pas été question d’évoquer publiquement  la reconnaissance par le HCR, le Haut Comité des Nations Unies pour les Réfugiés, la question des « réfugiés climatiques » déjà évalués à une cinquantaine de millions. Chiffre qui pourrait atteindre 300 millions au cours des vingt prochaines années affirment les experts du GIEC, le Groupement International pour l’Etude du Climat.

            Des experts qui, comme le Français Jean Jouzel arrivé ici dimanche, n’auront pas eu la possibilité de faire distribuer dans la Centre de conférence, leurs plus récentes analyses pour inciter à la société civile à faire pression sur les politiques. Sous couvert de « modernité » et d’écologie, la décision de l’ONU et du Qatar de supprimer le papier, s’apparente donc bien à une censure...

 




mercredi 5 décembre 2012

Mercredi 5 décembre, Doha, conférence climatique






            Au cours de leur premier point presse, mercredi 5 décembre,  Delphine Batho, Pascal Canfin et Serge Lepeltier, ambassadeur du Climat du gouvernement français se sont affirmés relativement optimistes sur les résultats de la réunion, alors que de la conférence se termine vendredi soir avec possible prolongation dans la nuit. C’est évidemment leur métier d’être confiants. Bien que ni la question du renouvellement du protocole de Kyoto, le seul outil contraignant pour les pays industrialisés, ni la question du Fond Vert destiné à aider les pays les plus pauvres et les plus vulnérables ne sont pas résolus. 

            En privé, des membres de la délégation française se montrent beaucoup moins optimistes, regrettant que tous les points soulevés dans les discussions se trouvent immédiatement englués dans d’autres discussions et des agendas qui consistent à renvoyer les solutions à d’autres conférences. Notamment à celle de 2015 qualifiée de définitive et décisionnelle par les deux ministres qui ont rappelé que la France était candidate à son organisation. L’Europe ne s’y opposant pas, la décision de principe pourrait être prise rapidement. Ce qui est certain, c’est qu’un tel événement à Paris permettrait de réunir plus d’associations environnementales. Lesquelles brillent par leur absence à Doha où la « manifestation » organisée il y a deux jours dans le centre ville a réuni quelques centaines de personnes.

            Le lieu français de cette réunion mondiale n’a pas encore été fixé mais un participant à ce point presse a suggéré que le bâtiment nécessaire à sa tenue pourrait avantageusement se substituer au  futur aéroport de Notre Dame des Landes. Un projet dont le sénateur vert Ronan Dantec, également présent à Doha, pense qu’il pourrait être reporté aux Calendes Grecques faute d’argent et de consensus : « à chaque fois que les Bretons se sont mobilisés en masse, le pouvoir a finalement reculé. François Mitterrand et Lionel Jospin en ont donné à plusieurs reprises l’exemple ».

            Au cours de ces explications  en petit comité, Pascal Canfin a également déclaré que la France donnait l’exemple en matière d’aide à la lutte climatique aux pays les plus pauvres : six milliards d’euros pour les énergies renouvelables. En prenant comme exemple le typhon qui est en train de ravager les Philippines il a  aussi ajouté: « devant les manifestations récentes du réchauffement de la planète, personne ne comprendrait qu’il ne se passe rien ici. Nous n’avons par le droit d’être pessimiste et il  nous faut agir ». Tout en précisant que la seule décision de l’Europe qui ne représente que 13% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ne serait pas suffisante et qu’il fallait que d’autres pays respectent leurs engagements. Pour sa part, la ministre de l’écologie, fidèle à son langage technocratique, a surtout évoqué le détail, souvent incompréhensible et éloigné des réalités, des négociations de marchands de tapis qui se déroulent depuis deux jours. Et Pascal Canfin a ajouté à propos des engagements de la France et de l’Europe: « le problème n’est pas d’être le premier de la classe mais d’augmenter le niveau moyen de la classe ».

            Il ne reste de cette rencontre qu’une seule certitude : la France renouvelle son engagement dans le Protocole de Kyoto, la ministre de l’écologie a été claire sur ce point. Mais la perspective d’une prochaine réunion en Pologne en 2013, le pays qui paralyse actuellement les décisions de l’Europe sur le climat, n’est pas plus encourageante que les réunions de Cancun et de Doha, deux villes donnant l’exemple d’un gaspillage énergétique insupportable quand on pense aux centaines de victimes de déplorent actuellement les Philippines.