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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

dimanche 7 août 2011

Fukushima, début août:, la catastrophe s'aggrave de jour en jour

Dimanche 7 août

Chronique d'une catastrophe en cours...

Comme annoncé, la situation à Fukushima et dans la région ne s’arrange pas et, à en juger par les derniers développements du délabrement des réacteurs accidentés, cet accident pourrait dépasser en gravité, dans le temps et dans l’espace, celui de Tchernobyl. Car non seulement les trois réacteurs restent pratiquement hors d’atteinte pour les ouvriers et les ingénieurs, mais trois des quatre piscines endommagées ne sont toujours pratiquement pas refroidies. Seule celle liée au réacteur numéro quatre est équipée depuis la fin du mois de juillet d’un système de refroidissement de secours qui « ne donne pas entièrement satisfaction ». Traduit en langage de profane cela signifie que cette piscine relâche toujours de la radioactivité dans l’air. Ce qui est évidemment le cas des carcasses des bâtiments et de réacteurs un, deux et trois. Donc, n’en déplaise aux « docteurs tant mieux » qui s’agitent aussi bien au Japon qu’en France chez Areva, la situation des rejets et des risques à venir reste exactement la même que le 13 mars dernier, quand la fusion a commencé. Un accident dont il faut quand même rappeler, car les partisans du nucléaire sont en train d’essayer de le faire oublier à l’opinion publique internationale, qu’il n’a pas été provoqué par le tsunami mais par l’arrêt automatique des réacteurs provoqué par le tremblement de terre. Il se trouve, les experts le savent mais ne le crient jamais sur les toits, que les conséquences de l’arrêt brutal d’un réacteur nucléaire, qu’elles qu’en soient les causes, sont toujours imprévisibles : cela peut fort bien se passer normalement ou au contraire déstabiliser définitivement un réacteur sans que les spécialistes sachent vraiment pourquoi.
Pour prendre la mesure de la radioactivité toujours relâchée dans l’atmosphère, il suffit de savoir que dans le réacteur numéro deux, par exemple, les instruments de contrôle que les techniciens ont réussi à glisser le 2 août prés du réacteur numéro deux n’ont pas pu fonctionner car la radioactivité était trop forte. Elle dépassait –d’un montant ignoré- la limite de 10 sieverts/heure (10 000 millisieverts). La veille, dans le réacteur numéro un, les ingénieurs qui voulaient commencer à étudier la mise en place d’un système de refroidissement de secours, ont du renoncer à s’approcher par ce que les instruments enregistraient une radioactivité de 5 sieverts/heure. Impossible donc, toujours, de travailler dans les bâtiments et aux abords des réacteurs : la norme pour un salarié du nucléaire, limite au delà de laquelle il court des risques est de 20 millisieverts/an. Ce qui situe largement, si l’on tient compte de la durée de l’exposition de référence, la radioactivité menaçant les ingénieurs japonais à un niveau au moins 10 000 fois supérieur à ce qui est acceptable sans être irrémédiablement et gravement contaminé.
Cette permanence de la radioactivité interdit donc, tout en polluant davantage chaque jour la région, toute intervention sur les trois réacteurs accidentés. Les techniciens ne peuvent strictement rien à faire, les premiers robots expérimentés pour les suppléer ont été paralysés par la force des radiations.
La « promesse » de la Tepco, l’opérateur privé en cause, et du gouvernement japonais de « maîtriser » la situation pour le début de l’année 2012 est donc en train de voler en éclats. En fait les réactions nucléaires se poursuivent et les techniciens de disposent d’aucun moyen pour les arrêter ou les diminuer. Ils n’ont strictement pas progressé depuis le lendemain de l’explosion des réacteurs et même la décontamination des centaines de milliers de tonnes d’eau contaminée est au point mort. Dans les conditions actuelles, la preuve est faite qu’un réacteur peut échapper durablement à toute tentative de contrôles et que les spécialistes ne peuvent que constater l’aggravation d’une situation de crise. Quant à l’autre « promesse », celle de construire rapidement un grand sarcophage par réacteur ou une énorme enceinte de confinement, elle est pour des mois, sinon des années irréalisables. Ce qui condamne une partie du Japon à subir une augmentation des contaminations, y compris par du plutonium.
D’où la nécessité de continuer à expliquer ce qui se passe à Fukushima pour que personne n’oublie l’ampleur de la catastrophe.

7 commentaires:

prestant a dit…

Refroidissement des piscines de combustible:

- depuis 17h21 le 31 Mars pour la #2,
- depuis 17h46 le 30 Juin pour la #3,
- depuis 0h44 le 31 Juillet pour la #4.

Non à la censure.

Anonyme a dit…

Bonjour, assez d'accord sur le fond de l'article mais moins avec le "traitement" de certaines infos techniques ; Ainsi par exemple l'arrêt dit "d'urgence" encore appelé "procédure SCRAM" sur les réacteurs du type de ceux de Fukushima est une procédure relativement fréquente qui est assez bien maîtrisée et ne débouche en aucun cas à elle seule sur un comportement "imprévisible" des installations.

Dans le cas précis de l'accident de Fukushima, on ne peut certifier à 100% que le séisme seul aurait suffi à engendrer un accident grave, les informations sont assez discordantes mais une chose est sûre : D'après des témoignages de première main, le site était déjà assez gravement endommagé avant l'arrivée du tsunami, environ 1 heure après le séisme.

Les piscines sont, quant à elles, toujours "refroidies" par un système d'arrosage qui maintient tant bien que mal le niveau maximum et évite donc toute radiation vers l'extérieur, l'eau "piégeant" la quasi-totalité des radio-éléments. Tant que le niveau est maintenu et la température assez loin du point d'ébullition - ce qui est le cas depuis quelques temps suite à la mise en place de circuits de secours fixe sur les piscines n°.2 à 4 - ; Ces piscines n'émettent donc à priori plus de radioéléments sous forme gazeuse ni solide en direction de l'atmosphère. Il ne reste donc plus que le cas de la piscine n°. 1 très difficile d'accès du fait d'une radioactivité intense dans le bâtiment réacteur.

En ce qui concerne les fuites éventuelles sous forme liquide, c'est un autre problème et il est vraisemblable qu'une partie de l'eau "d'arrosage" se retrouve au mieux piégée dans les sous-sols et au pire dans la roche donc à plus ou moins long terme insérée dans une nappe d'eau douce ou salée...

Quant aux réactions nucléaires, elles ne se "poursuivent" pas à proprement parler ; Il n'y a plus typiquement de "réaction" car les 2 cuves de chaque "réacteur" sont endommagées et il est fort probable que le combustible fondu (le corium) continue encore, à ce jour, de vivre sa vie propre en un lieu et dans des conditions qui restent très imprécises. C'est cela le vrai danger !

Julien a dit…

je suis atristé, vraiment !

julien a dit…

merci de parler du sujet, car le Japon est déjà bien oublié des grands médias, alors que rien n'est réglé !

Anonyme a dit…

c'est vraiment qu'un lobby nucléaire soit assez puissant pour empêcher toute remise en cause sur son programme ,on est plus en democratie

Guillaume a dit…

Je m'en remet à vous puisque le sujet tombe à pic... Comment faire pour remplacer le nucléaire? Comment donner autant d'énergie? Pour ma part, même si la catastrophe s'aggrave, je ne vois pas ce qu'on peut faire d'une part (c'est bien dommage) et que pourra-t-on faire d'autre part. En espérant que le tenancier du blog me réponde car ses articles sont intéréssants

Blog de Claude-Marie Vadrot a dit…

La réponse du tenancier du blog ne peut pas être simple. Il existe plusieurs pistes étant bien entendu que, en France, il ne peut pas être question de se passer du nucléaire du jour au lendemain.
- L'expérience que vivent les Japonais qui comptent une vingtaine de réacteurs à l'arrêt montre que le premier gisement d'énergie, ce sont les économies du flux énergétiques. Ils ont réduit les pubs, les éclairages publics et tous les gaspillages et continuent de vivre normalement. Les économies d'énergie, en France, diminueraient (sans changement de vie) la consommation de 30 %
- Ensuite, il y a l'éolien, le solaire, la géothermie, le bois et la force des courants marins. Il faut donc orienter la recherche vers ces énergies propres et renouvelables.

CMV