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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.
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lundi 14 décembre 2009

les hommes en gris vendent la terre au plus offrant et méprisent les manifestants de Copenhague

Lundi 14 décembre

Aprés la manifestation...


En juin 1972, à la conférence de Stockholm des Nations Unies sur l’environnement, quand pour la première fois des milliers d’écologistes et de hippies ont défilé et revendiqué avec les représentants des Peuples Premiers, les indiens, les Lapons, les Inuits ou les Aborigènes d’Australie, ils ne trouvèrent que quelques policiers débonnaires pour les empêcher gentiment de rentrer dans les bâtiments officiels. Et le patron de la Conférence, le Canadien Maurice Strong s’était avancé sur le haut de l’escalier, avait demandé un micro et il s’était directement et amicalement adressé aux manifestants réclamant des décisions plus énergiques pour sauver la planète de la pollution, des destructions, de la déforestation, du massacre de la nature et déjà du réchauffement climatique. Ils avaient discuté avec acharnement, échangé vivement mais en restant sur la même planète. Je me souviens même que, dans un geste peut-être machinal, il avait fini par lever le poing pour répondre à l’ovation des manifestants. Plusieurs ministres et négociateurs de petits et grands pays l’avaient rejoint et s’étaient également adressés à la foule. A l’intérieur, les travaux avaient été suspendus pour que tous puissent venir accueillir un cortége bigarré aux premiers rangs desquels figurait comme aujourd’hui des Africains, des Indiens et des Lapons : un esprit, association du développement, du social et de l’écologie qui a fait un retour remarqué samedi, toutes les revendications, y compris celles des peuples exploités, étant à nouveau confondues comme en ce début des années 70 où la conférence inventait un slogan : « l’écologie, c’est de la politique ».
Autres temps, autres moeurs dans les rues de Copenhague. D’abord, pour encadrer 80 000 manifestants, prés de 10 000 policiers armés jusqu’aux dents et habillés, comme partout, comme des figurants pour un mauvais film de science-fiction. Il y en avait même devant le seul Mac Do du parcours. Impossible d’approcher du Centre de conférence isolé par plusieurs kilomètres de grillages mis en place dans la nuit. La scène devant laquelle se sont succédés les orateurs et arrêtés les manifestants était exilé à 600 mètres du Bella Center où les experts, les diplomates et déjà quelques ministres ne se sont même pas arrêtés d’évaluer les virgules du mauvais texte dont il disent tous, sauf les Etats Unis et la Chine, que c’est la plus mauvaise des conclusions possibles à la bataille diplomatique qui se poursuit en coulisse. Ils ont vaguement regardé la télé, comme on contemple le spectacle d’une autre planète, mais alors qu’ils auraient parfaitement pu le faire, même discrètement, par l’avenue désertifiée par la police, ils se sont jamais « venus voir ».
Mais surtout, l’incroyable, l’insupportable, ces hommes en gris qui nous servent tous les jours de grises, ternes et ratiocinantes conférences, ne sont venus tenter d’expliquer et de s’expliquer devant les manifestants. En dehors d’Yvo Boer, le Néerlandais secrétaire exécutif de la Convention climat, venu débiter rapidement et sans sourire ses platitudes habituelles mais renforcés à la langue de bois durable. Pas de mouvement, pas de sortie en masse pour dire, comme le fit Maurice Strong à Stockholm, que les politiques comprennent leurs inquiétudes, voire que rien n’est simple ou que les égoïsmes nationaux dominent les débats. Rien. Pas de regard vraiment intéressé pour cette population, pour ce peuple de jeunes enthousiastes et sincèrement angoissés. Pas même un communiqué pour remercier ces pèlerins du climat d’être venus de loin. Rien qu’un mépris glacé ou la peur d’affronter des jeunes aussi « étranges » vivant dans un autre monde.
Il y a eu par le passé des conférences où les officiels, malgré leurs différents, tentaient vraiment d’esquisser un dialogue, même rugueux. Ainsi à Seattle, au sommet de l’OMC coulé par la contestation, malgré l’énormité de la pression de la foule, malgré les heurts, malgré les incidents, on vit Pascal Lamy, le patron de l’organisme et quelques autres, nouer une polémique avec ceux qui ne voulaient pas de son sommet. Propos vifs, mais échanges. Ce fut même encore un peu le cas à Johannesburg en 2002 ou des ministres s’empoignèrent dans des joutes sévères avec la piétaille de la société civile. Comme dix ans plus tôt à Rio de Janeiro. Mais cette annéee, c’est fini, on ne mélange plus les torchons et les serviettes.
Samedi, il ne s’est rien passé : « business as usual », plus exactement «business vert as usual ». Les politiques et surtout les technocrates du climat, la tête déjà dans le prochain sommet qui se déroulera à Mexico, la seule certitude du grand marchandage en cours, n’ont ni eu l’idée, ni eu l’envie de rencontrer la jeunesse et les représentants des peuples qui souffrent. Ceux qui leur disent : « pour la planète, cherchez pas, il n’y a pas de Plan B »