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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

lundi 9 novembre 2009

Et si la chute du mur concélébrée par les prêtres du libéralisme, c'était aussi le triomphe de la société de consommation ?

Lundi 9 novembre

Souvenirs journalistiques d’un voyage sur la route Berlin-Moscou en novembre 1989

Arrivé sur les premiers décombres du mur le 10 novembre 1989, et ayant été témoin, très jeune journaliste de la mise en place des premiers barbelés en août 1961, je m’apprêtais il y a 20 ans, à parler liberté, politique, répressions et idéologie avec la fantastique foule d’Allemands de l’Est et de Trabans fumantes qui fonçaient hors de Berlin par les route et l’autoroute. Les rescapés des trois millions de nouvelles « voitures du peuple » produites par l’Allemagne de l’Est comme autre fois les coccinelles inventés par le régime nazi ont vécu et se vendent aujourd’hui comme des objets de collection et de nostalgie. Et les Allemands de l’Est ne parlent guère plus politique qu’il y a 20 ans. Sauf pour exprimer plus ou moins de la nostalgie. Parce que, probablement, ils se remettent difficilement du choc culturel qu’ils ont vécu entre la société de consommation de l’Ouest et la société de relative pénurie de l’Est. Partant en voiture pour Moscou à travers les pays de l’Est je suis alors à une vingtaine de kilomètres de Berlin où le mur s’effrite depuis la veille.
Les Allemands venus de l’Est dans leurs voitures qui se traînent ou qui attendent le long de l’autoroute, capots levés et mines soucieuses: ils demandent, à commencer par ceux qui ont des Lada, le luxe de l’époque, combien valent les Pontiac ou les Chevrolet. Ils citent des marques que je ne connais même pas, tournent autour de ma R 21, demandent comment fonctionnent le tableau de bord électronique et les portes qui se ferment toutes seules. Aux questions politiques, ils répondent bagnoles, dollars et salaires. Des « policiers du peuple" en patrouille se joignent aux conversations. Le soir des centaines d’Allemands de l’Est s’agglutinaient devant la vitrine du concessionnaire Mercedes le plus proche du mur. Puis, ils achètent des bananes et boivent du coca-cola dont ils chargent leurs sacs ou leurs voitures de retour. A « Check Point Charlie », la seule entrée encore vraiment praticable, sur les tablettes où se déroulait quelques jours plus tôt le processus immuable du contrôle des visas, trônent les mêmes bouteilles de coca et des piles de magazines aux titres et aux pin-up agressives. Le passeport est vaguement examiné et les chiens policiers ont disparu, peut-être partis à la chasse... Sur une Traban qui revient « à la maison » flotte un drapeau américain qui fait rigoler un douanier. Depuis une immense tribune improvisée, les caméras et les photographes guettent la moindre « image symbolique ». Les plus nombreux sont allemands et américains. Ces derniers expliquent souvent avoir l’impression « d’avoir gagné la guerre »...Georges Bush père est au pouvoir depuis 10 mois.
Un seul vrai souci, au moins pour ceux qui ont gardé depuis des lustres des dollars ou de marks de l’Ouest, acheter, se procurer les produits dont, depuis des années, ils regardent discrètement les publicités à la télévision occidentale, lorsqu’ils peuvent ou osent la capter. Comme une rêve inaccessible. Quelques jours de folie, mais aussi de plaisir, à se plonger dans le temple de la consommation. Et j’ai toujours du mal à parler liberté, démocratie ou idéologies comparées.
Direction l’église Saint-Nicolas, le temple luthérien de Leipzig où depuis 1984 se déroule tous les lundis soirs une « prière pour la paix » qui réunit discrètement les contestataires du régime. A tout hasard, explique un jeune pasteur, nous continuons à prier car, dans le fond, rien n’est réglé ». Un jeune barbu, au sein du groupe formé autour de la voiture, complète l’explication : « Nous avons été patients et c’est une bonne raison pour ne pas faire et dire n’importe quoi maintenant. Il ne faut pas confondre avoir envie d’aller à l’Ouest et être comme ceux de l’Ouest. Nous avons notre dignité. Nous ne voulons pas devenir des cousins pauvres recueillis par charité ». La discussion explose, les opinions s’affrontent : Dieu, Lénine, le capitalisme et le socialisme sont appelés à la rescousse. Un prof de math tranche : « que vous le vouliez ou non, nous deviendrons une colonie américaine. Pourquoi pas si cela nous donne le droit de choisir nos responsables avec des élections libres, comme aux USA, moi, dés que ce sera possible, j’y pars ». Protestations. Devant le temple, le jeune pasteur constate amèrement qu’il est minoritaire.
En route pour ce qui est encore la Tchéco-Slovaquie. Avec deux auto-stoppeurs pris à la frontière. Un prof de math d’une quarantaine d’année, Milos et une infirmière, Anna. Quelques kilomètres plus loin, nous embarquons leur fille, Ira. Aux côtés de ses parents plutôt silencieux et inquiets, elle parle sans arrêt, ses vingt ans enthousiastes. Elle délire sur Paris et sur New York au cours de ce qui reste comme route vers Prague : « Nous allons gagner papa, rien ne sera plus jamais comme avant, je vais pouvoir voyager, finir mes études en France ou aux Etats Unis, Prague va devenir une belle ville, tous les gens intelligents vont pouvoir réussi sans adhérer à un parti, à chacun sa chance, maintenant ». Le père ne répond que par monosyllabes et finit par lâcher une longue phrase approuvée d’un hochement de tête par Anna : « Tu y perdras ton âme et nous aussi, un peu plus tard sans doute, il y a au moins autant de pauvres à l’Ouest qu’à l’Est et le paradis n’est ni socialiste ni capitaliste... ». Ira le coupe : « Comme il n’est pas socialiste, il est certainement capitaliste, tu oublies la réussite de nos amis qui ont réussi à partir... ». Anna la coupe gentiment : « Tu oublies tout ceux qui ne nous ont jamais donné de nouvelles ». Ira secoue la tête et montre la foule que nous avons rejoint dans les rues de Prague : « Regardez tous les deux, regardez ces gens, ils sont comme moi, ils rêvent déjà de leur liberté d’entreprendre, le rêve américain n’est pas le cauchemar qu’on nous a présenté ». La foule arborant des T-shirt en anglais, le chic du chic, nous sépare et porte les gens vers la Place Venceslas. où, tard dans la nuit, des milliers de jeunes déposent une bougie devant le lieu où Ian Pallach s’est immolé par le feu vingt ans plus tôt.
En Pologne. Les drapeaux rouges ont mystérieusement disparu. A Varsovie où le Zloty vient d’être une nouvelle fois dévalué, visite au journal de Solidarnosc où le vertige des transformations politiques en cours ne fascine pas tout le monde : « Nous plongeons dans l’inconnu, trop de nos compatriotes rêvent de l’Amérique ». Ils s’engueulent sur l’avenir déjà discernable dans les marchés sauvages où se vendent ce que l’un d’eux appelle les « mirages de l’Ouest ». Un journaliste conclut la conversation : « attention au totalitarisme de la victoire ». Un compagnon de Lech Walesa réplique : « des syndicats libres et fort comme aux USA, cela ne t’intéresse pas ? ». Il s’attire une réponse cinglante : « tu écoutes trop la Voix de l’Amérique, tu crois qu’ils nous soutiennent pour nos beaux yeux ? ».
A Vilnius, en Lituanie encore soviétique, le drapeau jaune du Vatican remplace la faucille et le marteau sur la maison des Pionniers où se tient le Congrès des Jeunesses catholiques, le premier depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Virgiliu Tchépaïtis, Secrétaire général de Sajudis, le mouvement indépendantiste créé quelques mois plus tôt explique : « Nous sommes à la veille d’un bouleversement, nous allons rejoindre l’Europe et, déjà tous les émigrés installés aux Etats Unis, annoncent leur retour. Ils nous aideront à construire une économie de concurrence et de libertés, même si nous gardons des liens avec l’URSS ». Tous les congressistes parlent du pape et de Georges Bush, leurs deux idoles. Vitautas Landsbergis, qui a fondé Sajudis et deviendra plus tard président, va de groupes en groupes, commentant à chaque fois ses rêves d’une économie de marché éliminant les pénuries et la pauvreté. A la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, la dernière pompe affiche « plus d’essence ». Sauf en dollars et au prix fort. Dans la banlieue de Brest-Litovsk, un fabuleux marché se tient dans la boue et la neige, offrant tous les produits de l’Occident parvenus par la Pologne.
Poursuite du voyage à travers l’URSS à l’entrée de laquelle la police des frontières ne demande qu’une seule « récompense » pour un passage sans formalité : une des barres chocolatés qui traîne sur mon tableau de bord sans prêter une attention particulière, autre que technique, à la voiture.
A Moscou, place Pouchkine, les travaux qui précédent l’ouverture du premier restaurant Mac Donald viennent de commencer. Il ouvrira le 30 janvier 1990 provoquant, je m’en souviens, une queue historique de plus d’un kilomètre...
Vingt ans après la vie moscovite est encore plus américanisée qu’à New York, les pauvres et les très riches y sont encore plus nombreux et la capitale de la Russie compte dix Mac Do et le pays entier prés de 200.
Gorbatchev ? Depuis 20 ans il reste pour la majorité des Russes devant lesquels on prononce son nom, le traître qui tenta de restreindre la vente de la vodka...

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Cela me fait penser à ces parties de jeux de société, où l'un des joueurs échafaude des plans alambiqués pour gagner le plus complètement possible la partie. Et soudain, le jeu bascule selon ses plans; il rafle toutes les bonnes positions, les gains s'accumulent.
...Et le jeu complet devient aussi soudainement insipide, inintéressant, écoeurant même, à force de n'être qu'une suite d'actions à sens unique et sans surprise, jusqu'à la ruine totale des adversaires.
J'espère que le capitalisme, qui a voulu une victoire si complète, va brutalement se dégouter de son propre fonctionnement. Peut être suffira t-il de stigmatiser, ridiculiser, ostraciser les porteurs de Rolex ? Les faire mourir sous une avalanche de nos rires méprisants ?
elhierro

Anonyme a dit…

merci pour intiresny Dieu

bric a dit…

Quelle(s) langue(s) parliez-vous, Claude-Marie, durant ce(s) périple(s) ? Aviez-vous des interprètes ? Je pré-suppose que l'anglais n'était que peu répandu.

Anonyme a dit…

Avec l'anglais, le Russe, l'espagnol et si nécessaire un interprêtre, un journaliste a toujours la possibilité de communiquer efficacement. De plus, cdétrompez vous, à c ette époque, le français était trés fréquemment parlé et compris, l'anglais aussi d'ailleurs.

Anonyme a dit…

Pardonx, je me suis trompé dans la signature ci-dessus

cmv

ling a dit…

je vous remercie pour ce partage d'un article de Nice.
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