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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

mercredi 3 mars 2010

L'argentine saisie par la corruption au plus haut niveau et par le retour de la crise


Février 2010

Saisie par la crise, les habitants de Buenos Aires inventent des "petits métiers" comme promeneur de chiens dans les beaux quartiers (photos cmv)

REPORTAGE

Tandis que le couple Kirchner – Cristina à la présidence et Nestor à la tête du parti péroniste – se débat face à une opposition parlementaire disparate mais majoritaire depuis quelques mois, les manifestations de protestation reprennent en Argentine et la viande, aliment sacré pour les Argentins, a augmenté de 35% ces dernières semaines. Une augmentation suivant la courbe de l'inflation qui pourrait dépasser 20% en 2010 après avoir atteint 8,3% eu cours des trois derniers mois de 2009.
L'Argentine semble reprise par tous les vieux démons à l'origine de la crise de 2000 et 2001, qui avait quasiment fait disparaître la monnaie nationale et amené des dizaines de milliers d'Argentins de la classe moyenne, soudain appauvris, sur les trottoirs de Buenos Aires où ils avaient rejoint les «anciens pauvres». Probablement l'un de mes souvenirs les plus poignants de reportage des dernières années que ces couples avec enfants jetés dans les rues et abrités de la pluie sous des bâches, après avoir tout perdu, réduits à une mendicité à laquelle rien ne les avait préparés. Nombreux sont ceux qui ne se sont pas encore remis de ce traumatisme et regardent avec angoisse les politiques se disputer le pouvoir, poursuivis par des rumeurs de corruption et d'incompétence: «Nous n'avons plus confiance en personne, explique Joachim, un ingénieur en informatique qui avoue avoir cru aux Kirchner, et je crains que si un militaire se présentait à nouveau la majorité de la population le laisserait faire. J'ai vécu en Europe il y a quelques années, je vais en France de temps en temps et je sais que tous vos partis acceptent plus ou moins le libéralisme, mais ici, en plus, personne n'est capable de dire qui est de gauche et qui est de droite. La version actuelle du péronisme est la plus conservatrice que nous ayons eue depuis 20 ans et le populisme peut nous conduire au pire car la présidente ne sait plus quoi faire pour flatter les plus bas instincts de la partie la plus défavorisée de la population, tout en menant une politique de droite qui ressemble à celle de votre président Sarkozy. Il ne le sait pas, mais c'est un vrai péroniste. J'espère que Carla n'imitera pas un jour Cristina qui vient d'expliquer à la télévision qu'elle mange du porc car sa viande est aphrodisiaque! Tout cela pour tenter de convaincre le peuple de manger du cochon au moment où le bœuf devient hors de prix. Notre pouvoir était sans cœur, il devient stupide.»

Cristina Kirchner, qui s'accroche aux prérogatives que lui donne le régime présidentiel, se bat quotidiennement contre des parlementaires qu'il lui faut débaucher un par un pour faire accepter ses veto; après avoir viré fin janvier le directeur de la Banque centrale “coupable” d'avoir refusé d'éponger les dettes du pays, notamment à l'extérieur, avec les quelques réserves monétaires qui subsistent dans le trésor public.
Quant à son mari, Nestor, il a bénéficié il y a quelques jours d'un répit politique grâce à une opération des artères carotides dont l'obstruction l'a mené au bord d'un accident vasculaire cérébral. La presse l'a laissé tranquille quelques jours après avoir révélé, début février, qu'à l'automne 2008, il avait discrètement acheté pour deux millions de dollars, à la veille d'une chute prévisible du cours du peso argentin. Une opération qui lui aurait rapporté 60.000 euros.
Après avoir nié cet achat à la baisse, le mari de la présidente – qui espère se représenter à la tête du pays en 2011 après l'avoir dirigé pendant deux mandats et laissé la place à Cristina – a admis la transaction. Pour sa défense il a expliqué qu'il ne s'agissait pas d'une spéculation mais d'une somme destinée à l'achat d'un hôtel de luxe pour sa famille dans le sud du pays. L'hôtel Patagonico, qui loue ses chambres de luxe de 220 à 420 euros la nuit et fait payer 5 euros la bouteille d'eau minérale importée des Alpes parce qu'elle est la marque préférée de la présidente. Alors qu'une chambre dans le centre de Buenos Aires vaut autour de 50 euros.
L'aveu de cet achat n'a pas désarmé les oppositions et a surtout choqué la majeure partie des Argentins dont le salaire moyen se situe autour de 600 euros. Le retentissement est d'autant plus important que cette affaire n'est pas la première et que le responsable du parti péroniste est soupçonné dans d'autres affaires de corruption et de pots-de-vin. Les électeurs qui ont refusé la majorité parlementaire au couple il y a quelques mois ne font pas dans le détail et soupçonnent, autre grand classique argentin, Cristina et Nestor de s'enrichir ensemble aux dépens du pays. Le directeur de la banque centrale limogé, Martin Redrado, a d'ailleurs promis de rendre publique une liste de toutes les personnalités (y compris hommes d'affaires) ayant acheté des dollars avant que le peso ne se déprécie. Mais des révélations sur son train de vie et sur ses méthodes de gestion du personnel de la banque semblent l'avoir ramené, au moins provisoirement, à la raison. Ce qui ne peut que conforter ceux des Argentins qui ne sont pas fascinés par le péronisme, dans l'idée que leurs dirigeants se préoccupent plus de leur avenir que de celui du pays.
Une enquête fiscale a permis d'établir que, depuis son arrivée en 2003, à la Maison Rose (le Palais présidentiel), le couple a accumulé des gains de change pour une valeur de 1.752.000 euros. Cadre dans une grande banque aux capitaux espagnols, Martin commente avec fatalisme: «Comme l'exemple vient d'en haut, tous ceux qui le peuvent, même avec quelques milliers de dollars, spéculent contre les intérêts du pays. Je le vois dans mon travail de contrôle des comptes, ce sont les gros agriculteurs, ceux qui vivent du soja et du maïs transgénique et quelques grands propriétaires de Fincas d'élevage qui exportent le plus d'argent vers l'étranger. Pas de risque que cela se sache car ce sont ces grands propriétaires, y compris ceux qui produisent du vin sur des centaines d'hectares dans la région de Mendoza, qui tiennent directement ou indirectement la presse écrite et une partie importante des chaînes privées de télévision. Le pays court à la catastrophe.»
• Tandis que le couple Kirchner – Cristina à la présidence et Nestor à la tête du parti péroniste – se débat face à une opposition parlementaire disparate mais majoritaire depuis quelques mois, les manifestations de protestation reprennent en Argentine et la viande, aliment sacré pour les Argentins, a augmenté de 35% ces dernières semaines. Une augmentation suivant la courbe de l'inflation qui pourrait dépasser 20% en 2010 après avoir atteint 8,3% eu cours des trois derniers mois de 2009.

L'Argentine semble reprise par tous les vieux démons à l'origine de la crise de 2000 et 2001, qui avait quasiment fait disparaître la monnaie nationale et amené des dizaines de milliers d'Argentins de la classe moyenne, soudain appauvris, sur les trottoirs de Buenos Aires où ils avaient rejoint les «anciens pauvres». Probablement l'un de mes souvenirs les plus poignants de reportage des dernières années que ces couples avec enfants jetés dans les rues et abrités de la pluie sous des bâches, après avoir tout perdu, réduits à une mendicité à laquelle rien ne les avait préparés. Nombreux sont ceux qui ne se sont pas encore remis de ce traumatisme et regardent avec angoisse les politiques se disputer le pouvoir, poursuivis par des rumeurs de corruption et d'incompétence: «Nous n'avons plus confiance en personne, explique Joachim, un ingénieur en informatique qui avoue avoir cru aux Kirchner, et je crains que si un militaire se présentait à nouveau la majorité de la population le laisserait faire. J'ai vécu en Europe il y a quelques années, je vais en France de temps en temps et je sais que tous vos partis acceptent plus ou moins le libéralisme, mais ici, en plus, personne n'est capable de dire qui est de gauche et qui est de droite. La version actuelle du péronisme est la plus conservatrice que nous ayons eue depuis 20 ans et le populisme peut nous conduire au pire car la présidente ne sait plus quoi faire pour flatter les plus bas instincts de la partie la plus défavorisée de la population, tout en menant une politique de droite qui ressemble à celle de votre président Sarkozy. Il ne le sait pas, mais c'est un vrai péroniste. J'espère que Carla n'imitera pas un jour Cristina qui vient d'expliquer à la télévision qu'elle mange du porc car sa viande est aphrodisiaque! Tout cela pour tenter de convaincre le peuple de manger du cochon au moment où le bœuf devient hors de prix. Notre pouvoir était sans cœur, il devient stupide.»

Cristina Kirchner, qui s'accroche aux prérogatives que lui donne le régime présidentiel, se bat quotidiennement contre des parlementaires qu'il lui faut débaucher un par un pour faire accepter ses veto; après avoir viré fin janvier le directeur de la Banque centrale “coupable” d'avoir refusé d'éponger les dettes du pays, notamment à l'extérieur, avec les quelques réserves monétaires qui subsistent dans le trésor public.
Quant à son mari, Nestor, il a bénéficié il y a quelques jours d'un répit politique grâce à une opération des artères carotides dont l'obstruction l'a mené au bord d'un accident vasculaire cérébral. La presse l'a laissé tranquille quelques jours après avoir révélé, début février, qu'à l'automne 2008, il avait discrètement acheté pour deux millions de dollars, à la veille d'une chute prévisible du cours du peso argentin. Une opération qui lui aurait rapporté 60.000 euros.
Après avoir nié cet achat à la baisse, le mari de la présidente – qui espère se représenter à la tête du pays en 2011 après l'avoir dirigé pendant deux mandats et laissé la place à Cristina – a admis la transaction. Pour sa défense il a expliqué qu'il ne s'agissait pas d'une spéculation mais d'une somme destinée à l'achat d'un hôtel de luxe pour sa famille dans le sud du pays. L'hôtel Patagonico, qui loue ses chambres de luxe de 220 à 420 euros la nuit et fait payer 5 euros la bouteille d'eau minérale importée des Alpes parce qu'elle est la marque préférée de la présidente. Alors qu'une chambre dans le centre de Buenos Aires vaut autour de 50 euros.
L'aveu de cet achat n'a pas désarmé les oppositions et a surtout choqué la majeure partie des Argentins dont le salaire moyen se situe autour de 600 euros. Le retentissement est d'autant plus important que cette affaire n'est pas la première et que le responsable du parti péroniste est soupçonné dans d'autres affaires de corruption et de pots-de-vin. Les électeurs qui ont refusé la majorité parlementaire au couple il y a quelques mois ne font pas dans le détail et soupçonnent, autre grand classique argentin, Cristina et Nestor de s'enrichir ensemble aux dépens du pays. Le directeur de la banque centrale limogé, Martin Redrado, a d'ailleurs promis de rendre publique une liste de toutes les personnalités (y compris hommes d'affaires) ayant acheté des dollars avant que le peso ne se déprécie. Mais des révélations sur son train de vie et sur ses méthodes de gestion du personnel de la banque semblent l'avoir ramené, au moins provisoirement, à la raison. Ce qui ne peut que conforter ceux des Argentins qui ne sont pas fascinés par le péronisme, dans l'idée que leurs dirigeants se préoccupent plus de leur avenir que de celui du pays.
Une enquête fiscale a permis d'établir que, depuis son arrivée en 2003, à la Maison Rose (le Palais présidentiel), le couple a accumulé des gains de change pour une valeur de 1.752.000 euros. Cadre dans une grande banque aux capitaux espagnols, Martin commente avec fatalisme: «Comme l'exemple vient d'en haut, tous ceux qui le peuvent, même avec quelques milliers de dollars, spéculent contre les intérêts du pays. Je le vois dans mon travail de contrôle des comptes, ce sont les gros agriculteurs, ceux qui vivent du soja et du maïs transgénique et quelques grands propriétaires de Fincas d'élevage qui exportent le plus d'argent vers l'étranger. Pas de risque que cela se sache car ce sont ces grands propriétaires, y compris ceux qui produisent du vin sur des centaines d'hectares dans la région de Mendoza, qui tiennent directement ou indirectement la presse écrite et une partie importante des chaînes privées de télévision. Le pays court à la catastrophe.»
• Retour des manifestations
Le seul journal qui s'oppose un peu au pouvoir, Perfil, a d'ailleurs publié au début du mois de février une liste bancaire de cent personnes ou sociétés ayant joué le dollar ou l'euro contre le peso en 2008 et 2009. La liste a d'autant moins provoqué d'émotion dans les cercles politiques que, parmi les plus gros acheteurs figurent non seulement des entreprises agricoles et des sociétés ayant pignon sur rue, mais également le syndicat des camionneurs qui s'est rendu acquéreur de 6 millions de dollars à la fin de 2008.
La Coalition civique qui mène cahin-caha l'opposition au Sénat et à la Chambre des députés a demandé à la justice du pays de se prononcer sur les achats présidentiels en dollar, tant du point de vue de leur légalité que du point de vue de l'éthique politique. Initiative qui a notamment eu pour conséquence de relancer l'agitation sociale. Avec des manifestations organisées à travers tout le pays par les piqueteros, les chômeurs accusés d'être manipulés par le pouvoir présidentiel grâce à l'attribution de bons d'achats et de subventions plus ou moins discrètes aux fameuses coopératives qui ont souvent pris le relais des entreprises défaillantes à la suite de la crise du début des années 2000, crise dont tout le monde redoute ici le retour. A Buenos Aires, comme dans les provinces du Nord du pays qui tentent de se libérer des pressions économiques et politiques d'une capitale qui concentre 12 des 40 millions d'habitants du pays et une dizaine de milliers de sans domicile fixe dans le centre-ville.

Pas de chance pour le couple au pouvoir, les Argentins n'étant que bien peu nationalistes, la polémique sur les Malouines (Falkland), où les Britanniques ont commencé à chercher du pétrole en provoquant l'ire officielle, n'a pas guère gommé les difficultés économiques et le malaise social.

3 commentaires:

Manuel a dit…

Très intéressant.
J'aime bien l'Amérique du Sud entre autre et cet article me rend triste. Mais aussi, il suscite en moi une certaine colère. Colère, parce que finalement, que ce soit ici en France , en Europe ou bien ailleurs, les politiques ( il doit bien y avoir sûrement des exceptions, qui se comptent sur les doigts d'une main, mais je ne me fais pas d'illusion concernant le pouvoir et ceux qui s'en servent ) méprisent le peuple. Ce n'est pas une nouvelle, certes, une énième confirmation de l'absurdité de nos sociétés mais cela me dégoute encore plus...

VADROT a dit…

Le niveau actuel de corruption en Argentine actuellement me parait infiniment plus élevé qu'en France. Et bientôt dans Politis, avec le reportage sur le coopératuves, vous trouverez un reportage plus optimiste.

Manuel a dit…

D'accord, je vous remercie.