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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

vendredi 11 décembre 2009

Toujours en direct de Copenhague et avec la passion qui renait chez les militants

Samedi 12 décembre

Copenhague, juste avant la manifestation


« Nous venons de la terre, nous y retournons tous, nous devons donc la respecter, cette vérité figure désormais dans notre Constitution. Et je vous rappelle que le changement climatique n’est pas une crise mais un symptôme » expliquait hier Elisabeth Peredo, représentante de la Bolivie au Forum des associations, à plusieurs kilomètres de la Conférence officielle qui sombre dans l’ennui et les manoeuvres mesquines. Tactique habituelle des « grands » qui cherchent à déstabiliser les « petits » et à leur faire sentir un certain mépris. Quelques minutes plus tard, venue de cette conférence (des parties...) porteuse d’une rage et d’une fureur d’expliquer que les débats auxquels elle participe étaient tout sauf de la démocratie, Angela Navarro, autre bolivienne et surtout négociatrice pour son pays, enflammait une salle immense du Forum en rappelant que « la lutte pour sauver le climat est une lutte pour la vie, une lutte pour Ayaya Pacha Mama, notre mère la terre ; une quarantaine de pays riches n’ont pas le droit d’imposer leurs lois à tous les autres, aidez-nous, mobiliser vous, criez le. Nous ne sommes pas venus mendier mais, avec beaucoup d’autres, nous demandons réparation, nous venons réclamer ce qui nous est du, le remboursement de la fantastique dette écologique, la dette des pillages de nos richesses, la dette du changement climatique dont nous souffrons mais que nous n’avons pas provoqué, la dette des droits de la nature mutilée. Ne laissez pas quelques pays essayer de sauver le climat sur notre dos, manifestez encore et toujours, faites entendre votre voix jusqu’à la conférence, faites pression pour apprendre la démocratie à tous ces gouvernements qui se moquent de nous !». Longue ovation.
Alors qu’Angela repart pour la conférence officielle pour, explique-t-elle, sauver ce qui peut encore l’être, le Climaforum mis en place par les Danois pour tous les voyageurs du climat, vient enfin de basculer dans l’émotion. Les auditeurs vibrent et s’enflamment avec les « avocats » de la dette climatique et écologique, le sujet de la journée. Comme si, de la tribune où un Malien explique qu’il a « vu disparaître les saisons », à la salle essentiellement remplie de jeunes d’où fusent les questions, un nouvel esprit venait d’éclore ou de se révéler. Une mutation magique due notamment à plusieurs femmes passionnées, un embrasement des esprits qui annonce peut-être le ton de la manifestation de samedi, la transformation soudaine d’une mobilisation un peu routinière en une exaltation qui dépasse les préoccupations partisanes des uns ou des autres, qui les fait sortir de leurs stands et de leurs distributions de tracts. Avec une sorte de fusion avec les jeunes routards de l’écologie qui commencent à débarquer par milliers dans la ville avec d’énormes sacs à dos. Sous la pluie.
Il y a ainsi, parfois de ces instants magiques dans un rassemblement de militants face aux puissants, le moment où ils commencent à croire qu’ils ont un pouvoir ou le pouvoir. Loin, finalement, de leurs responsables qui continuent de négocier pied à pied dans les couloirs de l’autre conférence avec l’espoir d’améliorer un texte pour l’instant accablant de platitudes. Il y eut des moments de ce type, magnifiques, lors de la première conférence des Nations Unies sur l’environnement de Stockholm en 1972. Au moment où, comme hier, des négociateurs, des diplomates, voire de ministres atterrés par l’immobilisme ou les indifférences de leurs homologues étaient venus en appeler aux militants et aux associations. Avec comme résultat de réussir à faire modifier des textes et des résolutions que tout le monde croyait graver dans le marbre de la médiocrité et du consensus. Dans ces circonstances on a parfois l’impression que le pire n’est pas certain...
Cette magie de la foule et du verbe tendrait à prouver que les politiques qui ne vivent que de compromis et de marchandages restent parfois à la merci de la naissance des émotions et des actions militantes. Ce qui arriva à Seattle aux Etats Unis en 1999 lorsque des associations et des militants, par le verbe et la rue, ont réussi à mettre en déroute la conférence de l’Organisation Mondiale du Commerce que tout le monde pensait bien installée sur les rails d’un ultralibéralisme destinée à asservir, économiquement parlant, les pays du Sud. Un « accident » dont l’OMC ne s’est toujours pas remise.
Beaucoup de ces rassemblements, depuis qu’ils sont suivies ou surveillés par des militants, connaissent ces moments de grâce qui peuvent faire croire que, soudain, peut-être, tout est possible. Surtout quand la conférence officielle sombre dans la médiocrité.