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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

dimanche 6 avril 2008

LE FICHAGE DES CARTES DE FIDELITE SCIENTIFIQUEMENT ORGANISE PAR CARREFOUR, AUCHAN, MONOPRIX ET Cie

6 AVRIL

La découverte d’Escherichia coli dans 2300 kilos de viande commercialisée par Carrefour et Monoprix n’est pas à traiter à la légère. D’abord parce que la dissémination de ce type de bactéries dangereuses pour la santé n’est pas la première et qu’elle a même tendance à se multiplier en raison de l’intensification de l’industrialisation et de l’automatisation de la préparation des aliments et produits offerts en grande surface. Mais, les conséquences de la distribution de ces 13 000 morceaux de viande potentiellement avariés n’ayant pas été, apparemment, tragiques, cet incident révèle ou confirme une autre pratique sur laquelle ni la presse ni les grandes enseignes ne se sont appesanties.

Pour retrouver au moins une partie des clients ayant acheté les articles suspects, les responsables des grandes surfaces ont simplement fouillé la mémoire de leurs ordinateurs pour faire apparaître les noms, les adresses, les numéros de téléphone ou les adresses internet des acheteurs. Manipulation possible pour tous les clients qui utilisent des cartes de fidélité. Cartes dont la possession promet quelques avantages illusoires, de vagues ristournes ou des tirages de lots fabriqués en Chine ; en échange, si l’on peut dire, les magasins extorquent à des clients consentants et non informés de leurs droits sur la réglementation des fichiers informatiques, une série de renseignements confidentiels sur leur famille, leur appartement, leur train de vie, leur profession.

L’identification nominale des acheteurs de viande avariée fait apparaître une pratique sur laquelle toutes les grandes marques de distribution répugnent à communiquer, n’hésitant même parfois à la nier : tous les détails, prix et produits, des achats des clients utilisant une carte de fidélité sont répertoriés et conservés dans la mémoire des ordinateurs centraux des enseignes. Les informations collectées, informations dont 98% des clients ignorent, qu’en application de la loi Informatique et Libertés, ils peuvent demander à les vérifier et à les rectifier, sont ensuite moulinés par des informaticiens, aidés par des sociologues, pour affiner des stratégies commerciales. Une gestion informatique de la clientèle qui explique au moins en partie les différences de prix entre magasins pour un même produit lors des récentes enquête sur le pouvoir d’achat et les augmentations. En effet, ce n’est qu’un aspect de la question, le croisement des courbes des achats et des profils sociaux économiques de la partie répertoriée des clients, permet de déterminer les seuils de prix (ou de qualité, également) acceptable et n’entraînant pas ou peu de baisse de vente. Ces prix sont donc, grâce à ce système, de plus en plus fixés non pas en fonction du coût d’achat mais en fonction d’un « seuil d’acceptabilité » déterminé par l’informatique. Certains prix, puisque toutes les données peuvent être croisées, peuvent également être modulés en fonction de la partie du magasin où ils sont offerts.

Le fichage des actes d’achat et de leur fréquence sert aussi à alimenter des fichiers de relance publicitaire, soit par courriel, soit par internet. Ces fichiers sont utilisés soit directement par les grandes enseignes soit vendus au prix fort à des entreprises pour lesquelles sont préparées des sélections convenant à leurs productions, à leurs profils ou à leurs niveaux de prix. Enfin, ces fichiers, après des tris socio-professionnels, sont également proposés à des services d’abonnement de journaux ; et à des partis politiques. Cette dernière pratique a été dénoncée par la Commission Nationale Informatique et Liberté au début de la campagne présidentielle. Ce qui n’a pas empêché qu’elle se poursuive pour les élections cantonales et surtout pour les municipales. Souvent d’ailleurs, dans ces derniers cas, il s’agit parfois d’un simple échange de bons procédés entre un élu (ou un candidat) et la ou les grandes surfaces de la commune. Les informations fournies par la carte de fidélité permettent de mieux cerner certaines catégories d’électeurs. Mais vendues ou données, ces indications générées par les cartes de fidélité, représentent un détournement de la vie privée des clients.

Cette dissémination des cartes de fidélité, qui dépasse la distribution alimentaire, n’est pas innocente : elle induit à la fois un contrôle indirect, consenti et ignoré dans ses prolongements, d’une partie de la population et évidemment des bénéfices directs ou indirects très importants. Il y a actuellement un peu plus de 100 millions de cartes de fidélité en circulation sur le territoire français et grâce à elles les grandes surfaces « tiennent » leur clientèle tout en en tirant des profit dont on parle rarement. Sous prétexte que personne n’est forcé d’avoir une carte...

Enfin, ces cartes sont souvent le premier pas pour entrer dans le système du « crédit revolving » qui conduit les populations les plus économiquement fragiles à entrer dans l’engrenage du surendettement.

3 commentaires:

gossip a dit…

Grand merci pour cette mise au point.

Je me sens moins seule dans mon boycott de toutes ces cartes de fidélité.
D'ailleurs, je pousse la défiance à m'abstenir de demander carte bleue ou autre carte de payement à ma banque.
J'en suis même venue à ne plus payer par chèque, quand j'ai réalisé qu'ils permettaient de m'envoyer des pubs.
Et pour le principe, je refuse de répondre quand aux caisses de certains magasins on me demande mon code postal.
Mais quand je vois, autour de moi, ces portefeuilles avec des dizaines de pochettes toutes remplies de ces cartes, je me dit que ce combat est vraiment marginal et dérisoire.

Blog de Claude-Marie Vadrot a dit…

Non, un combat n'est jamais dérisoire. Et les achats avec carte bleue ne permettent pas d'accèder à votre adresse (contrairement aux chèques)
Bon courage

cmv

w a dit…

Le commun des mortels n'est pas armé pour se prémunir contre le "flicage" rampant qui est en train de se mettre en place, simplement parce que toutes ces procédures sont automatisées au maximum... Et ce ne sont pas les petites lignes que la CNIL impose en bas des contrats, et qui vous rappellent que soi-disant vous êtes libres (de passer votre temps à tout contrôler) qui vont y changer quoi que ce soit. Ca ne m'amuse pas mais je pense que la bataille pour la protection de nos données personnelles est perdue d'avance, à moins d'y accorder une attention de chaque instant (et j'ai pas envie de devenir obsédé par ça) Par contre, comme tout cela est automatisée, il leur est très difficile - voire impossible - de contrôler et filtrer les coquilles qui se glissent dans leurs fichiers. Il existe donc toujours un moyen de véroler le système de l'intérieur, en fournissant par exemple (quand c'est possible) de fausses informations... Il faut les toucher là où ça fait mal et quand les grandes enseignes en auront ras-le-bol de claquer du blé pour envoyer de la pub à des Dupont ou Durand n'habitant pas à l'adresse indiquée, d'appeler des numéros non attribués, de proposer des jeux vidéo à des couples de retraités ou de la lingerie fine à des bucherons... Et puis sinon... Arrêtez de tomber dans le panneaux des cartes de fidélité, vous pensez que les financiers qui pilotent ces grosses boites ont une quelconque envie de vous faire des cadeaux ?? Hé ho ?!?