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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

vendredi 11 avril 2008

Nathalie Kosciusko-Morizet ou la malédiction des ministres de l'environnement qui y croient

11 AVRIL

Depuis 1971, une malédiction poursuit les ministres de l’environnement nommés par la droite. Ou bien ils sont mauvais et inefficaces, ressentant leur nomination à ce poste comme une punition politique, d’André Fosset à Nelly Ollin en passant par Alain Carignon ou Roselyne Bachelot, les exemples ne manquent pas ; ou bien ils déplaisent rapidement et ils sont l’objet d’un phénomène de rejet, comme lorsqu’une greffe ne prend pas. Tout simplement parce que, convaincus au départ ou découvrant des dossiers inquiétant, ils se prennent au jeu. Ce fut le cas du premier d’entre eux, Robert Poujade, nommé par le Président Pompidou en janvier 1971. Pourtant cacique du parti gaulliste de l’époque, il fut viré en 1974 à la demande des industriels, particulièrement les papetiers, qui contestaient ses mesures contre la pollution des rivières. Sa carrière politique était terminée et il le raconta plus tard dans un livre que tous ses successeurs devraient lire : « Le ministère de l’impossible ». Beaucoup plus tard, preuve que les rapports entre les conservateurs et l’écologie n’évoluent pas, ce fut le sort réservé à Serge Lepeltier remercié en 2005 15 mois après son arrivée par sa majorité pour avoir trop cru à sa mission et à son travail et avoir tenu tête à la fois aux parlementaires et à son gouvernement. Mesquinerie ultime qui rappelle que les pourfendeurs de l’écologie sont rancuniers : son parti s’est arrangé pour qu’il ne puisse pas redevenir sénateur de Bourges dont il reste maire. Avant lui, Corinne Lepage avait fait les frais de ce syndrome du rejet des « ministres concernés », mésaventure qu’elle raconte dans un livre que ses successeurs n’ont pas tous lus : « On ne peut rien faire, madame le ministre ». Tout un programme, comme un destin écrit pour ceux qui ont l’imprudence ou l’impudence d’y croire, même dans les limites de l’idéologie et des choix politiques de ceux qui les nomment. Pour Madame Lepage, c’était Alain Juppé dont on connaît la spectaculaire mais brève conversion.

Aujourd’hui c’est Nathalie Kosciusko-Morizet qui paie un tribu à la vindicte anti-écologie des conservateurs. Elle a le tort, comme tous les autres sanctionnés avant elle, de connaître ses dossiers, d’en discerner l’importance et l’urgence. Comme Poujade en 1971, elle se sent obligé d’avoir son franc parler, de râler quand les groupes de pression s’opposent à toute démarche environnementale efficace, y compris en circonvenant ce qu’il faut de parlementaires.

La secrétaire d’Etat n’est plus hélas qu’en sursis. Jean-Louis Borloo, lui, ne court aucun risque...

3 commentaires:

gossip a dit…

Et en plus, elle fait la bise à José Bové, la bête noire des lobbies agricoles et semenciers. Et un repris de justice de surcroît !

A ce propos, l'article qui durcit la répression du fauchage volontaire a-t-il été définitivement voté ?

Blog de Claude-Marie Vadrot a dit…

Exact la bise à José, le naïf qui a cru le gouvernement sur les OGM, a été beaucoup reprochée à NKM.
Ni l'article sur le fauchage ni le reste de la loi ne sont définitivement votés. La loi doit venir en seconde lecture au Sénat et si le Sénat vote un texte différent de celui des députés, une commission mixte des deux assemblées tente de trouver des compromis et, en cas de désaccords persistants, c'est le second vote des députés qui l'emporte.

CMV

Fred a dit…

Et pourtant, enfin une ministre qui croit en ce qu'elle fait, qui connaît son sujet à fond, et le défend non pas parce que c'est son métier, mais parce qu'elle y croit! J'espère qu'elle sera écoutée, à la différence de ses prédécesseurs!