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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

samedi 16 février 2008

Rien sur Sarkozy ni sur Carla Bruni

17 février

Buenos-Aires

L’expédition géographique de Paris 8 (Mathieu, Raouf et Catherine) sous la direction d’Olivier Archambeau, accompagnée par Christel Leca et Claude-Marie Vadrot (voir Politis du 14 janvier) s’est terminée il y a quelques jours à la frontière bolivienne. Le travail, pour les géographes, consistait à répertorier l’une des 10 routes mythiques choisies par le Pôle Image de Paris 8 : la route 40 qui, sur 5500 kilomètres, relie la Patagonie à l’altiplano argentin. Pour les deux journalistes, il s’agissait d’effectuer des reportages sur les régions traversées, sur l’étonnante progression de la culture bio dans le pays, sur les conditions de vie des Indiens du nord et sur l’état écologique de ce pays ainsi que, plus sommairement, celui du Chili que l’équipe a abordé par le fascinant désert d’Atacama au milieu duquel trône une lagune de sel solidifié par des millénaires d’infiltrations et de ruissellement à 3200 mètres d’altitude. Une lagune sur les bords de laquelle, vivent des flamants roses, parmi les plus « hauts » du monde. En compagnie des dernières vigognes.

Nous nous sommes longuement intéressés, toujours au Chili, à la lutte opiniâtre des Indiens Atacamaniens de Chiu-Chiu qui tente de résister aux pollutions et aux gigantesques pompage d’eau de la plus grande mine de cuivre du monde qui est exploitée prés de la ville de Calama, toujours dans le désert d’Atacama qui s’étend jusqu’au Pacifique sur des centaines de milliers de kilomètres carrés. Les dégâts sont importants : assèchement des nappes et des rivières descendant de la Cordillère et, donc, réduction des surfaces que peuvent cultiver les Indiens, à Chiu-Chiu et dans les villages environnants. Cette réduction de culture atteint 40 % par rapport à il y a une quinzaine d’années ; un chiffre pour illustrer : la mine pompe, parfois à plus d’une centaine de kilomètres, une quantité moyenne de 5 m3 d’eau à la seconde et ce, 24 h sur 24... S’ajoutent à ce dégât, la pollution des nappes et des rivières avec des résidus d’acide sulfurique (nécessaire pour fabriquer les plaques de cuivre sur place), la pollution atmosphérique transportée sur une cinquantaine de kilomètres par le vent de l’altiplano et les pollutions subsidiaires provoquées par des entreprises japonaises qui viennent traiter chimiquement, et sans la moindre précaution, les déblais de la mine pour y récupérer ce qui reste de différents métaux. A ces destructions, le Chili n’oppose finalement qu’une autre « destruction », celle de San Pedro d’Atacama, littéralement ravagée par le tourisme en bermuda et en 4 x 4, un tourisme dont ne veut plus la majorité des Indiens de cette région.

La différence est étonnante entre une Chili en voie totale d’américanisation malgré les gouvernements « socialistes » qui ont succédé à la dictature placée sous la direction puis dans l’ombre du Général Pinochet, et une Argentine « européenne » qui fait manifestement des efforts sur le plan de l’environnement. Avec ce paradoxe que le fantastique essor de l’agriculture bio se fait en parallèle avec l’extension de nombreuses cultures transgéniques, comme celle du soja et du maïs. Comme si le pays, à la fois par intérêt économique et prise de conscience, commençait à développer des anti-corps. Tout comme il développe, nous expliquait le chef d’exploitation d’une vigne bio des environs de Mendoza, des anti-corps contre les risques de crise économique depuis le fantastique collapsus monétaire et bancaire des années 2000 qui avaient mis plus de six millions de personnes dans la rue et entraîné un formidable essor d’une économie de troc parallèle qui existe toujours. Et dans les villages du nord, dans la Cordillère, cette économie de troc, à l’écart de tout échange monétaire, se poursuit. Dans ces régions aussi, même s’ils ne demandent pas de label de certification, de nombreux petits agriculteurs pratiquent de facto une agriculture bio dans le lit des grandes rivières.

Nous avons été séduits par les Argentins et les fabuleux paysages du nord du pays. Nous l’avons été beaucoup moins par le Chili et, notamment, par l’urbanisation touristique qui a gagné le littoral de la zone de Viña del Mar, urbanisation qui s’étend jusqu’à Valparaiso où nous n’avons pas manqué le pèlerinage à la maison de Pablo Neruda.

Pour les étudiants comme pour les journalistes, quelles que soient les difficultés à parcourir la Route 40 qui n’est souvent qu’une piste rocailleuse coupée de torrents et de rivières en crue, l’expérience à été passionnante. Même lorsque, sous la neige, nous avons atteint le plus haut col d’Amérique Latine, à 4950 mètres d’altitude.

Malheureusement, et nous aiderons nos nouveaux amis indiens à s’y opposer, ce sont ces régions que le « Paris-Dakar » de 2009 veut traverser. Un énorme dégât social et écologique en perspective.

Tous les récits, photographies et films de ce périple scientifique et effectuée sous le sceau du CNRS seront bientôt disponibles sur les murs de l’Institut de Géographie de l’Université de Paris 8. Il sera également possible de retrouver les meilleurs épisodes et quelques enquêtes dans Terre Vivante, Ca M’interesse, le Nouveau Consommateur et Politis au cours des semaines à venir.

Il est plus que probable qu’au cours de l’été prochain, la même équipe augmentée de nouveaux étudiants, se lancera sur la route qui traverse la Sibérie. Jusqu’à Irkoutsk sur les bords du lac Baïkal et plus loin si nous en trouvons le temps et les moyens financiers.

Est-il exact que le petit dernier de Sarko veut se faire élire Délégué de classe (dans tous les sens du terme, bien sur...)

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci pour tous ces articles
J'ai pu suivre, ainsi que quelques proches, votre voyage et vos péripéties avec beau coupt d'attention et de plaisir.
Je vous souhaite à tous un bon voyage de retour.

Anne-Marie

Blog de Claude-Marie Vadrot a dit…

Merci.

CMV

Pablo Neruda a dit…

Les classiques, ironisait Oscar Wilde, sont des auteurs dont tout le monde parle mais que plus personne ne lit. Nous vous proposons de redécouvrir Pablo Neruda, ses poèmes, ses combats, son époque, sa vie. En un mot, nous voulons faire descendre Neruda de son piédestal, afin de vous le rendre plus proche, plus familier, plus vivant.

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