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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

jeudi 22 février 2007

Voynet courageuse sur la chasse


22 février


Voici enfin un texte courageux et clair dans la molle mode de l'environnement en campagne électorale. Même si, comme dit hier, la chasse n'est pas "le" probléme de l'humanité.

Extraits de l’intervention de Dominique Voynet au forum de la fédération nationale des chasseurs - 20 février 2007


Je ne suis pas venue faire la danse du ventre devant vous. D'autres candidats s'y hasarderont sans doute, faisant mine de croire qu'un citoyen détermine son vote en fonction d'un intérêt particulier, objet de sa passion. Je ne suis pas venue non plus régler des comptes. Ceux de l'époque précédente ne seront sans doute jamais soldés. Il y a ici beaucoup de gens qui n'étaient pas encore en responsabilités et qui ne se retrouvent pas dans les croisades menées alors. Et d'autres qui l'étaient, mais qui peinent sans doute aujourd'hui à assumer l'image de ces manifestations au cours desquelles certains ont trouvé drôle de promener des poupées gonflables à mon effigie, proférer des menaces de mort, affirmer que la chasse à la Voynet est ouverte tous les jours de l'année... Quand je repense à cette époque aux efforts qu'il a fallu déployer pour faire retirer l'ortolan de la liste des espèces chassables, on m'a dit à l'époque qu'il s'agissait de tuer une deuxième fois François Mitterrand. Quand je pense au temps passé par les parlementaires, tellement plus de temps, pour examiner des lois sur la chasse en 94, en 98, en 99, en 2000, en 2003, en 2005, tellement plus souvent, tellement plus longtemps que sur les questions de défense ou d'éducation.

Je veux d'abord pour dire que pendant ces quatre années au cours desquelles j'ai appris à bien vous connaître, au moins autant que vous, vous me connaissez, j'ai eu le sentiment que toute avancée, tout effort pour vous comprendre, était systématiquement interprété comme une marque de faiblesse incitant à en abuser, à demander plus encore. J'ai eu le sentiment que toute remise en cause de certaines pratiques et de certains modes d'organisation de la chasse conduisait à vous classer comme anti-chasse. Et ça a mis en difficulté des mesures qui n'avaient pas d'autre objets que de renforcer la sécurité, d'arbitrer des conflits d'usage, de tenir compte des données scientifiques pour fixer les dates de chasse. Je voulais aussi vous dire ma conviction que les discussions qui se sont engagées à plusieurs reprises, entre chasseurs et écologistes, ont systématiquement tourné court face à l'arrogance de certains, revendiquant le titre de « premiers écologistes de France », insultant ceux qui faisaient des pas en avant d'un côté ou de l'autre, empêchant des réunions de se tenir.

Je n'ai rien oublié de ce qui s'est passé à Montargis, à Dunkerque, dans l'Ariège, à Arles... Je n'ai pas oublié les violences physiques dont ont été victimes certains de mes camarades, certains de mes amis ! Ces hauts faits ont nourri la mythologie de CPNT, ils n'ont rien réglé des problèmes de la chasse !

Alors j'en viens quand même à mes propositions puisque, ne vous en déplaise, je ne me considère pas comme hostile à la chasse. C'est une activité qui est pratiquée par au plus 1,3 million de nos concitoyens. Vous le savez, un chasseur qui valide son permis pour deux ou trois départements est comptabilisé comme deux ou trois chasseurs, donc c'est difficile de savoir exactement combien vous êtes. Huées. C'est la règle ! J'allais dire que certains d'entre eux que je n'ai pas comptés non plus sont membres des Verts et d'associations de protection de la nature. (….) Certains récusent par ailleurs la chasse pour des raisons éthiques, la légitimité de leur préoccupation n'est elle non plus ni plus grande, ni plus petite que celle des chasseurs.

La chasse a un rôle économique dans certaines régions, elle est présentée par certains comme une facette de l'écotourisme. Ceci étant, il faut bien convenir que la présentation de la chasse comme un acte naturel de prédation sur un gibier sauvage correspond de moins en moins souvent à la réalité pour certaines espèces de petit gibier : le faisan, la perdrix, le canard colvert, dont l'essentiel du tableau de chasse provient de lâchers d'animaux d'élevage (…)

La chasse n'est acceptable qu'à trois conditions essentielles : elle ne doit pas mettre en danger les populations animales, gibier ou non ; elle doit rester compatible avec les autres usages des milieux naturels ; elle doit être respectueuse des lois et règlements, européens et nationaux.

Je regrette personnellement que les chasseurs, en tant que collectif, en tant que lobby, fassent si peu pour la conservation de la nature. Huées. Ça n'enlève rien au mérite de tous ceux, isolément ou dans des ACA, qui replantent des haies, qui entretiennent des sentes, ou des cultures à gibier. (…)Mais on doit prendre en compte le fait que pour ce qui concerne l'élaboration et la conduite des différentes réformes de la politique agricole commune, qui auraient permis de prendre en compte les données de l'environnement, notamment la qualité des milieux permettant le maintien d'une diversité biologique, intéressant aussi bien les chasseurs que des protecteurs de la nature, on n'a peu vu la Fédération nationale des chasseurs se mobiliser et intervenir auprès de divers responsables politiques (…)

Je regrette, personnellement, que les chasseurs cautionnent des violations flagrantes de la législation : chasse à l'ortolan, chasse aux pigeons au col de l'Escrinet en mars. Je regrette personnellement que tant d'entre vous restent incapables au-delà de la condamnation formelle d'actes de violence d'y mettre un terme concrètement. Je pense à l'agression physique qui a été perpétrée contre des militants de la Ligue de protection des oiseaux dans l'estuaire de la Seine à la fin de l'année 2005. Je pense au massacre d'oiseaux protégés et à l'incendie de huttes à l'étang de la Brière. J'ajouterai également que la chasse ne doit pas être un privilège réservé aux plus fortunés, comme cela a tendance à être le cas actuellement dans certaines régions avec, en plus des taxes et des cotisations, le prix de location d'un territoire de chasse ou d'une hutte de chasse (...)

Je suis pour un renforcement de la police de la nature, qui ne doit pas être spécialisée sur la chasse ou la pêche, mais sur toutes les atteintes à la nature. Police indépendante des utilisateurs, particulièrement de ceux et celles qu'elle a en charge de contrôler. La politique de la chasse doit rester sous la tutelle du ministère de la protection de la nature et de l'environnement, la chasse ne pouvant continuer à exister sans des milieux naturels en bon état de conservation. C'est aussi l'intérêt des chasseurs (…) Je constate que les relations entre les chasseurs et les protecteurs de l'environnement ont toujours été difficiles, que les relations entre les chasseurs et les ministres en charge de la protection de la nature et de l'environnement l'ont été aussi. Surtout s'ils étaient de sexe féminin. Il est frappant de constater que dans les ouvrages qu'ils ont rédigé après leur passage au ministère, monsieur Poujade, madame Bouchardeau, madame Lepage, madame Bachelot... ont fait état de pressions politiques extravagantes liées à la chasse. Je constate pour ma part avoir dû consacrer à ce sujet un temps et une énergie disproportionnés par rapport à d'autres enjeux de notre société.

Vous me permettrez pour conclure de faire état de deux remarques. La première concerne l'organisation de la chasse. Je regrette que dans le gouvernement au sein duquel j'ai été ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement nous n'ayons pas su tenir compte des recommandations de la Cour des comptes en l'an 2000. L'organisation actuelle de la chasse est calée sur un système mis en place en 1941 : une fédération par département, obligation d'adhésion et de cotisation à cette seule fédération, ce qui est exorbitant par rapport au statut général des associations établi sur le principe de libre adhésion. La Cour des comptes précisait en mars 2000 que l'État devait choisir entre une organisation de la chasse fondée sur la libre adhésion et la libre cotisation, comme c'était le cas avant 1941, ou sur le maintien du système actuel mais un contrôle strict de l'utilisation des fonds récoltés pour éviter les dérives constatées. Le gouvernement auquel j'ai appartenu a choisi de maintenir le statu quo, aujourd'hui, je le regrette.

J'ai également un autre regret. Que vous ayiez choisi de revenir au vote censitaire concernant l'élection des responsables de la chasse. Je ne comprends toujours pas que vous vous soyez sentis à ce point menacés par l'expression démocratique du chasseur que vous prétendez représenter alors que cette prudence, cette méfiance, tranche curieusement avec la confiance manifestée à l'égard de lobbyistes rémunérés tour à tour par diverses forces politiques et constamment par vous. ''Huées.'' (…)

Un autre regret : que l'espace de dialogue que nous avions essayé de créer à l'occasion des discussions préalables au vote de la loi chasse de '98 n'ait pas été exploité. C'est ce qu'avait fait dans un contexte différent Michel D'Ornano en 79-80. L'essai de 98 n'a pas été concluant, non pas du fait des associations de protection de la nature, mais du fait de certaines organisations cynégétiques – pas toutes ! certains souhaitaient sérieusement ce dialogue. Beaucoup sont venus dans mon bureau m'expliquer que c'était de la faute des autres s'il n'avait pas pu avoir lieu, beaucoup m'ont expliqué que si on changeait les responsables de la chasse, ça pourrait se passer autrement.

Je constate qu'il s'est dit beaucoup de choses dans mon bureau, qui n'ont pas trouvé leur concrétisation à l'extérieur. Quelques années plus tard, je veux vous dire les choses clairement, je n'ai pas peur. Et quand je reviendrai en responsabilité, méfiez-vous ! ''Gros sifflets.'' Méfiez-vous, parce que non seulement les ministres de l'environnement sont candidats aux présidentielles mais ils sont parfois élus ! Madame Merkel a été ministre de l'environnement, monsieur Socrates au Portugal est Premier ministre, je pense que nous aurons l'occasion de nous revoir, à ce moment-là, j'en suis absolument certaine, vous apprécierez mon franc-parler !

3 commentaires:

Deuil la barre a dit…

Si vous avez un ou une amie maire d'une commune, dîtes lui qu'il est temps de parrainer la candidate des Verts.
Parce que si on compte sur les grands candidats pour parler d'écologie...

Anonyme a dit…

voilà des propos que l'on aimerait entendre plus souvent des Verts, que l'on voit plus souvent dans des manifs dites "de gauche" voire pire...

Je découvre votre blog et les différents sites associés (terre sacrée, horreur écologique,etc avec beaucoup d'intêret. On ne peut que vous encourager à continuer!

Laurent a dit…

Les chasseurs souhaitent un rattachement à un ministère de la ruralité.
Je pense pour ma part que le ministère de l'intérieur serait plus approprié (une activité règlementé, des armes...interlocuteurs avec des c..... ;-)) cela permettrait de dégager celui de l'environnement de ce boulet, il y a tant à faire de plus important.