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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

samedi 3 novembre 2007

La ministre de l'Economie, le pétrole et les économies d'essence

3 novembre

La ministre de l’Economie, Christine Lagarde, que l’on n’a pas encore vue circuler à vélo dans les avenues de Paris ou dans les rues d’Ajaccio pour saluer les Corses qui voulaient applaudir le conseil des ministres, vient de délivrer un superbe message aux Français auxquels l’augmentation du prix de l’essence cause quelques soucis : « ne vous déplacez en voiture que si cela est utile ». Le message, reproduit par la presse sans commentaire, comme s’il s’agissait d’une évidence, fera chaud au coeur à tous les habitants des zones rurales ou rurbaines qui n’ont plus ni ligne régulière de bus, ni trains d’intérêt secondaire ( ?) pour se rendre à leur travail ou pour aller aux hypermarchés des périphéries citadines qui ont peu à peu remplacé les commerces de proximité. Il fera également plaisir à tous les habitants de banlieue qui n’ont pas d’autres solutions où dont les trains arrivent toujours en retard faute de remplacement d’un matériel hors d’âge ; parce que l’Etat a préféré investir dans les autoroutes et autres rocades plutôt que dans les voies ferrées et les transports publics dont le financement a été délégué aux Régions.
Si tant de gens n’étaient pas frappés par la situation engendrée par une civilisation du « tout voiture », on se réjouirait regret de la progression du célèbre baril de pétrole. Au moins, sa progression vers le cap des 100 dollars, nous rappelle qu’il faudra bientôt soit nous en passer, soit le réserver aux plus riches d’entre nous. Yves Cochet l’a dit dans un livre prophétique, le Grenelle de l’environnement a abordé timidement la question, mais dans le fond personne n’y croit vraiment, comme si nous attendions une sorte de miracle.
Si le ministre de l’Ecologie était cohérent avec lui même et avec ses enthousiasmes récents, il s’en féliciterait officiellement.
La question qui se pose désormais, c’est qui gardera le plus longtemps le contrôle du pétrole et à quel prix se vendra un jour le dernier litre de super. Pour, bien sur, le mettre dans un musée...
Petit rappel : depuis 1974, en francs constant, le prix de l’énergie est resté à peu prés le même. Même remarque, depuis 1983, pour le gazole et depuis 1990 pour le super 95 sans plomb. Par contre les profits des grandes compagnies pétrolières ont décuplé....

3 commentaires:

gossip a dit…

Super ! (exclamation en rapport avec le sujet) !

Si Mme Lagarde était cohérente, elle interdirait les courses automobiles et le Paris-Dakar. Elle mettrait un bémol aux conseils des ministres décentralisés. Mais comme d'hab, c'est faites ce que je dis, pas ce que je fais.

La sécu aussi veut faire des économies sur les transports. Maintenant, un médecin qui prescrit un transport à quelqu'un qui ne nécessite pas l'assistance d'un tiers médicalisé est susceptible de devoir rembourser ce transport. Quid de la poursuite du traitement des personnes en affection de longue durée, seules, habitant un bled pommé, et ne pouvant conduire ou acheter une voiture ?
Pour un certain pourcentage, le budget qui n'est pas affecté aux transports en commun est transféré sur les comptes de la sécu. Elle n'est plus d'accord. Mais est-ce aux malades d'en faire les frais ? N'y a-t-il pas là un problème d'organisation de la société ?

Guilhem a dit…

La phrase « ne vous déplacez en voiture que si cela est utile » est énorme. Car on est loin, très très loin, de ne l'utiliser que lorsqu'elle est utile.

On l'utilise plutôt par habitude, parce que c'est plus confortable, pour gagner 5 minutes, etc. D'un point de vue strictement utilitaire, l'automobile est une solution disproportionné.

Venant de vous, qui êtes si concerné par l'environnement et nos choix de société souvent abhérants, votre article est la preuve que notre société est profondemment dépendante de l'automobile, jusque dans son inconscient le plus profond. J'habite à l'écart de la ville, à 25km de mon travail, j'ai 3 enfants à emmener à l'école, je suis asthmatique, je n'ai à ma disposition ni train, ni bus, ni piste cyclable. Et oui, cette phrase résonne de manière très spéciale à mes oreilles. Car tous les jours, je prends mon vélo pour aller travailler.

Merci Mme Lagarde. Dommage que vous n'y croyiez pas vraiment.

Blog de Claude-Marie Vadrot a dit…

Tout le monde n'est pas aussi courageux et le comportement écologique ne peux être qu'un lente évolution.
Quand il ne restera plus comme usagers (forcés) de voiture que les gens qui ne peuvent faire autrement dans les zones rurales, le probléme sera résolu. Le gros, le vrai probléme, c'est d'abord la voiture en ville, celle que l'on prend, par exemple, pour aller dans un hypermarché lointain, c'est à dire en dépensant en essence ce que l'on "gagne" par rapport au petit commerçant obligé de vendre plus cher.

CMV