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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

lundi 22 octobre 2007

Grenelle de l'environnement ou journées des dupes?

22 octobre

Dans quelques jours, l’oracle Sarkozy, après avoir observé les oies du Capitole, devrait rendre son verdict à l’issue des deux derniers jours de réunion du « Grenelle de l’environnement ». Oracle dont la délivrance est si mystérieuse que le programme officiel diffusé ce lundi par le ministère de l’Ecologie n’y fait pas la moindre allusion. Alors que théoriquement, les délégués des groupes doivent se retrouver à l’Elysée vers 16 heures jeudi. Sauf, évidemment, si le divorce (pardon, ça m’a échappé...) entre le président et la piétaille du Grenelle est d’ores et déjà trop voyant. D’autant plus que les UMP grognent.
« Les élus ont un temps de retard, je l’ai constaté en bataillant durement pour faire adopter la Charte de l’environnement voulue par Jacques Chirac. Vous savez, ce n’était pas gagné d’avance, au début, il n’y avait pas de majorité pour ce texte. Le déficit écologique reste important dans le monde politique. Le manque de culture scientifique y est manifeste. Et les élus locaux voient dans le monde associatif des empêcheurs de tourner en rond ». Ainsi s’exprimait Nathalie Kosciusco-Maurizet il y a quelques semaines dans les colonnes de Politis. Quelles que soient les annonces ou les effets d’annonce de la fin du « Grenelle de l’environnement », quelles que soient les satisfactions ou les déceptions de ceux qui ont longtemps cru aux miracles, comme si le miracle existait en politique, toutes les informations qui remontent vers les journalistes montrent que les députés de la majorité, et pas seulement eux, se concertent déjà pour organiser la « résistance aux écolos », la phrase a été prononcée il y a quelques jours par un député de l’Oise. Auprès d’eux, au cas où ils n’auraient pas compris, se succèdent déjà les envoyés spéciaux du Medef et de la FNSEA, les mêmes qui ont souvent fait patte de velours dans les réunions de groupes comme nous l’ont raconté Christian Garnier pour France-Nature-Environnement, Franck Laval pour Ecologie sans frontière et Jacques-Olivier Barthes pour le WWF. Jean-Louis Borloo a été prévenus par les élus : « nous ne nous laisserons pas faire »
En enrôlant tous les « négationnistes » de l’environnement et de la protection de la nature, en les envoyant en éclaireurs dans les médias, les parlementaires de la majorité –plus les députés que les sénateurs, d’ailleurs- ont lancé un premier tir de barrage qui diminuera un temps d’intensité face aux voeux plus ou moins pieux du Président, mais de nouvelles salves sont programmées pour le mois de novembre, de façon à réduire au minimum les décisions qui doivent être annoncées le 15 décembre. Etant bien entendu, l’astuce que personne n’avait envisagée est là, que les premières mesures législatives ne sont programmées que pour l’automne 2008. Le temps pour les groupes de pression de s’organiser et de préparer des amendements meurtriers et le temps pour l’opinion publique d’oublier tout ce que les médias, qui ont joué un rôle inédit, leur ont raconté, expliqué et démontré.
Au point qu’une partie de l’opinion publique est d’ores et déjà persuadée qu’un certain nombre de décisions ont été prises ou qu’elles le seront dans les semaines à venir. Une opinion publique de plus en plus « enthousiaste », parfois à plus de 90% , pour la défense de la planète mais qui renâcle lorsque l’on évoque une faible diminution de la vitesse autorisée sur les autoroutes. Opinion publique parfaitement schizophrène et persuadée, sincèrement ou non, qu’il est possible d’avoir à la fois le beurre, l’argent du beurre et les incitations fiscales tout en continuant de se déplacer et de consommer de la même façon et économisant la planète. Comme ces spécialistes de l’environnement qui s’excusent parfois d’arriver en retard à une émission de radio « parce qu’ils ont été coincés par les embouteillages... ». Ce qui ne les empêche par ensuite, de vanter les bienfaits des transports en commun. Comme dit « Jacques-Olivier Barthes, les associations « ont porté une parole forte, mais nous n’avons pas fait la révolution ni réussit à remettre en cause une économie productiviste ».
La bataille change désormais de lieu géométrique, elle quitte le Ministère de l’écologie pour s’enfouir dans les arcanes de la représentation parlementaire. Avec réunions, invitations et déjeuners « entre chers amis » et colloques (et valises de l’UIMM ?) destinés à montrer discrètement que « les écologistes exagèrent et qu’ils ne faut pas se laisser entraîner par l’émotion, même à propos du climat ». Claude Allègre, l’homme qui a été ridiculisé par le Comité Nobel, a été approché par un groupe parlementaire pour prendre la tête d’une nouvelle croisade «contre les ayatollahs du climat » et le célèbre groupe chasse de l’assemblée nationale reprend du poil de la bête, des parlementaires ayant tout simplement décidé de faire passer toutes les éventuelles décisions pour préserver la biodiversité comme des « mesures anti-chasse ».
Le temps d’une nouvelle campagne de désinformation et des prophètes de bonheur –la planète s’est toujours adaptée, vieux discours allégrement répété- est donc proche ; les agriculteurs version FNSEA, les producteurs de produits chimiques et les officines du Medef vont entreprendre de reconquérir les journaux et l’opinion publique, voire quelques politiques, qui se sont évidemment laissés abuser par les débats préalables au Grenelle de l’Environnement. Les journalistes vont devoir être plus attentifs que jamais.

En prime, un rappel que je tiens de Georges Séguy lui-même : il n’y a jamais eu de signature des « Accords de Grenelle » en 1968...

5 commentaires:

gossip a dit…

Pourquoi ne suis-je pas étonnée ? Rien de nouveau sous le soleil, malgré l'urgence. Le déni de la réalité est une position si humaine.
Si, en plus, il faut faire l'effort de repenser autrement son confort... Je le fait depuis plusieurs années et franchement, c'est pas si catastrophique.
On dit souvent que la capacité de survie d'une espèce dépend de ses capacités d'adaptation. Je me demande qu'elles sont celles de l'espèce humaine. En tout cas celles des décideurs français ne me paraissent pas réconfortantes.

Merci pour ces infos, ces analyses et pour ce blog. Mais je crains qu'il ne soit lu que par des initiés, un peu comme Politis.

Blog de Claude-Marie Vadrot a dit…

Je n'en suis pas certain; et tous les lecteurs de Politis, à gauche de la gauche, ne sont pas des convaincus de l'écologie. Même au sein de la rédaction: intellectuellement, ils sont persuadés de l'importance de ces questions, mais il ne la ressente pas vraiment.
CMV

Marre des promesses a dit…

La vraie question -- d'après ce que vous dites sur ce blog -- est la suivante : à quand le divorce entre Mme Kosciusco-Morizet et le reste du gouvernement ?

Quand à la position des parlementaires français, elle ne me surprends malheureusement pas du tout... Ils sont, comme la plupart des politicens, beaucoup plus intéressés par le financement de leurs campagnes électorales que par l'intérêt, même général.

luc.girard a dit…

pour Gossip

ce blog n'est pas forcement lu par des initiés. pour avoir eu Mr Vadrot en tant que prof, je fait une pub pour ce blog, et mes proches viennent régulierement consulter ce qu'il s'y dit, et ils passent l'info. C'est aussi comme ça que le choses avancent, meme a petite échelle...

Blog de Claude-Marie Vadrot a dit…

Oui, merci
J'aime cette notion de petite échelle. J'ai toujours raisonné de cette façon, du Canard Enchainé à Politis en passant par le Journal du Dimanche ou mes livres: si, à chaque fois que j'écris quelque chose, je peux amener quelques personnes non pas à changer d'avis mais à commencer à réfléchir, à voir une question sous un autre angle, je n'ai pas perdu mon temps. Ce raisonnement a été et reste le même avec les étudiants. Et, sans l'imposer, je n'oublie jamais la diemension politique de ce que j'écris, même s'il s'agit de quelques lignes. Ce qui explique que je ne sois jamais devenu directeur ou rédacteur en chef. Car je n'ai jamais mis mes convictions ou mon "drapeau" dans la poche...
CMV