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Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d'écologie,de protection de la nature et de société; derniers livres publiés: Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L'horreur écologique (Delachaux et Niestlé), "La Grande Surveillance" (Le Seuil),une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin "Enquête sur la biodiversité" (ed Scrinéo, coll Carnets de l'info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l'hebdomadaire Politis et à Médiapart.

jeudi 11 octobre 2007

Opération de communication pour le fichage génétique

11 octobre

Le député Mariani a parfaitement réussi le coup monté par les caciques de l’UMP et les partisans du fichage généralisé du gouvernement : organiser le retour de la recherche et du fichage de l’ADN dans le débat public en faisant comprendre au bon peuple qu’il s’agit d’un outil pratique destiné à débusquer les méchants, les tricheurs et les délinquants, les immigrés appartenant évidemment à l’une de ces catégories. Une opération qui remonte à plusieurs années puisque le fichage par l’ADN, a été inventé par la loi socialiste de juin 1998 instaurant le Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) pour « la prévention et la répression des agressions sexuelles et la protection des mineurs ». Quelques voix isolées, noyées dans le consensus majoritaire des « honnêtes gens » qui, c’est bien connu, ne courent ni après les petites filles ni après les petits garçons, expliquèrent alors que l’Etat ouvrait une boite de Pandore qu’il serait impossible de refermer. On ricana sur ces obsédés textuels et autres méfiants professionnels. Jusqu’à la loi de décembre 2001 sur la sécurité quotidienne qui ajouta aux raisons d’entrer dans le fichier ADN, les « actes de torture, de barbarie, de terrorisme et de destructions par incendie ou explosifs ». Les inquiets du fichage toussèrent un peu plus fort, mais les rassureurs autorisés du peuple expliquèrent à la population qui opina, que cela ne les concernait pas puisque monsieur tout le monde ne se livre à aucun acte de torture et de barbarie et ne manie pas l’explosif : encore une loi exclusivement destinée à cerner les méchants et les délinquants.
Puis, ce que le parti socialiste n’avait pas osé faire, la droite le fit (un grand classique) en 2003 et 2004, années au cours desquels le ministère de l’Intérieur tira en rafales les textes liberticides : pouvaient désormais entrer dans le grand fichier des empreintes génétiques toutes les personnes provoquant « un trouble à la sécurité ou a la tranquillité publique ou une atteinte aux personnes, aux biens ou à l’autorité de l’Etat ». En tout 140 délits, y compris des délits mineurs, ouvrent désormais les portes du fichage biologique en plus des actes de barbarie évoqués. Comme quoi, on est toujours le barbare de quelqu’un. L’émotion ne fut pas énorme et seuls les droitdel’hommistes habituels contestèrent cette version sarkozienne du fichage généralisé, ce fichage qui doit soi-disant réduire les activités des délinquants. Puisque, il faut le répéter, ces textes ne concernent évidemment pas les honnêtes gens. Et le refus, sanctionné par la justice, d’un faucheur d’OGM d’accepter son entrée dans le fichier, ne souleva pas de tollé dans la population puisque « moi, monsieur, je ne coupe pas des épis de maïs ». On passera sur les couinements outrés mais inefficaces de la Commission Nationale Informatique et Liberté qui depuis 2002 s’épuise en vain à courir après les fichiers que la droite sème sous ses pas, qu’il s’agisse de l’empreinte génétique ou d’autres façons de transformer nos actes et nos corps en carte d’identité. Au moment où le Français honnête découvre parfois, pour avoir été témoin d’un délit, pour avoir été faussement mis en cause, pour avoir eu une altercation avec un représentant de l’ordre, qu’il a fait son entrée pour des années dans un grand fichier de police, devenant donc une personne « bien connue des services de police ».
Le député Mariani n’est donc que le poisson pilote d’une superbe opération d’apprivoisement du fichage génétique. Car il ne faut pas oublier que lorsqu’il était sous-ministre de l’Intérieur aux côtés de Nicolas Sarkozy, ficheur en chef pas honteux (les gens honnêtes n’ont évidemment rien à craindre), Christian Estrosi proposa à la réunion européenne sur la sécurité la prise de l’empreinte génétique de tous les Européens dés leur naissance. C’était en janvier 2007, la proposition fut accueillie avec enthousiasme, la Grande-Bretagne et la France proposèrent leur coopération technique et l’affaire suit depuis discrètement son cours tandis que le fichier français s’enrichit et atteint aujourd’hui 500 000 personnes : 500 000 barbares, bien sur.
Que les députés entérinent ou non la version édulcorée du Sénat ou qu’ils rétablissent leur époustouflante version, le mal est fait. Le pouvoir a réussi son opération de communication en faveur du fichage génétique et de quelques autres ; et ce ne sont pas les gesticulations opportunistes d’un Raffarin, d’un Villepin ou d’un Bayrou qui modifieront la détermination de la droite pure et dure à poursuivre le grand fichage des Français par tous les biais possibles et imaginables. Car, comme à une grande partie de la gauche bien-pensante, on pourra leur dire qu’ils auraient pu y penser avant. Mais qui se soucie vraiment de nos vies mises en fiches ?

6 commentaires:

Jean-Luc a dit…

Pas grand chose à ajouter, sinon bravo pour la participation à l'émission sur France-Inter l'autre jour justement avec le président de la CNIL. Je n'ai pas encore lu le livre.
A propos de livre, est-il prévu une parution en "poche" de "l'horreur écologique", pour une diffusion + "grand public"?

Blog de Claude-Marie Vadrot a dit…

Merci.Je vais récidiver dans quelques jours avec Daniel Mermet.
Mais en dehors du service public, les réticences sont...immenses.

Les éditions Delachaux et Niestlé n'ont pas, malheureusement, de collection de poche; mais je vais leur poser la question.

CMV

Anonyme a dit…

Dans le même genre, il y a également "Big MAM", qui nous promet des caméras partout et des drones au-dessus des banlieues "chaudes" :

http://blog.360.yahoo.com/blog-pCGe_VA2cqrVsx7M1L0PsBc-?cq=1&p=609

En fait, Malraux s'était trompé : le XXIème siècle sera paranoïaque ou il ne sera pas...

Blog de Claude-Marie Vadrot a dit…

Oui la ministre de l'Intérieur, qui a beaucoup à se faire pardonner de Nicolas Sarkozy (béni soit son nom) fait de la surenchère sur les caméras de surveillance qu'elle promet de doubler alors que tous les rapports, y comprix ceux produits par le ministère de l'Intérieur, montre que les caméras ne sont efficace ni contre le terrorisme ni contre la délinquance: depuis qu'elles équipent la Station de métro Strasbourg-Saint-Denis (par exemple), les délits ontr augmenté...
Le XXI éme siécle sera surtout informatique...
cmv

coco_des_bois a dit…

Bah écoute sur le sujet je t'écoute à l'instant même chez Mermet, tu fais preuve comme souvent d'une grande lucidité.

Le passage sur les empreintes digitales à l'école est proprement dément, je suis en train d'halluciner.

Ton nouveau livre est sorti ?

Blog de Claude-Marie Vadrot a dit…

Oui, il est sorti au Seuil il y a quelques jours.

Merci

cmv